Coco : Critique de la Muerta

Créé : 28 novembre 2017 - Jacques-Henry Poucave

Depuis Vice Versa et son succès critique, nombreux sont ceux qui se demandent si Pixar va retrouver la gloire de ses débuts phénoménaux où le studio, depuis tombé dans l’escarcelle de l’ogre Disney, parvenait avec une grâce rare à manier sophistication des concepts, limpidité des enjeux et maîtrise technologique. Coco confirme-t-il le retour en grâce de la firme à la lampe ?

 

Affiche
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LA MORT LUI VA SI BIEN

On oppose souvent en cinéma le sens, la puissance émotionnelle et l’accomplissement technique. Le film de Lee Unkrich et Adrian Molina nous rappelle justement qu'ils ne se confrontent pas mais se complètent, la finesse de l’un révélant la puissance de l'autre. En effet, ce n’est ni dans la construction du récit, ni dans ses thématiques qu’il faudra chercher les réussites du métrage.

Si les mésaventures de Miguel, aspirant musicien à la passion contrariée par une légende familiale et embarqué au Royaume des Morts pour y débusquer un artefact, se déroulent sans grande inventivité narrative, elles nous filent souvent une belle larmiche aux coins des yeux, et n’oublient jamais de nous décrocher la mâchoire.

 

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Miguel

 

Et si on est si régulièrement touchés par le récit, c’est justement grâce à la finesse des graphismes, la profondeur de champ délirante de certaines images, et le soin maniaque apporté à la composition symbolique et mythologique d’un univers aux couleurs tout bonnement sublimes. Forts d’une direction artistique souvent grandiose, Unkrich et Molina peuvent donner libre court à la précision de leur art de conteurs, au gré d’un découpage simple, mais qui parvient toujours à capter le cheminement émotionnel des protagonistes et nous le donner à ressentir.

 

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Un univers visuellement riche et magnifique

 

COMME A LA MAISON

Aucun doute, les plus jeunes apprécieront ce qui constitue le haut du pavé de la production d’animation américaine contemporaine. Toutefois, les spectateurs avides de surprise, d’originalité, ou tout simplement à cheval sur la construction narrative des œuvres qu’ils visionnent, risquent de laisser échapper ici et là un soupir d’ennui poli.

 

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La famille, une des thématiques centrales du film

 

Car pour somptueux qu’il soit, Coco donne souvent le sentiment de choisir la solution de facilité dès qu’un choix s’offre à lui (jusque dans le design de ses squelettes, toujours pensés pour ne jamais effrayer le minot en bas âge), voire dans l’écriture de ses personnages. On a beau apprécier son sympathique clébard, difficile de ne pas y voir une resucée d’un archétype résolument Pixarien.

De même, les enchaînements de situations sont souvent trop propres, car téléphonés. Un problème qui s’efface progressivement une fois Miguel chez les zomblards, mais qui entâche le film dans sa première partie, et donne le sentiment qu’il s’agit plus d’une relecture de l’excellent La Légende de Manolo (un film du studio Fox sorti en 2014, notamment produit par Guillermo del Toro), que d’une création férocement originale, mue par un désir créatif indiscutable, à l’image des plus grandes réussites de l’entreprise.

 

Affiche française

 

Résumé

Trop mécanique et désincarné pour s'imposer instantanément comme un classique, Coco n'en demeure pas moins une fable particulièrement émouvante, grâce à une direction artistique somptueuse.

commentaires

Sylvain PASSEMAR 19/04/2018 à 11:08

Entre onirisme et fantastique, avec des couleurs à faire pâlir Caro et Jeunet. Tout simplement magnifique.

Olive 01/04/2018 à 23:19

Exceptionnel
Bcp d’emotions, un grand Pixar!

Coco_Rico 09/12/2017 à 12:51

@Pseudo, outre le jour des morts et les ancêtres sous forme de squelette, il n'y a rien en commun entre les deux. En fait, les deux films s'inspirent de la culture mexicaine mais partent dans deux directions opposées. Dans Coco, Miguel reste un enfant, toujours vivant et se retrouve de l'autre côté car "maudit", il recherche l'un de ses ancêtres pour retourner parmi les vivants sans contrepartie. Alors que Monolo doit affronter des épreuves pour retrouver Maria dont il est amoureux alors qu'il s'est fait empoisonné par son meilleur ami. Dans ce film on retrouve des divinités et autres créatures complètement différentes de Alebrijes puisqu'on retrouve d'autres légendes mexicaines.

Tibouli 03/12/2017 à 20:33

Cette inspiration à peine voilée de La légende de Manolo est scandaleuse. Déjà que vaiana ressemblait à Mune,gardien de la lune... L'inspiration de Pixar sent la panne sèche...

Simon Riaux - Rédaction 29/11/2017 à 10:13

Cher Z,

Le point que vous soulevez ne vient nullement s'opposer à ce que dit la critique. Nous soulevons ce qui nous apparaît comme des facilités de construction, des raccourcis scénaristiques, qui nuisent un peu à la richesse du récit, certainement pas au respect de l'oeuvre envers la culture qu'elle convoque.

Si nous estimions que le film traite "mal" la culture mexicaine, nous le signalerions.

De même, la déférence et le respect dont il fait preuve envers l'esthétique qu'il revisite ne sont nullement garants de réussite esthétique.

Bien à vous.

W 29/11/2017 à 09:52

@bof

Non j'ai juste lu la critique. Qui parle des problèmes du scénario, de l'écriture. D'où le lien avec mécanique et désincarné, pointé du doigt par Z comme si c'était incohérent de penser ça.
Le film peut parfaitement respecter la culture en question (la critique ne dit pas le contraire d'ailleurs), tout en étant limité et facile dans ses ficelles. C'est ce que dit la critique, et vu les derniers Pixar j'y vois rien d'incroyable.

bof 29/11/2017 à 09:39

@W

La moutarde t'est montée au nez? A aucun moment, Z ne parle de scénario. Perso, je suis ravi d'apprendre que les Mexicains relèvent la cohérence et le respect du film vis-à-vis de leur culture traditionnelle.

W 29/11/2017 à 09:09

@Z

Et le rapport entre les Mexicains et le scénario du film ?
En quoi la culture et ton séjour là-bas (cool pour toi) ont un rapport avec l'opinion du critique sur le scénario, ses ficelles, sa finesse ?
Faudrait donc avoir des potes mexicains et des vacances prévues pour l'apprécier ? Je dois passer par le Japon pour revoir Chihiro ?

Plus bas on reproche d'être trop gentil avec le film, et toi, trop méchant... C'est devenu le passage obligatoire sur chaque critique.

bof 29/11/2017 à 08:49

"Trop mécanique est désincarné..."
"... une fable particulièrement émouvante".

Je n'ai pas vu le film, mais pour moi, c'est antinomique.

Un bon cru de Pixar, semblerait-il.

Z 29/11/2017 à 08:42

Cher écran large, "trop mécanique et désincarné". Je rentre du Mexique où j'y ai passé 3 semaines. J'ai pu voir le film le jour de la fête des morts après avoir visité l'autel de COCO dans la ville de Puebla.

Demandez plutôt à un Mexicain de ce qu'il pense du film. Au début ils y allaient tous avec une appréhension d'une énième "pelicula gringa" sur la fête des morts.

"Respect et touchant" sont les mots qu'ils utilisaient tous à la sortie.

Le film est la parfaite représentation du pays (comme celui de Manolo d'ailleurs). Donc évitez les "trop mécanique et désincarné" s'il vous plait.

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