The New Pope : que valent les deux premiers épisodes de la suite de The Young Pope ?

Arnold Petit | 14 janvier 2020
Arnold Petit | 14 janvier 2020

Paolo Sorrentino avait marqué les esprits avec The Young Pope, une immersion satirique et déjantée dans les arcanes du pouvoir pontifical co-produite par HBO, Sky Atlantic et Canal + avec Jude Law dans le rôle d'un pape tyrannique. Le réalisateur italien réinvestit le Vatican trois ans plus tard avec The New Pope et s'évertue une nouvelle fois à mettre les maux de l'Église et de la nature humaine sous une lumière divine.

ATTENTION : (TRÈS) LÉGERS SPOILERS !

 

 

SOUS LES ROBES DES CARDINAUX

Au cinéma, Paolo Sorrentino avait déjà fait étalage de son talent en matière de réalisation dans un style remarquable et reconnaissable, avec des films comme Il Divo, La Grande Bellezza ou Youth. Le cinéaste italien s'était ensuite tourné vers la télévision, qu'il avait également marquée de son empreinte en exerçant sa même virtuosité pour la mise en scène dans The Young Pope, une exploration caustique et fascinante dans les plus hautes instances du Vatican.

 

Photo Jude LawAir Pope One

 

En plus d'une richesse esthétique et narrative à déborder de l'écran, la mini-série, co-produite par HBO, Sky Atlantic et Canal +, s'appuyait également sur l'incroyable performance de Jude Law dans le rôle de Pie XIII, un homme aussi charismatique qu'obscurantiste, dont les valeurs conservatrices l’avaient poussé à user et abuser de son pouvoir pour profondément bouleverser l'Église et ses fidèles. Un pape torturé et complexe, frappé d'une crise cardiaque alors qu'il apparaissait publiquement à Venise au terme du dixième et ultime épisode.

Un peu plus de trois ans plus tard, contrairement à ce qui était prévu à l’origine, Paolo Sorrentino est finalement de retour et The Young Pope est devenu The New Pope. Mais pas d'inquiétude, car si la série a été rebaptisée pour sa deuxième saison, elle a conservé toute la singularité qui faisait son charme. Même avec un peu moins de Jude Law à l’écran.

 

photoUne minute de silence pour The Young Pope

 

CRISE DE FOI

The New Pope reprend neuf mois plus tard où l'histoire s'était arrêtée dans The Young Pope. Pie XIII est désormais plongé dans le coma après avoir subi plusieurs transplantations cardiaques, incapable d'assurer sa fonction pontificale. Des milliers de fidèles se réunissent pour l’idolâtrer tandis que des terroristes islamistes diffusent une vidéo de menace contre l'Église et les chrétiens.

Face à cette situation, le machiavélique secrétaire d'État du Vatican Angelo Voiello (campé par un Silvio Orlando toujours aussi brillant) décide d'organiser un conclave pour élire un nouveau pape.

 

photoEn rouge et noir

 

Aussitôt, les alliances et les conspirations se mettent en place parmi les cardinaux et une véritable lutte de pouvoirs s'installe pour savoir qui peut prétendre au titre de Saint-Père. Plusieurs candidats se détachent comme potentiels successeurs de Pie XIII et Voiello pense alors pouvoir placer un pantin qu'il pourra manipuler à sa guise. Mais après une première tentative infructueuse dont il devra assumer les conséquences, il reporte finalement son attention sur Sir John Brannox, un aristocrate britannique (incarné à merveille par John Malkovich) qui s'est fait connaître pour avoir converti un tas d'anglicans au catholicisme.

Adepte du centrisme et de la doctrine du compromis du cardinal John Henry Newman, cet homme est un véritable esthète, qui passe son temps à jouer de la harpe et à se prélasser avec la grâce d'un félin sur les divans du manoir familial. Sous ses allures de dandy, le personnage cache une profonde névrose et apparaît à la fois comme un homme fragile et charismatique, prêchant un amour qu'il attend de la part de ses parents depuis la mort de son frère jumeau, survenue dans sa jeunesse.

