Jumanji : Bienvenue dans la jungle - critique verte

Geoffrey Crété | 3 avril 2020 - MAJ : 09/04/2020 12:15
Geoffrey Crété | 3 avril 2020 - MAJ : 09/04/2020 12:15

Rouvrir la boîte Jumanji plus de 20 ans après le film culte de 1996 avec Robin Williams est sans nul doute un bon cas de fausse bonne idée. Le public de l'époque a t-il envie de voir sa nostalgie remise à jour et ses souvenirs modernisés ? La génération 2017 connaît-elle suffisamment le film pour vouloir une suite ? Voir le jeu de plateau transformé en jeu vidéo, et Dwayne Johnson dans le premier rôle, n'est-il pas la preuve que la machine court trop après le spectateur moderne ? Manque de chance, Jumanji : Bienvenue dans la jungle échoue à tous les niveaux.

Retrouvez la critique de la suite, Jumanji : Next level, par ici.

JUMANJI V2 

Jumanji : Bienvenue dans la jungle commence avec la redécouverte du jeu de plateau. Il se retrouve dans la chambre d'un adolescent des années 90, qui le délaisse au profit de sa console. Puisqu'il se contrefiche du jeu de société (« Qui joue encore à ça ? »), Jumanji réagit : en un claquement de doigt et hors-champ, il se transforme en jeu vidéo.

Cette métamorphose, réglée avec un tour de magie bien pratique, s'adresse autant aux héros qu'aux spectateurs. Ce n'est pas simplement le jeu Jumanji qui s'adapte à ses nouvelles victimes : ce sont les producteurs qui, depuis leurs bureaux, cherchent le moyen d'intéresser un nouveau public qui préfère Uncharted aux Mystères de Pékin. L'idée de moderniser Jumanji de ce côté est à la fois attendue et simplette, mais le vrai problème du film de Jake Kasdan (Sex TapeBad Teacher) n'est pas là : la suite du classique de Joe Johnston est un truc bête et fade, sans une once d'imagination, qui se contente de marcher dans les clous d'un certain type de spectacle sans saveur.

 

Photo Dwayne Johnson, Kevin Hart, Karen Gillan, Jack BlackUne mauvaise partie de Cluedo version Koh Lanta est lancée 

 

RESET ET MATCH

Premier gros problème : Jumanji : Bienvenue dans la jungle a beau être tout fier d'explorer l'angle jeu vidéo de l'aventure, l'idée n'est pas exploitée. Hormis l'idée des avatars qui projette une pimbêche accro à Instagram dans le corps gras de Jack Black, une scène où les héros découvrent leurs capacités, le running gag des personnages non jouables ou l'utilisation très limitée des vies, le film est d'une paresse embarrassante.

À aucun moment l'aventure ne donne l'impression d'être construite ou pensée comme un jeu, avec des niveaux, des épreuves, des boss, et une lecture meta pourtant annoncée et indispensable. Tout était en place pour s'amuser avec les costumes, le décor, les murs invisibles, les pixels, et la logique globale d'un jeu, mais le film préfère laisser tout ça de côté.

 

Photo , Dwayne Johnson7 ans après Scott Pilgrim. Voilà, c'est tout.

 

Celui qui espérait un hommage drôle au jeu vidéo aura l'étrange impression d'être face à quelque chose de façonné par des gens qui n'ont visiblement touché une manette que par accident il y a quelques décennies, et n'ont aucune notion réelle de la chose. Dans la mise en scène, dans la direction artistique, dans l'écriture : aucune drôlerie, aucun esprit et encore moins de regard passionné et tendre sur le jeu vidéo. Remplacer le jeu de plateau par une cartouche de vieille console n'est rien de plus qu'une ficelle cynique, censée garantir l'attention d'un nouveau public.

 

Photo  Kevin HartMétaphore de la subtilité comique de Kevin Hart

 

LE BIDE DE LA JUNGLE

La modeste mission de Jumanji : Bienvenue dans la jungle est certainement d'être drôle. L'échec est là aussi spectaculaire tant le film est d'une débilité et d'une banalité rance. Le principe des avatars est traité avec une lourdeur telle que dès la première scène, elle n'est plus drôle : hormis Jack Black, les avatars ont une logique trop plate (le héros ado devient le héros Dwayne Johnson, le noir sera Kevin Hart et la rousse, Karen Gillan), et le décalage est digne d'un Disney de bas-étage (l'adolescente renfermée sera une bombe en mini-short, le garçon chétif sera un musclor intrépide et le sportif qui mise sur son physique, un gringalet faible).

Inutile de préciser que la morale de toute cette aventure est tartinée dans tous les sens, offrant des dialogues d'une banalité d'autant plus affligeante que le second degré est bien trop rare.

