L'épisode culte : Battlestar Galactica, l'hommage grandiose et épique à la série originale

Geoffrey Crété | 7 mars 2017
Geoffrey Crété | 7 mars 2017

Parce qu'il n'y a pas que le cinéma dans la vie d'un cinéphile, nouveau rendez-vous nostalgique sur Ecran Large : l'épisode culte, qui reviendra sur un morceau de choix d'une série remarquable. 

Impossible et impensable de ne pas aborder Battlestar Galactica, version moderne de la série culte de 1978 lancée en 2003 sur SyFy (alors appelée Sci-Fi), dans notre rubrique consacrée aux épisodes de séries cultes. Sauf que le reboot de Ronald D. Moore est une oeuvre dense, écrite et racontée sur de longs arcs narratifs, d'où une difficulté à isoler un épisode suffisamment fort qui renferme l'identité de la série.

Place donc à la triche avec non pas un ni deux mais trois épisodes cultes : Pegasus et Opération survie, en deux parties, qui forment en réalité un triple épisode autour du Pegasus, au milieu de la saison 2. Un moment phare de la série, chéri par les fans, notamment parce qu'ils rendent hommage à la série originale de Glen A. Larson.

 

Battlestar Galactica S1

 

MASCULIN/FEMININ

Dès qu'il relance la série de science-fiction, Ronald D. Moore rêve de ramener le vaisseau Pegasus et Cain, au coeur du double épisode Les Cylons attaquent (The Living End) dans l'unique saison de 1978.

À l'image de sa réécriture en profondeur de la mythologie, il apporte de nombreux changements, à commencer par la nature de Cain : ce n'est plus un commandant homme mais un amiral femme. Interprété dans la série originale par par Lloyd Bridges, père de Beau et Jeff Bridges, Cain a les traits de l'excellente Michelle Forbes en 2005 (Jane Seymour, qui était dans la série originale, a refusé le rôle). Comme Starbuck, devenu une femme dans la version moderne.

Ces changements apportent une toute nouvelle dynamique, notamment parce que Cain a l'autorité militaire sur Adama. Cette bascule de pouvoir offre une énergie formidable à l'intrigue, le commandant du Galactica étant tiraillé entre sa raison et son coeur au fil de ce triple épisode spectaculaire et intense.

 

Cain original-reboot

Cain est un commandant en 1978 (Lloyd Bridges), et un amiral en 2005 (Michelle Forbes)

 

L'ESPRIT DE CAIN

Dans la série originale, Cain et Adama s'affrontent au sujet de leurs plans : impulsif et guerrier, le premier souhaite attaquer les Cylons et récupérer des réserves de carburant avec l'aide du Galactica. Adama, lui, pense plus à sa quête de la Terre et la protection des vaisseaux civils. Il va jusqu'à déstituer Cain, évitant de peu une mutinerie à bord du Pegasus. Lorsque Baltar profite du désordre au parfum de guerre civile pour attaquer la flotte, les deux commandants se réunissent face à un vrai ennemi. Cain se lance ensuite dans une mission-suicide pour attaquer une base Cylon, et le Pegasus disparaît au combat - détruit ou pas, la question reste ouverte.

Dans le reboot, l'amiral Helena Cain a la même hargne et détermination, à bord d'un Pegasus plus moderne et puissant que le Galactica. Ayant survécu de justesse à l'attaque des colonies, elle a développé un sens aigu du devoir, et un sens très relatif des priorités en temps de guerre. Qu'elle décide d'abattre de sang froid son bras droit qui refuse ses ordres, sous les yeux de son équipe, ou qu'elle choisisse de dépouiller les vaisseaux civils pour assurer la survie du Pegasus et sa mission, c'est une femme glaciale qui ne recule devant rien.

 

Photo Michelle Forbes

 Michelle Forbes, fantastique

 

CHAOS REIGNS

Après l'euphorie des retrouvailles, forte de son poids sur la flotte qui doit se ranger derrière elle, elle reprend en main le Galactica. Cain a lu les rapports d'Adama et constate le chaos qui a régné à bord de son vaisseau, notamment à cause de ses relations trop personnelles avec son équipe. Elle rejette également à demi-mots la présidence de Laura Roslin.

