Halt and Catch Fire : cette fabuleuse série qui passe inaperçue

Créé : 25 août 2016 - Geoffrey Crété
Saison 2
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Dans le nuage de séries télévisées : Halt and Catch Fire, l'un des objets les plus excitants, ambitieux et méconnus de ces dernières années.

Silicon Valley a commencé en avril 2014 sur HBO. Halt and Catch Fire, à peine un mois après sur AMC. Les deux séries tournent autour d'une équipe de marginaux qui tentent de révolutionner le monde de l'informatique. Elles tournent aussi autour de l'idée de la concurrence sauvage, déloyale, destructrice, comme en écho à leur co-existence presque étonnante, la même année, sur des thématiques similaires.

Quiconque a vu ne serait-ce qu'un épisode des deux séries sait que tout les sépare, au fond. Silicon Valley est une série lumineuse, légère, sous forme d'une success story comique. Halt and Catch Fire est la face torturée, tortueuse, aussi sombre que les lignes de code aux yeux du néophyte.

Ultime signe : la série d'AMC créée par Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers déménage précisément dans la Silicon Valley pour sa troisième saison, qui a démarré aux Etats-Unis et sera diffusée en France dès le 24 août sur Canal+ Séries. 

 

Saison 3

 

GEEKOSTORY

Malgré une presse très positive, Halt and Catch Fire n'a pas été portée par le même buzz que Mr. Robot l'année dernière, une autre série avec l'informatique en toile de fond - quoique nettement plus en retrait dans l'histoire. Elle l'aurait pourtant mérité, et en aurait eu besoin pour émerger.

Un rendez-vous un peu manqué qui correspond pourtant aux fondements de la série, qui s'intéresse non pas aux succès mais aux échecs méconnus et fabuleux de l'histoire de l'informatique. Les créateurs de la série voulaient raconter les trajectoires de ces étoiles filantes anonymes, qui ont avancé dans l'ombre de géants avant d'être avalées et oubliées. 

Arrivée à sa troisième et peut-être ultime saison, Halt and Catch Fire ressemble à l'une de ces étoiles filantes. Silicon Valley a été nommée aux Emmy et aux Golden Globes, Mr. Robot est devenu un phénomène en une saison, mais la série AMC reste confidentielle.

 

Trio

 

MAD MEN/WOMEN

Sans l'énergie colossale qui a mené Mad Men vers les sommets sur la même chaîne, Halt and Catch Fire reste d'abord une série obscure et exigeante. Elle ne se consomme par d'un oeil à moitié distrait ou avec un cerveau en quête de satisfaction immédiate. Les personnages gardent farouchement leurs secrets, se retranchent constamment derrière leurs masques, et l'histoire résiste à le success story classique.

La série commence dans le Texas dans années 80 avec l'arrivée de Joe MacMillan (Lee Pace, charisme de bête sauvage à peine dressée). Personnage mystérieux, ambitieux, arriviste, il prend en otage la petite entreprise de Cardiff Electric pour créer le premier ordinateur personnel face au géant IBM. Il emmène avec lui Cameron (Mackenzie Davis, la révélation de la série), une programmeuse de génie et rebelle dans l'âme, et Gordon Clark (Scoot McNairy, fantastique derrière la sobriété), un ingénieur prisonnier de ses échecs passés. La femme de Gordon, Donna (surprenante Kerry Bishé, qui gagne au fil des épisodes en profondeur), sera peu à peu happée par le trio.

Dans la saison 2, alors que l'instinct noir et destructeur de Joe a quasiment détruit le groupe, Cameron et Donna prennent en main le pilotage. Elles lancent Mutiny, une société spécialisée dans la création et le marché alors frais des jeux vidéos en ligne. Les forces en présence se rééquilibrent, le noyau évolue, l'énergie est redistribuée.

 

saison 2

 

A la fin de la deuxième année, Mutiny migre vers l'El Dorado de l'informatique, la fameuse Silicon Valley. Les héros embarquent dans un avion pour explorer un nouveau futur, en emportant évidemment avec eux leurs démons plus ou moins bien cachés. Le mariage défectueux de Gordon et Donna et leurs secrets respectifs, la fissure sentimentale de Cameron, Joe qui a repris le contrôle de son monde pour surpasser ses erreurs et accidents de parcours - encore.

 

Saison 3

 

TROISIEME VAGUE

Difficile de ne pas avoir comme mot d'ordre de savourer au maximum cette troisième saison, qui semble malheureusement être la dernière. Les audiences de Halt and Catch Fire sont effroyablement basses, la série reste dangereusement sous les radars, et même la chaîne a avoué à demi-mots que le renouvellement après la saison 2 était symbolique : "Nous sommes particulièrement reconnaissants envers les critiques et fans qui ont soutenu la série durant la deuxième saison. Dans un monde de séries télévisées rempli de créatures effrayantes et mythiques comme les zombies et les dragons, nous sommes ravis de pouvoir suivre ces personnages dans la Silicon Valley".

