Scream Resurrection : notre avis sur les deux premiers épisodes du grand retour de Ghostface

Christophe Foltzer | 15 juillet 2019 - MAJ : 16/07/2019 12:52
Christophe Foltzer | 15 juillet 2019 - MAJ : 16/07/2019 12:52

Après un Scream 4 fort sympathique en 2011, la franchise star de Wes Craven et Kevin Williamson était revenue, à la surprise générale, sous la forme d'une série télé pour MTV en 2015. Et elle n'a pas eu la vie facile puisque, au terme de deux saisons en demi-teinte et d'un épisode spécial bien décevant, la série a opéré une refonte en profondeur pour un dernier tour de piste que l'on espère concluant.

Attention, SPOILERS.

 

 

LE MASQUE DU TUEUR

Malgré une conclusion franchement pourrie, la série télé Scream nous a laissé un goût suffisamment sympathique pour qu'on ne soit pas réfractaire à son retour. Sauf que voilà, c'était compliqué dès le départ puisque l'on nous a annoncé tout de suite que la saison 3 serait un nouveau reboot, qu'il serait produit par Queen Latifah, entre autres, et qu'en plus cette nouvelle saison comporterait un nombre d'épisodes réduits, à savoir six.

 

Photo Halloween SpecialUne saison 2 un peu compliquée

 

Après un gros retard et une disparition des plannings, cette nouvelle saison, rapidement appelée Scream Resurrection, a finalement été diffusée la semaine dernière aux États-Unis, au terme de trois soirées marathons sur la chaine VH1. Six épisodes de 42 minutes censés relancer la franchise tout en nous apportant un traitement différent et novateur. Une nouvelle saison dont nous avons regardé les deux premiers épisodes et dont nous allons rendre compte aujourd'hui.

Disons-le tout de suite : la résurrection tant attendue n'aura pas lieu tant ce Scream Resurrection constitue l'une des pires itérations de la saga, voire du genre slasher tout entier. Pourtant, les ingrédients sont là pour une base classique, mais solide : un lycée, celui de Weaver, un héros au passé tragique (Deion a vu son frère jumeau se faire tuer sous ses yeux huit ans plus tôt), une brochette de personnages différents, mais qui représente les gros clichés du genre et un tueur qui rôde.

 

photo ScreamAu moins, Ghostface ressemble enfin au vrai

 

ATTENTION, SPOILERS

Sauf que voilà, c'est nul. Dès le départ, la série se prend les pieds dans le tapis en rejouant la scène culte du premier film et en la détournant de façon ringarde (première image, la lune avec le visage de Ghostface en surimpression, ça part mal). La saga s'étant toujours illustrée par une approche méta du genre, elle servait avant tout de réflexion sur le slasher et la culture teen des années 90. Ici, la formule a été mal comprise puisque le début de l'épisode utilise ce côté méta pour nous montrer un Tony Todd rejouant plus ou moins son Candyman (l'homme au crochet), alors que rien ne justifie vraiment sa présence.

 

photo ScreamUne ouverture qui ferme directement tout espoir

 

Le reste de l'épisode sera à l'avenant avec une relecture au premier degré des codes du genre. Le problème c'est qu'en parallèle, la série se veut distanciée par rapport à son matériau sans vraiment apporter de réelle réflexion sur ce qu'elle utilise. Ainsi, la bande de héros apparait bien artificielle et les références tombent comme un cheveu sur la soupe sans vraie cohérence ou raison d'être (voir la parenthèse gênante et appuyée sur Breakfast Club).

On se retrouve donc avec des personnages qui se rencontrent à cause d'une heure de colle et qui se voient dans l'obligation de coopérer et de se souder alors que rien de tangible (mis à part une vague menace concernant l'un d'entre eux) ne le justifie. Encore plus gênant, le personnage de la gothique, qui fait office de nouvelle Randy (c'est elle qui explique les règles) et qui ne sait visiblement pas de quoi elle parle.

On se retrouve alors avec des moments assez incroyables où les personnages se disent prisonniers d'un film d'horreur et agissent consciemment en conséquence, en détournant les codes pour survivre de manière totalement grossière, alors qu'un peu de jugeote et du bon sens auraient largement fait l'affaire. À la différence des films Scream, où les tueurs avaient des plans minutieusement préparés et implacables, ici, on a surtout l'impression que Ghostface s'adapte à la bêtise des héros.