 

photo, John MalkovichUn homme en proie au doute et à la solitude

 

Avec son ambition scénaristique et son écriture ciselée, The New Pope semble raconter une histoire dans la continuité de ce que The Young Pope avait laissé entrevoir. Si la première série du réalisateur napolitain explorait les dessous du Vatican, sa suite entreprend d'également visiter le monde extérieur et de le faire avec la même férocité.

Paolo Sorrentino utilise le prisme de la religion pour non seulement proposer une réflexion politique, philosophique et spirituelle, mais aussi explorer de manière radicale des thématiques contemporaines (le terrorisme, l'homosexualité, l'adoration des idoles, la crise migratoire et la pédophilie dans l'Église) ainsi que d'autres aspects fondamentaux de l'être humain, comme le désir, le deuil, le sexe, la solitude ou la mort.

 

photo, Cécile de FranceCécile de France dans le rôle de la directrice de la communication du pape


LE SAINT DESSEIN

Difficile après deux épisodes de savoir quels rôles auront certains personnages et quelle direction la série va prendre pour développer son récit qui emprunte aux thrillers politiques et aux films sur la mafia. Néanmoins, The New Pope peut compter sur sa réalisation pointue et un style visuel toujours aussi riche et maîtrisé, qui se mettent continuellement au service de la narration et marquent la rétine autant que les esprits.

Que ce soit dans la photographie de Luca Bigazzi ou sa direction artistique, la série se distingue avant tout par ce qui constituait l’une des forces majeures de The Young Pope : une mise en scène percutante qui dégage une véritable puissance esthétique et symbolique, capable de conjuguer spiritualité et érotisme dès la scène d'ouverture.

 

photoLa nouvelle église de Pie XIII

  

Un générique où une bande de nonnes se déchaîne autour d'un énorme crucifix en néon, un défilé de cardinaux en tenues ecclésiastiques dans les couloirs du Vatican, reproduits avec une incroyable application... Paolo Sorrentino balade sa caméra au milieu de décors grandioses et immaculés pour enchaîner les visions sidérantes. Des plans excentriques et surréalistes, où le sacré rencontre le profane, composés tels des peintures vivantes et sublimés par la musique pop ou classique, qui rend l'expérience encore plus étourdissante et éclatante.

Un spectacle réalisé avec audace et provocation, qui multiplie les excès, mais jamais avec complaisance. À l’inverse, la série sait aussi s'arrêter et prendre le temps de s'attarder sur des instants d'une incroyable intensité émotionnelle, comme lorsque Voiello se retrouve seul avec son fils handicapé ou que le cardinal Gutierrez (Javier Cámara) donne sa définition de l'amour en racontant l'abus sexuel dont il a été victime dans son enfance. Des scènes bouleversantes, qui prouvent que The New Pope n’est pas qu’un simple miracle esthétique dans son genre et rappellent un peu plus que les hommes de foi sont des hommes avant tout.

 

photoJohn Malkovich, futur pape d'une Église dans la tourmente

 

Avec la provocation qui lui est propre et un sens aiguisé de la mise en scène, Paolo Sorrentino continue avec The New Pope de composer la fresque baroque qu'il avait démarrée dans The Young Pope, aussi percutante narrativement que visuellement et dotée d'une incroyable noirceur malgré toute la beauté qu'elle dégage.

Les deux premiers épisodes de The New Pope ont été diffusés sur Canal + ce 13 janvier, et le reste sera diffusé chaque lundi soir à compter de deux épisodes par semaine. The Young Pope est disponible en intégralité sur Canal+ Séries.

 

Affiche française

commentaires

Plisken59
15/01/2020 à 13:37

The Young Pope
The New Pope
The Two Pope

Ca fait beaucoup de Pope, on s'y perd à force ^^'
Il y a Samuel L Jackson qui vient à la fin de chacun pour leur proposer d'intégrer un groupe de super pope ?

sylvinception
15/01/2020 à 11:45

The Young Pope était déjà top, mais alors là avec Malkovitch en plus ça donne trop envie!!

Tom’s
15/01/2020 à 10:44

Vu le 1er hier soir, Sarrentino est un maestro !! Visuellement et scénaristiquement parlant c’est d’une incroyable richesse ! J’attend l’arrivé de Malkovich et surtout #Sharon Stone :) dans un rôle Encore obscur à cette heure ci.

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