 

 

Photo Nick JonasNick Jonas, fait quelque chose

 

L'interprétation et le casting sont eux aussi exaspérants, puisque sans aucune audace ni idéeDwayne Johnson déballe à nouveau son numéro comico-pectoraux de grand gamin au corps d'Hercule, Kevin Hart gesticule et pollue l'environnement avec sa voix nasillarde qu'il active mécaniquement dans chaque scène, et Jack Black tourne en rond. Qu'il découvre son chibre dans une scène digne d'une mauvaise impro ou qu'il fasse les yeux doux à Nick Jonas (une autre idée de casting fabuleuse), il semble sortir d'un téléfilm de pacotille.

Seule Karen Gillan amuse un peu, malgré une écriture souvent affreuse - cette guerrière puissante a la compétence de danse mortelle, ce qui la transforme parfois en strip-teaseuse ratée alors qu'elle pourrait fracasser ses adversaires. L'actrice découverte dans Doctor Who et Les Gardiens de la Galaxie est la moins désagréable du groupe, en grande partie parce qu'elle bénéficie de son statut plus modeste et apporte une certaine candeur.

 

Photo Dwayne Johnson, Karen Gillan, Jack BlackKaren Gillan : moins de muscle/gras, plus de talent ?

 

GAME OVER

Ce qui frappe le plus dans ce film, qui revendique son statut de suite grâce à une mention sans aucun intérêt du héros de Jumanji, c'est son manque consternant d'imagination. Le monde incroyable où sont propulsés les héros se résume ainsi à un souk, un hangar, des motos, un hélicoptère ou encore quelques animaux très simples, soit un décor aussi fou qu'une saison de Koh Lanta en Amérique centrale. Placer l'aventure dans l'univers du jeu laissait rêver d'un univers fou, évoqué dans la série animée Jumanji, mais le film de 2017 est finalement moins inventif que l'original avec ses moustiques géants et ses plantes cauchemardesques. Un comble, puisqu'il se déroulait dans le monde réel.

 

Photo Dwayne JohnsonLa fameuse clause lance-flamme du contrat de Dwayne Johnson

 

C'est sans parler de la laideur de l'ensemble, qui peine à démontrer qu'il y a vingt ans de technologie entre les deux films. Des fonds verts dégueulasses, des animaux en CGI aussi vilains que mal mis en scène, des scènes d'actions montées sans réelle efficacité : ce Jumanji est affreux. Affreux, très sale pour les yeux et pas méchant pour un sous, le film traîne mortellement la patte pendant ses deux heures de "spectacle". Ce ne sont pas les quelques minables épreuves, le triste couloir de pièges ou encore cette cascade finale immonde qui vont tirer le spectateur des abysses de l'ennui hollywoodien.

Que l'antagoniste soit insipide, que la magie soit absente et que l'épilogue soit à peu près insupportable (le baiser final : à ranger parmi les sommets de niaiserie assourdissants) tend à faire de Jumanji : Bienvenue dans la jungle l'un des pires produits de l'année. Que le film se termine brutalement avec un plan qui semble abandonner la mythologie dans une poubelle, ne peut que nous laisser l'amère conviction d'avoir été confrontés à un machin cynique, vomi par le système pour toutes les mauvaises raisons.

 

Affiche française

 

Résumé

En 2017, Jumanji n'est ni drôle, ni original, ni étonnant, ni divertissant. C'est un machin informe, laid, paresseux, sans une once de folie ou d'inventivité. A éviter sans problème.

Autre avis Mathieu Jaborska
En théorie, l'idée de refaire Jumanji à la sauce jeu vidéo et de parodier au passage les codes surannés du film d'aventure est loin d'être mauvaise. En pratique, la lourdeur ahurissante de ce remake gâche tout.

commentaires

Deny
04/04/2020 à 19:09

J'adore ce film

Pat Rick
04/04/2020 à 09:31

Je n'ai pas revu récemment le Jumanji de Joe Johnston mais je l'avais bien aimé, le genre de divertissement fantaisiste comme Hollywood c'est nous en concocter donc à l'annonce d'un remake/reboot j'étais plutôt sceptique toutefois il faut reconnaître que Jumanji : Bienvenue dans la jungle est très bonne surprise et que son succès est mérité.
C'est une bonne idée de ne pas faire un remake similaire à l'original en faisant quelque chose de neuf en propulsant des jeunes dans le monde de Jumanji, le résultat donne lieu à un film très rythmé avec des scènes d'action de qualité (je pense notamment celle avec les motards) ou les effets numérique ne bouffent pas trop l'histoire et l'ambiance de film.
Mais c'est aussi une comédie vraiment amusante bien servie par un casting qui a pris plaisir à jouer dedans, Jack Black est excellent dans en jouant la fille superficielle se retrouvant coincée dans la peau d'un gars un peu plus gras et Dwayne Johnson prouve encore une fois qu'il est aussi à l'aise dans l'action que l'humour, Karen Gillan est charmante à souhait et Kevin Hart fait son numéro.
Ce n'est pas bien sur un film révolutionnaire et n'étant pas d'une réelle originalité mais un bon blockbuster qui ne se moque pas de son public, rappelant un peu les divertissements des années 80/90 avec ce côté fun et décontracté tout en restant un produit de qualité.

