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Jack Ryan : à mi-saison, la diarrhée patriotique d’Amazon est un échec spectaculaire

Par Simon Riaux
3 septembre 2018
MAJ : 21 mai 2024
99 commentaires

C’est la série blockbuster d’Amazon, qui entend frapper un grand coup et s’attirer les faveurs du public. Grâce à une recette qui a quasiment 20 ans de retard.

Affiche officielle

Initialement créé par l’écrivain Tom Clancy, incarné plusieurs fois sur grand écran, Jack Ryan revient, cette fois sous la forme d’une série étiquetée Amazon, qui bénéficie du travail du scénariste et producteur Carlton Cuse (Nash Bridges, Lost, Bates Motel). Avec également le nom de Michael Bay au générique.

Pour Amazon, l’enjeu est de taille : proposer un divertissement très grand public, au budget conséquent, basé sur les aventures d’un héros préalablement connu du public. Jack Ryan, d’après le héros créé par l’écrivain Tom Clancy, et croisé au cinéma dans À la poursuite d’octobre rouge, La Somme de toutes les peurs ou encore The Ryan Initiative, nous donne donc rendez-vous pour 8 épisodes au cours desquels il va mettre à jour un terrible complot terroriste et tout faire pour y mettre fin.

Voici le compte-rendu des 4 premiers épisodes, portés par John Krasinski.

ATTENTION SPOILERS

 

 

SICK SAD WORLD

Au sein d’un genre saturé, pas évident de renouveler une figure aussi usitée que celle de l’officier/espion/agent/assassin. Et pendant un temps, la série semble vouloir rebattre un peu les cartes afin de nous proposer une véritable alternative à Homeland, voire affronter sur son propre terrain le Jack Bauer de 24 heures chrono, qui a si bien secoué les codes de la série d’action que le genre semble ne s’en être jamais remis.

Ainsi, nous découvrons l’enfance de Suleiman, dont la famille est massacrée par l’armée américaine dans un bombardement au Liban, en 1983. Jack Ryan reprend ainsi la spirale de violence qu’établissait déjà Le Royaume de Peter Berg, et donne l’impression de vouloir creuser plus avant ce paradoxe tragique, à savoir la capacité des Etats-Unis à générer leurs propres ennemis, précisément en cherchant à les combattre.

Ainsi, plusieurs personnages secondaires (on pense notamment à Wendell Pierce ou Dina Shihabi), sont très bien écrits, infusant dans récit global un supplément d’âme et de crédibilité. Et heureusement que cette galerie de seconds couteaux est là pour rehausser notre intérêt, tant le reste du show vire rapidement à la catastrophe totale.

 

photo, John Krasinski, Wendell PierceWendell Pierce et John Krasinski

 

JACKOU LE FLINGUANT

Le premier loupé de la série est son personnage principal, écrit avec la grâce d’une serpillère abandonnée. Incarné par John KrasinskiJack Ryan est gentil, souriant, beau, courageux, incroyablement intelligent, audacieux, vise super bien, a toujours de supers idées quand il faut disrupter un terroriste sur le point de l’exécuter, et il partage sa vie avec une blonde qui parfois fait des blagues (interprétée par Abbie Cornish).

Mais il est sensible, Jack. Parfois, il fait des cauchemars où il se souvient des membres de son unité, tous morts parce que Jack a fait des papouilles à un marmot fraîchement sauvé. Marmot qui était bien sûr un terroriste et qui, à l’aide d’une grenade, a fait des potos de Jack un gros tas de moussaka à la cordite. Du coup Jack, on ne l’y reprendra plus. Il a du trauma à revendre et il est sensible et tout. Alors parfois, quand il ne gonfle pas les pecs, il a les yeux tous mouillés.

 

photo, John Krasinski« J’ai encore laissé tourner la machine à café »

 

Difficile de se passionner pour le parcours de cet analyste qui se transforme quasi-instantanément en Rambo ultra-bright, dont on ne comprend ni les failles, ni les enjeux, ni les conflits. Par conséquent, voir sa compagne feindre de le critiquer, ou expliquer lourdement que vraiment, Jacquou le flinguant n’a rien d’un alpha male, est hilarant. Un peu comme si la série tentait de capitaliser plus sur le passage de son acteur dans The Office, que sur son propre contenu. Hélas, The Office est loin.

