OATS : on a vu Rakka, le premier épisode du nouveau délire de Neill Blomkamp

Simon Riaux | 15 juin 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 15 juin 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Enchaînant bides, accueils critiques catastrophiques, voire annulations un brin humiliantes (il ne fait pas grand doute que c’est bien Ridley Scott qui a euthanasié son projet de simili-suite d’Alien), le réalisateur Neill Blomkamp a décidé de s’éloigner momentanément des studios pour fonder une structure en adéquation avec le cinéma démerdard et virtuose qu’il affectionne, dont la culture de la SF et du cyberpunk serait suffisamment éprouvée pour qu’il puisse y évoluer en bonne intelligence.

Le projet OATS a beau demeurer encore mystérieux, il a donc des airs de couveuse geek pour projets excitants, ainsi qu’en ont témoigné les trailers émanent de la toute jeune structure, vantant les mérites d’une anthologie à venir, dont nous découvrons aujourd’hui le premier épisode, intitulé Rakka.

 

 

 

Y A COMME UN LEZARD

Pour tous ceux qui depuis District 9 se régalent des univers déployés par le cinéaste, ce premier "volume" ne manque pas d’atouts. On retrouve comme toujours le talent indiscutable de l’artiste pour accoucher d’un univers cohérent en agrégeant des ingrédients venus des quatre coins de la SF, de la culture pop, et notamment du jeu vidéo.

Quand nombre de studios échouent à confectionner du divertissement un peu ambitieux visuellement et à proposer au public des univers forts, on est souvent impressionné par le rendu de Rakka. Qu’il s’agisse des envahisseurs reptiliens, de leur technologie, des superstructures bâties par ces vilains à écailles ou des maquillages parfois bien gores qui parsèmes les 25 minutes de ce premier épisode, le visionnage a des airs de festin pascal serti de friandises à l’adresse des amateurs de cyberpunk.

 

oats studio

 

De même, et en dépit d’un rôle totalement sous-écrit, on se réjouit de voir le réalisateur faire à nouveau équipe avec Sigourney Weaver, signe de la volonté de la comédienne de poursuivre sa collaboration avec Blomkamp malgré l’échec d’Alien 5. Elle avait d’ailleurs porté à bout de bras le projet et milité pour sa survie, ce qui fait de son rôle de leader de la résistance humaine un clin d’œil sympathique, autant que le signe d’une association artistique qu’on espère fructueuse.

 

GEEK ME MORE

Hélas, si cette première production du studio OATS ne manque pas d’arguments pour séduire superficiellement le spectateur, pour peu qu’on en attende un récit un minimum construit ou tout simplement une proposition qui s’élève au-dessus du court-métrage débrouillard conçu pour dragouiller le nerd, la déception est extrêmement violente.

 

photo trailer

Sigourney Weaver dans le rôle de... Sigourney Weaver 

 

À la notable exception de District 9, où il bénéficia du compagnonnage de Peter Jackson, Neill Blomkamp a toujours eu le plus grand mal à établir des récits dotés d’enjeux, à caractériser ses personnages et à se hisser au-dessus de la simple rodomontade visuelle.

Toutes ces faiblesses sont présentes dans Rakka, et plutôt deux fois qu’une. Ne sachant comment introduire ses protagonistes et établir les bases de son univers, le metteur en scène se contente d’enchaîner les plans illustratifs décryptés par une voix off monocorde pendant une bonne dizaine de minutes. Aussi aboutis soient-ils techniquement, aussi séduisant soient-ils artistiquement, le procédé est d’une lourdeur sans nom.

 

photo trailer

Battlefield Earth : Lizard Edition 

 

Après quoi Blomkamp égrène les clichés lourdingues avec une constance tragique, nous refourgant un même personnage de pyromane métaleux tout fou-fou, psalmodiant de cryptiques répliques sur la force du « FAAAAAÏÏIÏÏREUUUU ». Un élément parmi tant d’autres, tantôt ridicules, tantôt trop expédiés pour pouvoir exister. On a souvent l'impression que le réalisateur balance au hasard des concepts qui l'amusent, sans véritablement les justifier (les casques mentaux), ne les intégrant pas au récit et se contentant d'en faire des gimmicks stylisés (l'hybride bio-mécanique).