Andarioch
30/07/2018 à 16:05

Sorti du cabotinage de Jack Black avec lequel je ne suis pas objectif, c'est quand même un petit peu une grosse daube. Pour des mômes ça peut passer mais Pixar nous a appris il y a longtemps déjà que l'on pouvait charmer les enfants sans pour autant que les parents s'emmerdent. Et The rock est mauvais comme un cochon là dedans.

Kook91
25/04/2018 à 16:10

Pour ma part j'étais hyper retissant d'aller voir le film sachant que j'avais adoré le 1er étant gamin, mais il s'avère que j'ai passé un bon moment j'ai bien rigolé. Ça reste sur les "base" du 1er tout en le mettant au gout du jour. Alors oui il n'y a pas toutes ces histoires de règles de jeu de société, de végétation et d'animaux qui débarque en ville mais j'ai été agréablement surprit je lui mettrait 3 étoiles!

Box office
15/03/2018 à 00:44

1 étoile mais , roulement de tambour...940 millions de recettes et c'est pas fini . Ecranlarge , des visionnaires

Bbabysan
25/12/2017 à 21:23

Le premier opus nous amenés la jungle dans la ville et le jeu nous réserve des surprises par le biais de jeu de mots Williams nous offrait du spectacle du courage et de l' amour durant tout le film. La on se retrouve avec des ados stéréotypes à t elle point que s en ai fatiguant la jungle disparaît au profit d un méchant à deux sous les animaux n ont plus leur place rien ne rappel Jumanji. Le casting, les idées du film auraient pu passe si ce dernier n aurai pas eu comme titre Jumanji...

Box office
25/12/2017 à 00:35

J'ai aimé , c'est fun . Et déjà 101 millions de dollars au box office en 4 jours , énorme succès pour sony et mérité

Zepoulp
22/12/2017 à 00:49

Le reste de la critique est plutôt flatteur ! J'ai partagé car je trouvais que l'auteur de la critique en question met quand même des tartines de caramel au beurre salé (sur la prestation des acteurs, l'humour et il trouve même un détournement de clichés pour les personnages) dans les trois quart restants de la critique.

L'intention n'était ni de dénigrer l'une ou l'autre critique mais d'attirer l'attention sur comment on pouvait trouver réussi certains éléments d'un côté et les conchier de l'autre côté. Même le passage, on va dire "négatif" que vous citez s'il partage justement certaines des faiblesses soulignées par la critique d'EL est quand même bien dans une tonalité respirant 'indulgence.

Après je trouve ça réducteur aussi de citer juste le seul passage jqui descend le film juste pour me contredire tout en oubliant le reste qui globalement est plutôt positif

Ce que je trouve intéressant dans la critique d'EL c'est notamment le fait que pour un film se passant dans un jeu vidéo, ça ne parle pas de jeu vidéo ou plutôt le méprise complètement (ainsi que son public donc comme bon nombre d'adaptations vidéoludiques ; voir Crossed de Karim Debbache)

Sinon c'est toujours sympa de se prendre une petite reprise de volée pour une première intervention sur ce merveilleux forum :)

Simon Riaux - Rédaction
21/12/2017 à 11:12

Ah oui, vraiment, ils l'ont trouvé super tip top.

"L’objet est moins iconisé que dans le premier épisode, moins présent à l’écran, moins bien filmé, mais continuellement au cœur du scénario. On pourra regretter que l’aspect ludique de la version de Joe Johnston, avec ces énigmes mettant à contribution l’imagination du public, ait disparu au profit d’une aventure plus directe, moins mystérieuse. Les animaux et tout le folklore inhérent à cette jungle fantasmée sont moins présents à l’écran, l’antagoniste manque de charisme (et n’a pas la portée philosophique qu’avait le chasseur dans le premier film), et les règles du jeu sont moins évidentes qu’auparavant. Quant à l’emballage, il est plus générique, le design déçoit un peu, les animaux n’ont plus ces petites particularités anatomiques qui leur donnaient des allures de créatures fantastiques, et la végétation n’est pas aussi délirante et surréaliste que ce que l’on pouvait en déduire lorsque le personnage de Robin Williams en parlait. "

Zepoulp
20/12/2017 à 17:44

Apparemment il y en a qui ont beaucoup aimé ;) !!

http://www.ecran-miroir.fr/2017/12/critique-jumanji-bienvenue-dans-la-jungle.html

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