 

Photo Lee Pace

 

Car la série de Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers reste un objet puissant et profond, d'une ambition et d'une finesse impressionnantes. C'est parce que la pulsion d'autodestruction est aussi puissante chez les personnages que celle de la création que Halt and Catch Fire est une série passionnante, qui marque les esprits. C'est aussi parce qu'elle est raffinée, filmée et mise en musique avec soin, interprétée par des acteurs brillantissimes, écrite avec une précision remarquable, qu'elle ne doit pas être oubliée. Si elle l'est encore une fois cette année, gageons que le temps saura lui redonner toute sa valeur. 

La saison 3 de Halt and Catch Fire est diffusée sur CANAL+ SÉRIES à partir du 24 août. Un dossier reviendra sur la saison d'ici octobre.

 

Affiche

 

commentaires

baucis 21/10/2016 à 11:18

série que j'ai suivie avec passion, et oui ! "en dépit de mes 85 ans bientôt". Merci à la production et aux acteurs. L'informatique, quel univers !

StefEd 18/10/2016 à 22:43

Excellente série et la saison 3 monte d'un cran. Il est prévu une ultime saison (4). Des acteurs qui sonnent juste, mais le sujet "informatique" tel qu'il est présenté (saison 1 très difficile à comprendre pour un "non initié") ne pourra pas réunir un grand nombre de spectateurs, forcement. Ni fantastique, ni énigme policière, ni meurtre, ni véritable intrigue amoureuse, ni même hackers de génie... L'évolution du monde informatique et l’univers torturé des programmeurs aux confins des États Unis. Mis à part quelques geeks et quelques passionnés d'informatique, son histoire, peu de chance de ratisser large. Mais c'est bien dommage car c'est vraiment une série soignée et bien ficelée.
Pour ce qui est de "The Americans", là aussi c'est une très belle série avec une excellente mise en scène, et une distribution remarquable. L'univers de l'espionnage à l'époque de la guerre froide avec les moyens d'écoutes des années Reagan... J'avoue que là je suis encore plus accro et j'attends la prochaine saison (5) avec impatience.

Mat 26/08/2016 à 17:23

oui hacf est enorme, mais c'est plutôt The Americans qui mériterais un énorme suces a la Breaking Bad car c'est la meilleure série ,du moment et une des meilleurs jamais faites.

Jericho Cane 24/08/2016 à 23:40

@Lolo

J'appelle ça infantiliser le public : "le titre est pas assez simple, le sujet est trop compliqué". C'est très simpliste justement. Surtout à une époque où on sait que les spectateurs peuvent avaler des histoires aussi exigeantes, bavardes et étalées que Game of Thrones, ou aussi obscures dans le pitch/titre que Mr Robot. Mad Men est également un bon exemple de série complexe, pas facile à appréhender ou en tout cas à adopter.
Et y'a une différence énorme entre le grand public, et le public qui pourrait aimer cette série (entre 1 et 3 millions par ex). C'est même un gouffre.

C'est peut-être parce que le succès est insuffisant sur AMC (les audiences sont vraiment incroyablement basses) que la chaîne n'a pas jugé utile de la mettre sur Netflix. Quant à Wild Side, j'ai justement tout fait sauf les accuser, au contraire.

Kiddo 24/08/2016 à 21:13

Brillantissime serie...
Culte deja.
Les 2 premiers episodes annoncent une saison qui risque d'etre intense.

Lolo Pecho 24/08/2016 à 20:58

A Jericho Cane: Difficile de blâmer les gens pour une série qui a un titre et un sujet incompréhensible/difficile d’accès au grand public.La saison 2 est sortie début aout au États-Unis, soit 1 an après sa diffusion US. Étant donné que les distributeurs étrangers ne peuvent pas sortir les Bluray avant le pays d'origine, je ne vois pas ce que Wild side aurait pu faire d'autre que d'attendre. AMC a clairement foiré sa diffusion-distribution en ne le diffusant pas sur Netflix, ils ont mis Breaking bad, Mad men, The walking dead et Better than call, je ne vois pas pourquoi ils ne mettent pas HaCF.

Kiriou 24/08/2016 à 20:49

Meilleure série actuellement diffusée, je suis accro !

Jericho Cane 24/08/2016 à 19:12

@Lolo

En même temps comment blâmer autre chose que le public si la saison 2 ne sort pas en France ? J'ai acheté la première, et si nous avions été plus nombreux, on aurait eu droit à la deuxième aussi.

Comme partout, c'est le public qui dicte la loi. C'est déjà beau qu'AMC soutienne cette excellente série. Et qu'on en parle ici, à côté des choses plus évidentes et attirantes (après on lira que le site ne parle que de The Walking Dead et les super-héros...)

Lolo Pecho 24/08/2016 à 18:05

Pauvre Lee Pace, un vrai chat noir pour les série TV. Malheureusement la série n'est disponible que sur Netflix US(la saison 1) et seul la saison 1 est sortie en Bluray en France(la saison 2 vient de sortir uniquement au États-Unis). Dans ces conditions difficile d'attirer les téléspectateurs. Sachant que Mackenzie Davis a tapé dans l’œil de Ridley Scott avec Seul sur Mars et Blade Runner 2, je ne suis pas sur qu'elle soit triste si la série s’arrête.

Piper 24/08/2016 à 16:12

Série de qualité. Mackenzie Davis est incroyable mais bon quand le public préfère des stupidités telles que PRETTY LITTLE LIARS, qu'est ce qu'on peut y faire ?

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