Elle impose donc un changement et appelle Lee et Starbuck sur le Pegasus, tout en envoyant des nouveaux sur le Galactica. La chose tourne très vite au désastre lorsque son spécialiste en Cylon, envoyé pour interroger Boomer, l'agresse et la viole. Enragés, Helo et Tyrol l'attaquent et le lieutenant de Cain est tué. Cet événement met le feu aux poudres : les deux hommes sont jugés et condamnés à mort sur le Pegasus, et Cain refuse d'entendre Adama. Le commandant décide alors de lancer ses vipers comme une menace, exigeant le retour des prisonniers sur le Galactica. Cain répond avec la même menace, chacun ayant alors le doigt sur la gachette.

C'est la fin de l'épisode Pegasus, l'un des cliffhangers les plus grandioses de Battlestar Galactica. Sur la musique tonitruante de Bear McCreary, avec cette caméra étourdissante qui panique autour de Cain et Adama, c'est l'un des moments les plus forts de la série, qui renferme toutes les qualités et tout le potentiel dramatique de la série.

 

Photo Tricia Helfer

 Tricia Helfer apporte une nouvelle facette au Numéro Six avec Gina

 

Grâce à Starbuck, qui leur rappelle que le vrai ennemi est ailleurs, la crise est évitée. Laura Roslin tente de ramener à la raison Adama et Cain, mais l'amiral est loin d'accepter cette situation. Pour la présidente, au seuil de la mort à cause de son cancer, il n'y a qu'une seule issue : assassiner Cain, pour la protection de la flotte. Adama arrivera à la même conclusion, et demande à Starbuck d'assurer la mission. Mais le commandant ignore que Cain prépare exactement la même chose de son côté.

C'est la fin de la première partie d'Opération survie. Là encore, la tension est incroyable.

La deuxième partie échappera à la tournure ultra-noire des événements lorsque Cain et Adama retrouvent la raison et annulent leurs ordres. Lee échappera à une mort à la Gravity et reviendra avec un esprit amoché, Cain sera finalement tuée par la prisonnière Cylon (un modèle 6, torturé et libéré par Gaius), mais le coeur du triple épisode Pegasus restera cette escalade de la terreur, qui plonge la flotte et les personnages dans un puit d'une noirceur folle.

 

Image 247157

 

CIVIL WAR

Parce que cet arc réunit toutes les qualités mais aussi les défauts clairs de Battlestar Galactica, Pegasus et Opération survie est un morceau fabuleux et culte. Le questionnement central sur la différence entre l'Homme et le Cylon est à nouveau au coeur de l'histoire, l'équipage de Cain étant mené par une haine totale de l'ennemi métallique, comme un lointain miroir de ce que les héros étaient au début de l'aventure.

Que les épisodes mettent en scène la torture (de manière plus extrême qu'avec Leoben) et le viol (plus clair dans la version longue) pousse l'interrogation encore plus loin. En 2005, Guantánamo existe depuis trois ans, et la question de dépouiller l'ennemi de ses droits les stricts pour en faire un sous-humain hante les consciences. Que Pegasus ait été scénaristé par Anne Cofell Saunders, venue de 24 heures chrono, qui aborde elle aussi frontalement ces questions sur un tout autre registre, est presque une évidence.

Sous ses airs moralisateurs, avec un Adama qui retrouve la raison grâce à Boomer qui ouvre la question du mérite de la survie de l'espèce humaine, la série avance sur des territoires sombres. Hier idéaliste, Laura Roslin incite désormais Adama à assassiner une adversaire coriace, au nom d'une certaine idée tordue de la démocratie et du Bien. Elle reviendra elle aussi sur ses paroles et c'est finalement la main d'une Cylon victimisée qui appuiera sur la gachette pour évacuer Cain, présentée comme un vrai monstre. Les mains des héros sont propres, mais quid de leurs consciences ?

