L'épisode culte : Breaking Bad, ou la guerre contre la mouche par le réalisateur de Star Wars

Geoffrey Crété | 6 juillet 2017
Geoffrey Crété | 6 juillet 2017

Parce qu'il n'y a pas que le cinéma dans la vie d'un cinéphile, nouveau rendez-vous nostalgique sur Ecran Large : l'épisode culte, qui reviendra sur un morceau de choix d'une série remarquable. 

Du début des années 2000 resteront plusieurs séries. Parmi elles : Breaking Bad, création de Vince Gilligan devenue en quelques années un véritable phénomène. Formé sur X-Files où il a commencé en scénariste pour finir en producteur, Gilligan a marqué les esprits avec l'histoire improbable de Walter White, professeur de chimie dans une petite ville du Nouveau-Mexique, qui se lance dans un trafic de méthamphétamine avec l'aide d'un ancien élève lorsqu'il découvre être atteint d'un cancer en phase terminale.

Beaucoup de morceaux inoubliables dans Breaking Bad, qui s'est notamment terminé en beauté. Mais parmi les 5 saisons et 62 épisodes, un moment inclassable et unique : La Mouche (Fly), épisode 10 de la saison 3, réalisé par Rian Johnson (Looper, Star Wars : Les Derniers Jedi).

 

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GENIUS IN A BOTTLE

Comme d'autres pépites, La Mouche est né de contraintes. Arrivé à la fin de la troisième saison, Breaking Bad a ainsi des problèmes : après avoir construit le décor du laboratoire, le budget est plus que serré. La production utilise alors la carte classique du bottle episode : une histoire écrite dans un souci d'économie, avec peu de décors et acteurs.

Interrogé par AV Club en 2010, le showrunner Vince Gilligan revenait sur les conditions particulières de l'épisode : « Il y avait certaines réalités financières. C'est un bottle episode, et on fait un bottle episode quand on doit respecter un planning et un budget. Ceci étant dit, même si ça n'avait pas été le cas, même s'il n'y avait pas eu cette situation financière, je pense en tant que showrunner qu'il devrait y avoir un certain rythme et une certaine forme dans chaque saison. Et le bouquet final qu'on cherche à avoir à la fin de la saison, ne serait pas si fort si on n'avait pas ces moments plus calmes, avant la tempête. Les épisodes plus tranquilles font ressortir encore plus ceux qui sont plus tendus et dramatiques. »

 

Photo

Vince Gilligan, créateur de Breaking Bad, avec Bryan Cranston

 

HUIS CLOS

Ce n'est pas un hasard si c'est le seul épisode de la série où Sky (Anna Gunn) n'apparaît pas, malgré sa courte présence hors champ : La Mouche est entièrement dédié à la relation entre Walter et Jesse, qui va prendre une tournure inquiétante et orageuse à cause d'un malheureux élément extérieur qui trouble le héros. 

Hanté par sa responsabilité dans la mort de Jane, profondément inquiet face à une existence de plus en plus dangereuse, Walter ne dort plus. Quelque chose lui échappe, à un degré plus ou moins tangible, et le ronge. Cette perte de contrôle, subtile mais potentiellement tragique, se concrétise : la dernière fournée de méthamphétamine de leur nouveau laboratoire, installé sous le business a priori innocent de Gus, n'est pas complète. Une petite différence qui n'inquiète pas Jesse, mais qui obsède vite Walter, à cran. Et lorsqu'il découvre qu'une odieuse mouche est entrée, il se lance dans une chasse hystérique pour l'arrêter, afin de reprendre le contrôle du domaine.

 

Photo Bryan Cranston

 

LES AILES DE L'ENFER 

La Mouche est la première incursion de Rian Johnson dans la série de Vince Gilligan, où il reviendra pour la dernière saison signer notamment le mémorable Ozymandias. A l'époque, il a été remarqué avec le film indé Brick et la comédie Une arnaque presque parfaite avec Mark Ruffalo, Adrien Brody et Rachel Weisz. Il n'a pas encore réalisé le film de science-fiction Looper mais Vince Gilligan a lu le scénario, et a été impressionné. 
 

