Stranger Things : la fabuleuse série de science-fiction que vous ne devez pas rater cet été

Geoffrey Crété | 5 août 2016
Geoffrey Crété | 5 août 2016

Vendue comme un hommage assumé au cinéma de genre des années 80, la série Stranger Things des frères Duff, diffusée sur Netflix, a été à la hauteur des espoirs avec sa première saison.

La première partie de la saison n'a pas menti : Stranger Things est une superbe série. A mesure que son histoire avance, que le mystère se précise, que la fin approche, l'hommage appuyé au cinéma des années 80 s'efface derrière l'oeuvre, qui a bien plus de valeur que sa nostalgie ostentatoire.

La série créée par les frères Duffer, scénaristes de quelques épisodes de Wayward Pines et réalisateurs de la série B Hidden avec Alexander Skarsgard, est une invitation à un voyage fabuleux. Une invitation pour s'émerveiller, frissonner, trembler, et surtout s'émouvoir.

ATTENTION SPOILERS

 



 

 

LA NUIT DECHIREE

Depuis le 6 novembre 1983, la petite ville de Hawkins est peu à peu plongée dans un brouillard de terreur et de mystères, suite à la disparition inexplicable de Will Byers, 12 ans. Un événement qui provoque une onde de choc : sa mère Joyce (Winona Ryder) est convaincue qu'il est entré en contact avec elle à travers l'électricité, ses amis enquêtent pour le retrouver, et les activités d'un mystérieux laboratoire gouvernemental (dirigé par Matthew Modine) ne tardent pas à attirer l'attention de Hopper (David Harbour), le policier du coin.

Car de ce laboratoire se sont échappées deux choses extraordinaires, deux facettes d'une même pièce paranormale : une forme de vie extra-terrestre, digne de Slender Man, qui erre à la frontière de notre réalité pour enlever quelques âmes pures, et une enfant dotée de pouvoirs extraordinaire, recueillie par les héros.

Dans la deuxième partie de la saison, les différents éléments se rejoignent inévitablement et sans surprise. Comme les lettres en néon du générique, les personnages finissent par se rejoindre et s'imbriquer, joignant leurs forces pour faire sens. La séparation des débuts laisse place à une réunion tandis que la série déplie sa mythologie autour des protagonistes, alternant la douceur des enfants, les notes de teen movie et le pur film de genre des G-Men à la poursuite de leurs expériences. 

 

stranger things

 

INDIANA KIDS

Au-delà des stéréotypes assumés, l'écriture de Stranger Things se révèle particulièrement belle et sensible derrière ses grosses ficelles. Il suffit d'un échange entre Nancy et Mike, qui décident de ne plus avoir de secrets l'un pour l'autre mais sont incapables d'avouer (ou comprendre) leurs sentiments pour Jonathan et Eleven, pour le démontrer. Cette tendresse, au coeur de toute l'histoire et jamais desservie par l'aspect fantastique de la série, fait toute la qualité de la série, baignée dans une mélancolie envoûtante.

Winona Ryder et David Harbour sont excellents dans Stranger Things, mais pèsent bien peu face à Mike, Eleven, Dustin et Lucas, qui restent incontestablement le coeur du show. La série offre bien plus à dire, à vivre, à croire, aux enfants qu'aux adultes. Elle puise dans cette dynamique sa véritable force et son caractère. "La porte de la curiosité" dont parle le professeur, c'est eux : ce trio qui recueille Eleven, l'écoute et la protège, se lance à la recherche de leur ami, embrasse la magie de cette réalité, et entraîne les adultes dans l'aventure. Et le spectateur, au passage.