 

photo ScreamDeion (RJ Cyler), un nouveau héros bien énervant

 

SLASHER CHERCHE VICTIME, UN PEU INTELLIGENTE DE PRÉFÉRENCE

Parce que les héros sont clairement débiles, cela va sans dire. Impossible de s'attacher à eux, impossible de retenir leurs prénoms, ils sont dès le départ les clichés qu'ils sont censés critiquer. Ce qui nous amène à un décalage particulièrement gênant puisque la saison cherche aussi à raconter quelque chose de très sérieux.

Clairement installée dans l'Amérique de Donald Trump, Scream aimerait beaucoup dresser un portrait acide et corrosif d'un pays qui a beaucoup changé en trois ans. Le fait de situer son action dans les quartiers pauvres d'une ville américaine, de s'intéresser au racisme et à la communauté afro-américaine est une excellente idée, encore faut-il savoir le faire.

 

photo ScreamLes mongolos de service

 

Dans ces deux épisodes, l'incompétence de leurs artisans saute au visage. Là encore, le cliché est insupportable avec le portrait caricatural de la black un peu bitchy qui surjoue chaque émotion ou encore le dealer chaud du slip. Quant au racisme latent, il n'est absolument pas dépeint avec intelligence puisque rien dans le propos revendicateur des épisodes ne permet d'établir le moindre discours. On hallucine quelque peu de voir l'égalité des chances réduite à un concours de bite entre un lycéen noir et un lycéen blanc.

L'autre problème, et il est plus grave, c'est que Ghostface est devenu un personnage extrêmement moral. Son but est de détruire les apparences que les personnages montrent leur versant honteux aux autres et qu'ils payent pour leur hypocrisie. Pourquoi pas, sauf que cela n'a jamais été dans l'ADN de Scream. À aucun moment, les tueurs précédents ne se justifiaient de la sorte et ça n'a rien à faire dans cet univers qui dépeignait plutôt l'abrutissement général de toute une génération qui avait pris des oeuvres de fictions pour argent comptant et comme marqueurs de développement.

 

photo ScreamDu suspense bien moisi et illogique

 

Enfin, la forme est au diapason du fond bien lourd de cette nouvelle génération. Filmée n'importe comment, la série ne parvient pas à créer la moindre ambiance, que ce soit dans ses choix de cadres maladroits, dans sa photographie basique ou encore dans son découpage inconstant qui ne crée aucun rythme.

Quand en plus les comédiens n'assurent pas correctement le job (il faut dire aussi qu'ils n'ont pas grand-chose sur quoi se reposer), on en arrive à la douloureuse conclusion que, en l'état, Scream est mort et enterré, qu'il faut le laisser tranquille. Et finalement, on a autre chose à faire que de regarder encore 4 épisodes qui vont nous procurer des frissons de la honte comme on en a plus eu depuis des années.

Scream : Ressurection a été diffusé sur VH1 (et non plus MTV) du 8 au 10 juillet 2019.

 

photo

 

commentaires

Sharko
16/07/2019 à 23:54

Ecranlarge, supprimez le message de Killer, il spoile la série.

GrimWabisuke
16/07/2019 à 00:19

Killer t'est un gros con

CarlGrissom
15/07/2019 à 23:44

En même temps quand il y a “ressurection" dans le tire c’est normal que ça fouette un peu ...Le huitième Halloween en est un parfait exemple.

Maths
15/07/2019 à 13:55

Command regarder les 6 épisodes svp

Killer show
15/07/2019 à 13:29

Ne regardez pas cette 3e saison : elle n'a aucun intérêt.
>>> C'est Beth qui est le Ghostface et elle se fait aider par Jamal.

Jojo
15/07/2019 à 13:21

J'ai vu que le 1er épisode, cela ne vole pas bien haut mais cela se laisse regarder, en tout cas assez pour donner envie de voir la suite !

cobrakaï
15/07/2019 à 13:05

J'ai lu l'article en diagonale. On est d'accord, c'est cliché, caricatural... Et le tout est mal servi avec les ficelles de la saga qu'on a plus que revu.

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