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Jumanji : Bienvenue dans la jungle – critique verte

Par Geoffrey Crété
9 avril 2023
MAJ : 11 avril 2023
39 commentaires

Rouvrir la boîte Jumanji plus de 20 ans après le film culte de 1996 avec Robin Williams est sans nul doute un bon cas de fausse bonne idée. Le public de l’époque a t-il envie de voir sa nostalgie remise à jour et ses souvenirs modernisés ? La génération 2017 connaît-elle suffisamment le film pour vouloir une suite ? Voir le jeu de plateau transformé en jeu vidéo, et Dwayne Johnson dans le premier rôle, n’est-il pas la preuve que la machine court trop après le spectateur moderne ? Manque de chance, Jumanji : Bienvenue dans la jungle échoue à tous les niveaux.

Retrouvez la critique de la suite, Jumanji : Next level, par ici.

photo

JUMANJI V2

Jumanji : Bienvenue dans la jungle commence avec la redécouverte du jeu de plateau. Il se retrouve dans la chambre d’un adolescent des années 90, qui le délaisse au profit de sa console. Puisqu’il se contrefiche du jeu de société (« Qui joue encore à ça ? »), Jumanji réagit : en un claquement de doigt et hors-champ, il se transforme en jeu vidéo.

Cette métamorphose, réglée avec un tour de magie bien pratique, s’adresse autant aux héros qu’aux spectateurs. Ce n’est pas simplement le jeu Jumanji qui s’adapte à ses nouvelles victimes : ce sont les producteurs qui, depuis leurs bureaux, cherchent le moyen d’intéresser un nouveau public qui préfère Uncharted aux Mystères de Pékin. L’idée de moderniser Jumanji de ce côté est à la fois attendue et simplette, mais le vrai problème du film de Jake Kasdan (Sex TapeBad Teacher) n’est pas là : la suite du classique de Joe Johnston est un truc bête et fade, sans une once d’imagination, qui se contente de marcher dans les clous d’un certain type de spectacle sans saveur.

 

Photo Dwayne Johnson, Kevin Hart, Karen Gillan, Jack BlackUne mauvaise partie de Cluedo version Koh Lanta est lancée 

 

RESET ET MATCH

Premier gros problème : Jumanji : Bienvenue dans la jungle a beau être tout fier d’explorer l’angle jeu vidéo de l’aventure, l’idée n’est pas exploitée. Hormis l’idée des avatars qui projette une pimbêche accro à Instagram dans le corps gras de Jack Black, une scène où les héros découvrent leurs capacités, le running gag des personnages non jouables ou l’utilisation très limitée des vies, le film est d’une paresse embarrassante.

À aucun moment l’aventure ne donne l’impression d’être construite ou pensée comme un jeu, avec des niveaux, des épreuves, des boss, et une lecture meta pourtant annoncée et indispensable. Tout était en place pour s’amuser avec les costumes, le décor, les murs invisibles, les pixels, et la logique globale d’un jeu, mais le film préfère laisser tout ça de côté.

 

Photo , Dwayne Johnson7 ans après Scott Pilgrim. Voilà, c’est tout.

 

Celui qui espérait un hommage drôle au jeu vidéo aura l’étrange impression d’être face à quelque chose de façonné par des gens qui n’ont visiblement touché une manette que par accident il y a quelques décennies, et n’ont aucune notion réelle de la chose. Dans la mise en scène, dans la direction artistique, dans l’écriture : aucune drôlerie, aucun esprit et encore moins de regard passionné et tendre sur le jeu vidéo. Remplacer le jeu de plateau par une cartouche de vieille console n’est rien de plus qu’une ficelle cynique, censée garantir l’attention d’un nouveau public.

 

Photo Kevin HartMétaphore de la subtilité comique de Kevin Hart

 

LE BIDE DE LA JUNGLE

La modeste mission de Jumanji : Bienvenue dans la jungle est certainement d’être drôle. L’échec est là aussi spectaculaire tant le film est d’une débilité et d’une banalité rance. Le principe des avatars est traité avec une lourdeur telle que dès la première scène, elle n’est plus drôle : hormis Jack Black, les avatars ont une logique trop plate (le héros ado devient le héros Dwayne Johnson, le noir sera Kevin Hart et la rousse, Karen Gillan), et le décalage est digne d’un Disney de bas-étage (l’adolescente renfermée sera une bombe en mini-short, le garçon chétif sera un musclor intrépide et le sportif qui mise sur son physique, un gringalet faible).

Inutile de préciser que la morale de toute cette aventure est tartinée dans tous les sens, offrant des dialogues d’une banalité d’autant plus affligeante que le second degré est bien trop rare.

 

Photo Nick JonasNick Jonas, fait quelque chose

 

L’interprétation et le casting sont eux aussi exaspérants, puisque sans aucune audace ni idée. Dwayne Johnson déballe à nouveau son numéro comico-pectoraux de grand gamin au corps d’Hercule, Kevin Hart gesticule et pollue l’environnement avec sa voix nasillarde qu’il active mécaniquement dans chaque scène, et Jack Black tourne en rond. Qu’il découvre son chibre dans une scène digne d’une mauvaise impro ou qu’il fasse les yeux doux à Nick Jonas (une autre idée de casting fabuleuse), il semble sortir d’un téléfilm de pacotille.