 

Millie Brown (Eleven)

 

Voir Winona Ryder, égérie inoubliable des années 80, interpréter cette mère à fleur de peau au second plan, apporte de belles couleurs à la série. Pas de vanité dans cette performance, ni dans la présence d'une star de cinéma au générique. L'actrice n'est qu'un élément parmi d'autres, qui donne un formidable cadre aux vrais héros : Finn Wolfhard (qui sera à l'affiche de l'adaptation de Stephen King IT en 2017), Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin et Millie Brown. Jusqu'au dernier épisode, ils offrent à la série ses meilleurs moments, illuminés par la mise en scène qui les place au-dessus du reste - le saut dans le vide de l'épisode 6, la fuite en vélo de l'épisode 7.

Il y a une vraie beauté dans la manière crédule dont ces Gonnies de Netflix vivent les événements. Retourné, le plateau de jeu de Donjons et dragon permet d'illustrer l'idée de cette dimension parallèle cauchemardesque, avec le Démogorgon pour symboliser la créature de l'upside down. Interrogé, leur professeur explique "théoriquement" la solution pour percer le mystère, comme Noah Wyle dans Donnie Darko. Malin derrière sa tête de clown, Dustin utilise les boussoles pour repérer l'origine de l'énigme. Débrouillards, il construisent une piscine magique dans le gymnase, épaulés par les adultes convertis.

Fidèles à leur époque chérie, les frères Duffer vouent un vrai culte fétichiste à la technologie d'antan : antennes, grésillements, tubes catodiques, photographie argentique... Elle est le moyen de voir, d'écouter, de comprendre, de se retrouver, de vaincre.

 

Saison 1

 

DEAD ZONE

Mais la série n'est pas que tendresse. La terrifiante vision de Barbara, rongée et perdue dans les limbes, confirme en quelques instants que la créature est bel et bien une menace. Jusque là, le monstre était un profond mystère, sans motivation claire, ni preuve que ses victimes étaient tuées. Mais E.T. est bel et bien rentré à la maison : l'ennemi de Hawkins est un pur cauchemar.

La fin de saison plonge plusieurs personnages dans ce fameux upside down, dimension alternative à la Silent Hill plongée dans les ténèbres, habillée d'une atmosphère toxique illustrée par une pluie éternelle de cendres. Un gigantesque cimetière sombre qui ajoute une référence à la longue liste de Stranger Things : Alien. Hopper croise un oeuf à moitié décomposé dans la forêt avant de pénétrer dans l'antre de la créature, un gigantesque nid gluant qui rappelle immanquablement celui des xénormorphes. Joyce extirpera Will d'un cocon dans un mur comme Ripley sauve Newt dans Aliens, et Hopper tuera un parasite qui était installé dans la gorge de l'enfant inconscient. 

 

David Harbour

 

LA PART DES TENEBRES

Quelque chose se brise néanmoins dans le dernier épisode de cette première saison. L'escalade des intrigues, avec les trois groupes séparés mais réunis par les attaques de la créature, cède au mauvais spectaculaire et abîme le charme de la série. Après avoir utilisé avec prudence les effets spéciaux, Stranger Things place la bête au coeur de plusieurs scènes trop éclairées, tombant ainsi dans les poncifs du genre. Une maladresse d'autant plus regrettable qu'avec de telles références (une scène montre même le professeur expliquer les effets spéciaux de The Thing de Carpenter à sa petite amie), la série aurait évidemment gagné à employer des effets old school et plus organiques.

Le climax semble précipité, incapable de créer la dynamique espérer autour des différentes sous-intrigues. Le personnage de Matthew Modine, dont la discrétion durant toute la saison laissait entendre qu'il jouerait un rôle majeur, aura été étonnamment sous-exploité, tandis que le passé de Hopper est rejoué lors de flashbacks grossiers, lourdement maniés pour donner du sens au personnage. La force de la série s'estompe dans une dernière ligne droite balisée, qui se détache des sept épisodes précédents.

Réalisateurs de six épisodes suit les huit de la saison (la producteur Shawn Levy, connu au cinéma pour Real Steel et La Nuit au musée, réalise les épisode 3 et 4), les frères Duffer avaient pourtant créé une magnifique ambiance, qui a pris vie bien au-delà des références invoquées.

