Irma Vep : on a vu la sublime série meta avec Alicia Vikander

Alexandre Janowiak | 7 juin 2022 - MAJ : 07/06/2022 17:55
Alexandre Janowiak | 7 juin 2022 - MAJ : 07/06/2022 17:55

Après une année 2021 exceptionnelle en juillet, Cannes retrouve le mois de mai pour son édition 2022 et sa sélection riche d'une centaine de films plus ou moins attendus. Après son ouverture zombiesque avec Coupez !, le festival bat donc son plein et dévoile un peu plus ses joyaux (ou non) chaque jour. L'heure pour nous de vous livrer notre avis à chaud sur les trois premiers épisodes d'Irma Vep, une série pour changer, remake du film Irma Vep d'Olivier Assayas par Olivier Assayas et mené par Alicia Vikander.

 

 

De quoi ça parle ? Mira est une star de cinéma américaine, mais elle en a marre de jouer dans des blockbusters super-héroïques pas très intéressants et a surtout besoin de changer d'air après sa récente rupture. Elle décide donc de partir en France pour jouer Irma Vep dans un remake d'un feuilleton muet de 1916 réalisé par Louis Feuillade, Les Vampires

C’était comment ? Olivier Assayas avait quitté la Croisette en 2016 avec le prix de la mise en scène pour son super Personal Shopper  (en tout cas pour l'auteur de ces lignes, le film divisant beaucoup la rédaction d'EL). Depuis, il avait déçu avec l'ennuyeux Doubles vies et surtout l'énorme raté Cuban Network (tous deux passés par Venise). Heureusement, son retour à Cannes avec Irma Vep, le remake sériel de son propre film éponyme réalisé en 1996, est une petite sucrerie, drôle, émouvante et meta.

 

Irma Vep : Photo Alicia Vikander, Vincent MacaigneLa rencontre qui va tout changer ?

 

Bon, soyons d'ores et déjà clair sur un point : la série est visuellement sublime. Ce n'est en rien étonnant avec HBO à la production (et aussi A24), mais cela donne inévitablement un cachet à chaque décor traversé par les personnages. Un élément capital, notamment dans une série qui raconte en grande partie la fabrication même d'une série, avec lequel joue admirablement Olivier Assayas au niveau de sa mise en scène grâce à une gestion des espaces savante.

Il s'amuse d'ailleurs habilement de cette mise en abyme en usant de différents formats, jonglant entre celui de la série que nous regardons, la série que les personnages tournent et le feuilleton original de Feuillade (avec des sublimes séquences restaurées) pour mieux faire de se fusionner les dimensions. En résulte une narration pleine de délicatesse, mais jamais molle, élégante, mais jamais coincée, et surtout capable de porter la trajectoire de son héroïne à chaque instant.

 

Irma Vep : Photo Adria Arjona, Alicia VikanderUn jeu de dominante-dominée intense

 

Car si la série est extrêmement dense, jouissant de nombreuses petites sous-intrigues pétillantes et tordantes entre ses nombreux pieds de nez réjouissant au système hollywoodien (les super-héros encore et encore, les assurances), ses réflexions sur le monde du cinéma et les arcs de nombreux personnages secondaires (le comédien drogué incarné par Lars Eidinger, un Vincent Lacoste pas toujours gérable, Jeanne Balibar et Devon Ross aux sentiments ambigus), la série n'oublie jamais de garder en ligne de mire la reconstruction de Mira, aka Alicia Vikander, qu'on se plaît à enfin retrouver dans un rôle passionnant.

C'est dans la double lecture de l'héroïne que la série est la plus touchante dans ces trois premiers épisodes, Mira faisant de plus en corps avec son personnage pour mieux renaître. Peu à peu, Mira devient Irma (son nom en anagramme était annonciateur évidemment) et fusionne presque physiquement avec l'arnaqueuse qu'elle incarne donnant à des scènes une poésie merveilleuse. On pense évidemment à ce premier essai du costume et sa balade à pas de chat dans des escaliers, mais surtout à celle des tests lumières sur son maquillage.

 

Irma Vep : photo, Alicia VikanderAlicia Vikander, enfin de retour à son meilleur

 

Alors qu'elle vient de vivre un moment douloureux dans la scène précédente, le montage nous transporte immédiatement dans cette séquence où ses yeux sont maquillés d'un crayon noir qui semble presque avoir coulé, comme si elle venait de pleurer en conséquence de la scène précédente. En une simple transition, la tristesse de l'héroïne semble se fondre sur le visage de son personnage, donnant plus encore de puissance à leur jonction en une seule et même entité.

Une fusion de l'héroïne qui semble toucher un des autres personnages de la série dans une bascule meta encore plus intrigante et émouvante : Vincent Macaigne, réalisateur de la série dans la série, semble finalement être l'incarnation d'Assayas lui-même. Une révélation qui rend la démarche du réalisateur d'autant plus personnelle et intime, s'ouvrant pleinement aux spectateurs sur ses regrets, traumatismes passés et ambitions de cinéastes. Largement de quoi nous donner envie de regarder la deuxième moitié très vite.

Et ça sort quand ? La diffusion commence dès le 7 juin sur OCS en France.

Tout savoir sur Irma Vep

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commentaires
Schtroumpfette
15/06/2022 à 13:08

Oups, désolée, petite galère avec mes verres progressifs ( l'âge, toussa toussa), ce n'est pas la première fois que je fais des gaffes ! Merci alors d'avoir rendu hommage à Vincent Macaigne... Sa séance de psychanalyse, la scène avec le médecin et la scène du métro sont hilarantes.

MacReady
15/06/2022 à 12:57

@Schtroumpfette

Dommage que vous n'ayez pas lu l'article jusqu'au bout ?

Schtroumpfette
15/06/2022 à 12:40

Dommage que vous oubliiez de mentionner Vincent Macaigne , qui est absolument génial et hilarant.

leocat
08/06/2022 à 23:05

vu le E01 : total ennui malgré une très charismatique Alicia V.

DOMI75
08/06/2022 à 16:07

@actor's method
j ai vu l épisode et j avoue que j ai eu du mal à la reconnaitre...

Chat7714498
08/06/2022 à 12:04

Très bon article !

Raide dingue
07/06/2022 à 19:34

Décidément AVK provoque une crise de priapisme à EL :-)

actor's method
23/05/2022 à 10:54

je ne reconnais pas la A Vikander sur la photo de l'article, ...c'est une autre,,?

Il y a une erreur dans le titre de l’article
22/05/2022 à 21:59

L’adjectif sublime est a localiser avant Alicia Vikander

rientintinchti
22/05/2022 à 20:30

il faut absolument voir Carlos de ce réal. Avec l'excellentissime Edgard Ramirez à qui le cinéma ne rend pas justice. Cuban network est bien aussi même si ça manque un peu de rythme.

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