Et quand le metteur en scène s’aventure à donner un peu de sens à son délire, le résultat est embarrassant. En témoigne le traitement éclair et digne d’une pub Pepsi d’un personnage de kamikaze, qui met lourdement en lumière le sens du titre de Rakka. Une sorte de retournement des points de vue, qui était déjà au coeur de District 9, mais bénéficiait d'un long-métrage entier et d'un scénario extrêmement bien construit pour s'épanouir. En l'état, OATS cède ici à la tentation du discours politique pour les nuls, sans avoir les épaules pour tenir cette posture.

 

Neill Blomkamp OATS Rakka

 Sigourney Weaver, cherche Alien désespérément

 

Un sentiment démultiplié par la nature de Rakka, dont on ignore s’il est une introduction, un premier chapitre, une bande démo conçue pour intéresser des investisseurs. En l’état, difficile de déterminer si Blomkamp nous livre le début maladroit d’une œuvre plus ample ou un trip régressif aussi bas de plafond que visuellement réjouissant.

Et on n’est pas certains d’avoir très envie de le savoir.

 

Oats RakkaOuh la vilaine bête

 

Tout savoir sur Neill Blomkamp

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commentaires
berserk
13/02/2018 à 04:38

une analyse des plus vereuse, sur un court métrage d'un niveau jamais vue

Altair
21/01/2018 à 00:34

@jeanmichel

Okja a été encensé par les critiques, et mêmes des critiques perçues comme super intello.
Donc l'argument faudra repasser. Si on aime pas un truc de Netflix ou Youtube, ça veut juste dire : on n'aime pas ce truc de Netflix ou Youtube.

jeanmichel
21/01/2018 à 00:22

il y à un lobby dans le cinéma pour démonter les types qui sortent des choses hors des salles ? comme tout le monde à démonter Okja car il est sort sur netflix ? on démonte ce génial court métrage car il est sorti sur youtube.

Vince
08/08/2017 à 16:35

Critique maladroite, aussi bas de plafond que d'avoir les épaules pour tenir la posture.

ENKI
06/08/2017 à 18:55

VOUS ETES COMME MOI PRIS ENTRE LES MAINS DES REPTILIENS ! alors debout et battez vous §§§§§§§§§§§

Mirabel
23/06/2017 à 05:38

Pourquoi critiquer le fond, et une histoire qui ne sont pas encore developpes, cela n a pas de sens. L envirronement est remarquablement pose, et pour ma part je me suis rapidement immerge ds cet univers. J espere que ces crtitiques peu fondees n empecheront pas le projet de se poursuivre, ce court metrage donne vraiment envie d en voir et d en savoir plus. Blomkamp est un bon, un tres bon meme. R. Scott ne veut pas de sa suite, et alors?? 2 excellents realisateurs peuvent ne pas etre en phase...que de cancans..

Genie
20/06/2017 à 00:16

Ce mec est tout simplement un genie, et l'auteur de cette article un haineux sans aucun esprit analytique.Ou un manque de savoir.
Je vais expliquer : Les aliens peuvent se changer en humain, c'est pour ca que desfois on comprend pas trop ce qu'on voit,c'est fait exprès, les casques cerebraux sont la car ces aliens peuvent controler les esprits des humains (logique vu la scene de fin).
Maintenant, comment je sais tout ça ? La théorie des réptiliens.Elle est vrai,et ils existent, et ce sont des choses qui arrivent tt les jours mais en moins dramatique que dans le film.

Scramasaxe
19/06/2017 à 20:33

Roh, vous êtes bien durs avec ce monsieur.
Certes, ses films qui ont suivi District 9 étaient d'une mauvaise facture grandissante ...
mais à l'heure ou le public accepte de suivre des histoires d'aliens sans aliens (cf. Colony), je trouve cette introduction assez rafraichissante :)

Kappa
18/06/2017 à 23:34

@ratinox

Donc toi t'es le cousin de Neill Blomkamp si t'aimes ?
#malogiqueàlacon

ratinox
18/06/2017 à 23:27

Oui, l'auteur de l'article doit être le neveux de Ridley Scott...
Super ce pilote

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