ReGenesis - Saison 1

Zorg | 17 janvier 2007
Zorg | 17 janvier 2007

Une fois n'est pas coutume, le Canada est à l'honneur avec ReGenesis, série hautement recommandable diffusée sur le câble du cru, et qu'Arte entreprend de retransmettre dans nos vertes contrées (c'est dire la qualité de l'ensemble). Si Vancouver héberge la production d'une part très importante des séries américaines (et même de bon nombre de films), il faut bien reconnaître que les séries télé estampillées made in pays du caribou arrivant jusque chez nous se comptent sur les doigts d'une main. En dehors de la florissante franchise Degrassi (Les années collège), les séries canadiennes se font plus rares sur nos ondes qu'un pilote québécois sur les podiums de Formule 1.


Avant de perdre définitivement une bonne partie des lecteurs pour cause de québécophobie galopante, précisons d'emblée que non, ReGenesis n'est pas une série tournée en joual (la charmante variante du français parlée dans certains recoins sombres et humides de Québec). Même si le casting contient une certaine proportion de comédiens originaires de la Belle Province, ReGenesis est intégralement tournée en langue anglaise. L'action se déroule à Toronto plus grande ville du pays, où la série est d'ailleurs tournée, loin des studios de Vancouvers squattés par les américains à longueur d'année. Ceux et celles fuyant les accents chantants et les expressions exotiques peuvent donc se rasséréner, ils n'auront pas besoin de sous-titres pour comprendre ce que les personnages peuvent bien se raconter (on est pas dans Les Boys non plus).


Savant cocktail de science, d'espionnage et de drame millimétré, la série fonctionne donc sur plusieurs tableaux, aux relations plus ou moins approfondies. Les auteurs mènent en effet une grande intrigue principale entre le début et la fin de saison, au moins deux intrigues secondaires, et d'autres qui se réduisent la plupart du temps à un simple épisode. Mais à la différence d'une série américaine classique où les épisodes centrés sur la mythologie du show et les épisodes indépendants sont séparés les uns des autres de façon pratiquement hermétique, une véritable continuité s'installe dans le cas présent tout au long de la saison. Sans pour autant être dans un format purement feuilletonesque à la Showtime, les treize épisodes de ReGenesis forment au final une véritable chaîne narrative, pratiquement indissociable.


L'un des aspects les plus frappants du show, malgré certaines ellipses inhérentes à la narration télévisée, c'est son réalisme. Même si le cadre demeure fictif, et que certaines intrigues relèvent davantage de l'anticipation à moyen terme que d'une réalité scientifique tangible (on pense notamment à l'histoire sur le clonage), les auteurs dressent un redoutable état des lieux sur les différents périls qui nous guettent, sur les grands dossiers de santé publique ou, de manière plus générale, sur le monde vivant. Maladie de la vache folle, grippe aviaire ou espagnole, clonage humain, organismes génétiquement modifiés, recherche sur cellules souches, lutte contre le cancer ou le SIDA, la plupart des thèmes qui font régulièrement la Une des journaux ou qui préoccupent l'opinion publique est passée en revue. Par ailleurs, les descriptions de phénomènes biochimiques, génétiques, ou virologiques, comme l'expression d'un gène, ou l'interaction entre des protéines virales, mettons, font elles aussi preuve d'un très grand réalisme et d'une technicité qui force l'admiration (en plus de donner des maux de têtes par leur complexité).


A l'instar de House qui bénéficie d'un personnage phare qui tire tout le monde vers le haut, ReGenesis bénéficie en outre d'une locomotive de premier choix au travers de son personnage principal. Peter Outerbridge, acteur canadien plus ou moins cantonné aux seconds rôles dans les productions américaines, interprète ainsi avec fougue et un manque évident de goût pour le rasage matinal le Dr David Sandström, scientifique génial mais rebelle à toute forme d'autorité ou de diplomatie.


A mi-chemin entre un Jack Bauer de l'éprouvette (pour le côté « je me mets dans la mouise tout seul comme un grand en jouant les francs-tireurs parce que j'adore ça ») et un John MacLane de l'électrophorèse (pour le côté « pas la peine d'insister, je ne sauverai le monde qu'une fois ma gueule de bois passée »), il est le point focal du show, le personnage autour duquel tout gravite ou finit par converger. Il occupe la fonction de directeur scientifique du NorBAC, prestigieux (bien que fictif) laboratoire international d'avant-garde placé sous l'égide du gouvernement canadien, théoriquement indépendant, mais qui doit composer avec son encombrant voisin (et financier) américain. Son chef de la sûreté est Caroline Morrison, ancienne barbouze de la CIA reconvertie dans la surveillance de laboratoire, interprétée par la Québécoise Maxim Roy, et qui doit régulièrement faire le grand-écart entre les deux côtés de la balustrade (les scentifiques d'un côté, les militaires de l'autre). Les forces vives du laboratoire sont composées d'un ensemble hétéroclite de scientifiques de haut vol ce qui ne les empêche cependant pas d'être fort attachants. Notons enfin la présence durant cette première saison de la jeune Ellen Page, alors inconnue avant d'apparaître dans X-Men 3 et surtout de monopoliser l'écran dans le tétanisant Hard candy.


Dans un registre plus prosaïque, la série fut diffusée au printemps 2004 sur la chaîne câblée canadienne The Movie Network, sorte d'équivalent local de notre Canal+ national, la chaîne diffusant notamment une bonne partie des séries HBO et Showtime. D'abord limitée à treize épisodes dans un format louchant légèrement sur la mini-série, la série fut tout de même reconduite pour une seconde saison, diffusée en 2006. Une troisième saison est d'ores et déjà en chantier, mais aucune date de diffusion n'a été annoncée pour l'instant. Une édition DVD zone 2 UK est dejà disponible depuis novembre 2005.


S'il fallait uniquement compter sur les Etats-Unis pour produire des séries de qualité qui font preuve d'un réalisme tendu et d'un suspense à couper le souffle, ReGenesis est la parfaite réponse du berger canadien à la bergère américaine. Elle fait ainsi souffler un vent d'exotisme et de fraîcheur sur l'écrasante production télévisuelle qui nous vient d'outre-atlantique. Malgré toute l'originalité dont ils font preuve, et à de rares exceptions près, les programmes américains restent généralement formatés, politiquement corrects, voire simplistes dans le pire des cas. En adoptant naturellement une perspective canadienne, donc différente, sur certains dossiers, le show appuie souvent là où ça fait mal aux américains, soulage l'ego à feuille d'érable au passage, tout en bénéficiant d'une liberté de ton et de manœuvre qu'il est très rare de trouver dans une série de l'Oncle Sam.


Avec ses airs un peu exotiques, si ce n'est austères, ReGenesis est donc une plongée passionnante au cœur des grands dilemmes éthiques et moraux liés à la recherche scientifique du Vivant, qui terrifie autant qu'elle fascine et laisse parfois le spectateur aussi essoré qu'après une bonne giclée de 24. Vous voulez du prion dans votre steak ? De la grippe aviaire chez le volailler ou du bio terrorisme sur le pas de la porte ? ReGenesis va vous en donner pour votre argent.

ReGenesis, le lundi soir sur Arte à partir de 20h40.

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