 

Winona Ryder

 

STAND BY ME

Passé ce climax, Stranger Things offre toutefois un bel épilogue. Les Goonies reviennent à la case départ comme dans le premier épisode, absorbés par Donjons et dragon. Nouvelle partie, nouveau monstre, nouveaux choix, mais nouvelles émotions, résultats d'une aventure qui a transformé chacun d'eux. La déception d'une partie trop vite terminée suite à un jet de dés fait dire aux héros que trop de mystères sont irrésolus. Quid de la princesse ? De la caverne mystérieuse ? "Ca n'a aucun sens !" s'exclament-ils.

Effectivement, Stranger Things n'a pas livré tous ses secrets. Quelle est la nature exacte de cet upside down ? Qu'est-ce qui peut encore s'y cacher si un oeuf y a été trouvé ? La créature cherchait-elle à se reproduire ? Will a t-il vraiment échappé à cette dimension cauchemardesque ? Le croquemitaine et Eleven sont-ils seuls de leur genre ?

La première manche est gagnée, mais la partie est loin d'être terminée. Eleven n'est pas loin, et le Mal a trouvé refuge en Will, intimement lié à l'upside down désormais. Matthew Modine l'a confirmé : Stranger Things n'est pas une mini-série. La saison 2 n'est pas loin. Elle rôde, prête à emporter à nouveau le public et les héros vers une nouvelle nuit ténébreuse. Vite.

 Poster

commentaires

Ann Perkins
07/08/2016 à 01:31

@The Fae

Je pense surtout que c'est le prototype même de la série qui a été abîmée par le buzz. En suivant le courant, beaucoup ont eu des attentes folles, et s'attendaient à un objet incroyable... pour au final se dire que ça ne méritait pas cet enthousiasme. Bien plus que "c'est une mauvaise série". Ce qui est très différent à mes yeux.

TheFae
06/08/2016 à 19:41

Vraiment trop surcoté et à tous les niveaux.
Que des personnages et des situations clichés. A petite dose ou quand c'est bien fait ok, mais là c'est très/trop rapidement l'overdose.
Les personnages ne parlent jamais entre eux juste pour faire prolonger l'intrigue, qui pourrait vraiment tenir en un téléfilm de 2H. (ou un double téléfilm façon adaptation de Stephen King)
Les acteurs, à part le shérif, appuie encore plus le côté cliché débile de leurs personnages.
Certaines situations sont débiles.
Etc...

Baneath88
06/08/2016 à 17:36

Sincèrement, Stranger Things fait partie des meilleures séries que j'ai pu voir jusqu'ici. Un magnifique hommage aux cinéma des années 80 qui a l'intelligence d'en évoquer la musique avec sa propre partition. Avec rigueur et économie, les frères Duffer réussissent à créer un vrai climat de fraicheur, parsemé de purs moments de tension et d'humour. Et comment ne pas succomber aux charmes des interprètes. Winona Ryder s'offre un retour fracassant, David Harbour crève l'écran (j'espère vivement qu'il occupera plus souvent les premiers rôles à l'avenir). D'ailleurs, au niveau révélations, on a l'embarras du choix: Charlie Heaton, Natalia Dyer, Finn Wolfhard, Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin,...Tous sont formidables et attachants dès leurs premières apparitions. Et puis bien sûr il y a Millie Brown, absolument magnifique de bout en bout. Un an avant de retrouver tous ces merveilleux interprètes, ça va paraître bien long.
J'ai fini la saison sur les rotules, terrassé par la qualité formelle dont ont fait preuve les Duffer et Shawn Levy. Même si le final est un peu expédié, on termine la saison 1 avec une folle envie d'en savoir plus. Si le niveau se maintient, Stranger Things pourrait s'imposer comme un classique pur et simple.

choko
05/08/2016 à 12:19

Excellentissime. Fortement recommandé!

LaTeub
21/07/2016 à 07:50

J'en suis à l'épisode 6, c'est un petit régal!

Will
21/07/2016 à 00:15

Très très bonne série vivement la saison 2

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