 

Photo Michelle Forbes

 

C'est aussi l'occasion pour la mise en scène de se montrer plus séduisante, moins accaparée par une pure question d'efficacité narrative. Deux moments sont particulièrement significatifs : le raccord sur le combat pris in media res après la discussion profonde entre Boomer et Adama, et ce très beau plan où un Lee flottant dans l'espace observe l'assaut de ses pilotes, au loin. Dans ces courts moments, il y a un vrai regard et une émotion complexe, mélancolique et loin de simplement répondre aux exigences du spectacle.

A ce titre, le superbe morceau Prelude to War de Bear McCreary mérite une mention spéciale tant il apporte une énergie incroyable aux scènes.

 

 

LE VAISSEAU DE L'ANGOISSE

En outre, ces trois épisodes autour du Pegasus ouvrent de nouvelles perspectives sur la mythologie des Cylons, avec la découverte des vaisseaux de résurrection. Parallèlement à l'affrontement entre Adama et Cain, la flotte enquête sur cet objet mystérieux et farouchement protégé, qui est l'une des clés des ennemis : un moyen pour les modèles Cylons de revenir à la vie et garder leur mémoire, grâce à ce gigantesque relais qui leur assure une survie dans l'espace. La série progresse vers ce qui sera l'un des grands enjeux de l'histoire, et en révèle enfin sur la nature très mystérieuse des Cylons.

Le manque de finesse de Battlestar Galactica, qui deviendra de plus en plus lourd à mesure que la série se rapprochera de la fin, est illustré lors de cette révélation sur les vaisseaux de résurrection : Gina, le modèle torturé sur le Pegasus, lâche facilement l'information à Gaius, qui la ramène à Cain - et surtout au spectateur, qui a alors l'impression que le scénariste s'adresse directement à lui. De même, la partie consacrée à Lee qui dérive dans l'espace et rentre avec un mal de vivre pèse sur une intrigue déjà très lourde. Après le cliffanger de Opération survie - 1ère partie où Cain et Adama planifient leurs assassinats mutuels, ouvrir la suite sur la métaphore du pilote qui flotte a l'effet d'un frein absolument pas nécessaire.

 

Photo

 

Ronald D. Moore n'a jamais caché que la chaîne avait poussé la série dans de mauvaises directions, de manière plus ou moins problématique. La saison 2 offrira ainsi l'un des pires épisodes de Battlestar Galactica avec Marché noir, conçu à la demande de SciFi pour donner une aventure indépendante, que le public pourra suivre sans connaître le reste des intrigues - d'où un moment ridicule qui n'a aucun sens ou incidence. L'homme derrière le reboot de la série a néanmoins sa part de responsabilité, notamment en ce qui concerne la construction globale de l'histoire et les faiblesses de la conclusion.

Moore et les scénaristes ont également cherché à étirer Pegasus en téléfilm d'1h30, sans parvenir à convaincre la chaîne. Celle-ci a ensuite exigé des changements, notamment pour la scène du viol de Boomer avec l'arrivée par Tyrol et Helo. Dans la version longue, qui gagne une quinzaine de minutes, l'agression est plus interrompue qu'empêchée.

Mais peu importe ces faiblesses, ces facilités : Pegasus et Opération survie constituent l'un des moments les plus épiques et passionnants de Battlestar Galactica, prouvant en trois épisodes toute la valeur et la profondeur de la série. 


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Photo Tricia Helfer (pilote)

 

commentaires

Geoffrey Crété - Rédaction
09/03/2017 à 11:04

@moky99 @LambdaZero @rosco

On est plus que ravis de voir que ce petit bijou n'a pas été oublié et continue de vous intéresser !

moky99
09/03/2017 à 09:05

Assurément la meilleure série de SF de tous les temps.

LambdaZero
08/03/2017 à 13:41

Quelle série, mais quelle série ! Même la fin (oui oui, j'assume).

rosco
08/03/2017 à 01:09

Merci pour cet article
Vous avez reveillé de delicieux souvenirs :)

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