Seule Karen Gillan amuse un peu, malgré une écriture souvent affreuse – cette guerrière puissante a la compétence de danse mortelle, ce qui la transforme parfois en strip-teaseuse ratée alors qu’elle pourrait fracasser ses adversaires. L’actrice découverte dans Doctor Who et Les Gardiens de la Galaxie est la moins désagréable du groupe, en grande partie parce qu’elle bénéficie de son statut plus modeste et apporte une certaine candeur.

 

Photo Dwayne Johnson, Karen Gillan, Jack BlackKaren Gillan : moins de muscle/gras, plus de talent ?

 

GAME OVER

Ce qui frappe le plus dans ce film, qui revendique son statut de suite grâce à une mention sans aucun intérêt du héros de Jumanji, c’est son manque consternant d’imagination. Le monde incroyable où sont propulsés les héros se résume ainsi à un souk, un hangar, des motos, un hélicoptère ou encore quelques animaux très simples, soit un décor aussi fou qu’une saison de Koh Lanta en Amérique centrale. Placer l’aventure dans l’univers du jeu laissait rêver d’un univers fou, évoqué dans la série animée Jumanji, mais le film de 2017 est finalement moins inventif que l’original avec ses moustiques géants et ses plantes cauchemardesques. Un comble, puisqu’il se déroulait dans le monde réel.

 

Photo Dwayne JohnsonLa fameuse clause lance-flamme du contrat de Dwayne Johnson

 

C’est sans parler de la laideur de l’ensemble, qui peine à démontrer qu’il y a vingt ans de technologie entre les deux films. Des fonds verts dégueulasses, des animaux en CGI aussi vilains que mal mis en scène, des scènes d’actions montées sans réelle efficacité : ce Jumanji est affreux. Affreux, très sale pour les yeux et pas méchant pour un sous, le film traîne mortellement la patte pendant ses deux heures de « spectacle ». Ce ne sont pas les quelques minables épreuves, le triste couloir de pièges ou encore cette cascade finale immonde qui vont tirer le spectateur des abysses de l’ennui hollywoodien.

Que l’antagoniste soit insipide, que la magie soit absente et que l’épilogue soit à peu près insupportable (le baiser final : à ranger parmi les sommets de niaiserie assourdissants) tend à faire de Jumanji : Bienvenue dans la jungle l’un des pires produits de l’année. Que le film se termine brutalement avec un plan qui semble abandonner la mythologie dans une poubelle, ne peut que nous laisser l’amère conviction d’avoir été confrontés à un machin cynique, vomi par le système pour toutes les mauvaises raisons.

 

Affiche française

Rédacteurs :
Résumé

En 2017, Jumanji n'est ni drôle, ni original, ni étonnant, ni divertissant. C'est un machin informe, laid, paresseux, sans une once de folie ou d'inventivité. A éviter sans problème.

Autres avis
  • Mathieu Jaborska

    En théorie, l'idée de refaire Jumanji à la sauce jeu vidéo et de parodier au passage les codes surannés du film d'aventure est loin d'être mauvaise. En pratique, la lourdeur ahurissante de ce remake gâche tout.

Tout savoir sur Jumanji : Bienvenue dans la jungle
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39 Commentaires
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nicolas

Cette hype stupide entourant THE ROCK ne va pas tarder a s’essouffler et on va pas s’en plaindre. Il enchaîne les bides (BAYWATCH) et il commence a devenir une parodie de lui même.

AlexKain86

Même avec la carte illimité, c’est déconseillé ?

Syarus

Vous mettez quand même une étoile sur 5 à un film qui n’en mérite aucune…

Confucius

C’est étonnant, j’aurais parié sur le contenu de votre critique… et j’aurai gagné. Non pas que je doute du potentiel de divertissement du film (la question des avatars n’est pas qu’un ressort comique, elle est à la base des jeux de rôle), mais que votre objectivité n’a depuis longtemps plus rien à prouver. J’ai lu la « critique » par pur désir de voir que je ne m’étais pas trompé, pour le reste, j’irai encore une fois juger par moi-même… et probablement prendre du plaisir en cette période de fin d’année et de fête. Et tant pis si c’est pas du Godard… Le premier Jumanji était un excellent film de divertissement, mais rien de plus non plus.

Dc comic

un critique de ciné ne doit pas critiquer un film selon ses goût.
je prend un exemple : moi je n’aime pas les films avec Denzel Washington et forest whitaker , il n’en demeure pas moins que je reconnais leur immense talent!
moi qui suis née en 91 j’ai commencé à m’intéresse au ciné qu’en 2002 avec les spiderman
donc jumanji de Robin Williams jamais regardé et si vous jugé le nouveau en comparaison avec l’ancien normal que vous n’aimerez pas.
remarqué moi quand j’étais plus jeune je suivais un lucky lucke en dessin dont j’étais accro et quand je regarde les nouvelle version de teletoon pour mes petit je trouve ça stupide.
Pourquoi ? ? parce que je le compare avec la version de mon enfance.
Cette nouvelle version de jumanji est faite carrement par pour des nostalgiques.
Donc faite une critique qui tient en compte qu’elle est pour cette génération du numérique, des fx etc.
Quand j’ai regardé la première trilogie star wars j’ai trouvé nul à chié et en me mettant à la place des gens des années 70 et 80 je me suis le.pied qu’ils ont eu à cette époque ! !!!
Je ne sais pas si vous m’avez compris mais bon enfin bref