Le running gag de la mouche qui titille un Walter à cran apporte une évidente touche de légèreté à l'épisode. Le héros se tape la tête contre un tuyau, allume une machine en frappant l'insecte, explose une lumière, perd sa chaussure et va jusqu'à s'offrir une chute grotesque dans sa chasse infernale. C'est une ficelle scénariste brillante : raconter en profondeur un personnage via une mise en situation a priori innocente, qui est pourtant chargée d'un sens fort. En l'occurrence, la peur grandissante d'un homme rongé par ses remords, piégé par ses choix de vie et sa confiance presque aveugle en lui-même.

 

Photo épisode La Mouche

 

Walter piège moins la mouche que lui-même, pressurisant le laboratoire pour s'enfermer avec sa propre conscience jusqu'à implosion. L'insecte est comme un mauvais génie qui le torture, se place face à lui pour lui rappeler ses limites et lui infliger les peines qu'il mérite. Lorsqu'elle se pose sur son front, elle laisse l'occasion à Jesse de rendre un coup à son associé survolté et enragé. Il cherche à se punir, et la mouche est là pour l'aider.

 

Photo épisode La Mouche

 

FLY ME TO THE MOON

Si La Mouche fonctionne aussi bien, c'est qu'il est d'une qualité formidable à tous les niveaux. L'écriture est simple et précise ("Tout est contaminé"), Aaron Paul l et surtout Bryan Cranston sont excellents, et la mise en scène de Rian Johnson est superbe. D'un plan sur la mouche posée sur le verre des lunettes de Walter à la coupure d'électricité au moment opportun, l'épisode est un pur plaisir.

Dans sa dernière partie, la rage laisse place aux confessions dans un silence de plomb. Walter cherche le moment idéal où il aurait pu et dû mourir, raconte comment il a rencontré le père de Jane le jour où elle est décédée. La mouche viendra interrompre cette conversation centrale, et sauver Walter d'un aveu qui le ronge, alors qu'il glisse vers un état second. 

La révélation sur son rôle dans la mort de Jane viendra plus tard, dans un autre grand moment de la série : l'épisode 14 de la saison 5, Ozymandias, justement réalisé par Rian Johnson.

 

Photo épisode La Mouche

 

La meilleure scène est sans nul doute celle de la fin, lorsque Jesse monte sur l'échelle pour atteindre la mouche, tandis que Walter s'excuse à demi-mots pour Jane. Il tient littéralement la vie du garçon entre ses mains lorsqu'il dit "Jesse, je suis désolé. Je suis désolé pour Jane. Je suis vraiment désolé...". La mort de linsecte est retardée alors que Walter accepte que le contrôle lui a clairement échappé, et que "tout est contaminé" - dans le laboratoire, dans sa famille, dans son existence. La mouche sera finalement abattue, accompagnée des ronflements du père de famille.

Dans cette scène, à la fois simple et profondément complexe, il est clair que Breaking Bad est une série fantastique. Et lorsque l'épisode s'achève, comme une boucle infernale, sur le son d'une nouvelle mouche qui rappelle à Walter qu'il n'y échappera pas, l'œuvre culte de Vince Gilligan rappelle qu'elle a été l'un des grands moments de la télévision des dernières décennies.

 

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commentaires

Raph le fan de Breaking Bad
21/08/2018 à 13:26

J'ai trouver cet épisode horriblement chiant je lui ai mit 1/5 alors que je met 5/5 a tous les autres épisode de cette série géniale un épisode chiant qui même une fois expliquer reste chiant a mourir

MystereK
12/07/2017 à 08:42

Un épisode magistral !

Grift
06/07/2017 à 23:58

Je l'avais trouvé top cet épisode. Très bon moment aussi.

Joko
06/07/2017 à 17:59

Eh bien, j'ai jamais croisé autant de "fans" de Breaking Bad qui n'aiment pas ce très bon épisode.

Onslesky
06/07/2017 à 17:56

À voir une fois car sympais lorsqu'on se re fait toute les saisons, c'est le seule épisode qu'on zap :D

Slaine
06/07/2017 à 17:53

...idem..le genre d'épisodes à te faire aller au lit de bonne heure!!

Arnaud
06/07/2017 à 16:49

Un des episodes (sinon l'episode) parmi les plus chiants de Breaking Bad. Mais la serie est tellement exceptionnelle qu'on pardonnera facilement :)

Cacaolalao
06/07/2017 à 16:11

Il fallait oser, c'est brillant, mais perso je me suis fait chier, pour parler poliment.

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