Et la série qui nous intéresse est là pour rappeler que s’il n’est pas cadré, porté par une véritable dramaturgie, John Krasinski dégage le magnétisme d’un flétan un peu trop cuit.

 

photo, Dina ShihabiDina Shihabi, elle, est très bien

 

FRENCH PISS

Et en dépit de la sympathie que l’artiste charrie toujours avec lui, les délires xénophobes – voire carrément racistes – du scénario, aggravent encore le problème. Dès que l’action se déplace du côté de la Seine Saint-Denis, il est difficile de déterminer si la série est incompétente au point de proposer une représentation de Paris et de l’Île-de-France passablement délirante, ou si elle vomit simultanément un salmigondis d’islamophobie et de francophobie en général.

 

photoUne tête que vous devriez faire dès le 2e épisode

 

Seine-Saint-Denis assimilée à une vaste zone de non-droit exclusivement musulmane, flics locaux complètement fachos et incompétents, femme française à cuisse copieusement hospitalière… Ne manquent plus qu’une rave à base d’accordéon et une scène de manifestation de vignerons. Autant de clichés idiots qui dénotent, tant la série manifeste continuellement sa volonté de dépeindre un monde crédible.

Toujours est-il que ce pan de l’intrigue, d’une rare stupidité, risque fort d’agacer sous nos latitudes, comme sa propension, lors des scènes d’action, à rejouer, réinterpréter certains évènements traumatiques intervenus ces dernières années (on pense notamment à l’assaut du GIGN en plein Saint-Denis). Dès lors, la représentation de ce qui n’est pas américain devient difficilement crédible, tant Jack Ryan rompt brutalement la confiance avec le spectateur, pour lui proposer l’équivalent narratif d’une grosse cuite entre piliers de comptoirs.

 

photo« Il fait vraiment moche. On va bombarder un coup le Yemen ? »

 

Tom Clancy a toujours été un réactionnaire américain, partageant une vision du monde abreuvée de messianisme, mais au moins avait-il un style et un sens du rythme qui conféraient une vraie richesse à ses textes, ainsi qu’une connaissance indiscutable des évènements qu’il imaginait ou relatait. Rien de tel ici. Jack Ryan a bien du mal à tenir éveillé son spectateur, tant il déroule un programme attendu (l’Amérique est un havre de paix que tous les types vaguement bazanés de la galaxie veulent souiller à coups de bombes) et finalement tristement contemporain, si épais qu’il ferait presque regretter les Neo-Cons de Bush junior.

 

photo, Dina Shihabi, John Krasinski De l’action épique et étonnante

 

AMERIKA FUCK YEAH

Reste qu’avec tout cela, on pouvait au moins espérer que ce bon vieux Jacquo fasse tout péter dans les grandes largeurs. Alors oui, le budget est là, on le sent à l’image dans les nombreux décors, et aussi dans une poignée de grosses explosions. Mais concrètement, Jack Ryan, arrivé à mi-parcours, n’a encore abattu aucun concept, aucune idée, aucune séquence qui nous ait fait battre le cœur, ou simplement surpris.

 

photo, John Krasinski« Il faut vraiment que j’arrive à mieux imaginer cette explosion »

 

En l’état, et ne serait-ce une poignée de coûteux effets numériques et un paquet d’écrans ou de smartphones visibles en salle de crise, la série pourrait dater du début des années 90. Et c’est bien là à la fois son ADN, et ce qui l’empêche de raconter quoi que ce soit d’intéressant. Fusillades, bombardements, mâchoires serrés et regards durs : l’imagerie déployée par la série recycle son petit bréviaire de l’action si paresseusement qu’on voit mal ce qui a présidé à sa fabrication.

Jack Ryan est une vieille série, qui ne comprend rien au monde qu’elle décrit (et n’a aucunement l’intention d’y parvenir), convaincue qu’un empilement de vieilles recettes suffira à satisfaire son public. Rien n’est moins sûr.

 

Affiche

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Effaré

Je suis venu voir si quelqu’un avait ressenti la même chose ou si j’étais en plein délire car j’ai vu du racisme anti français, des clichés a gogo, du très bas niveau, a se demander si c’était volontaire ou tellement médiocre comme s’il n’était jamais sorti de chez eux.
C’est la première fois que poste un commentaire, mais il fallait que je réagisse !

Pog

@Fenrir Skoll

Quelle honnêteté intellectuelle, et courage, d’écrire sous pseudo trois lignes pour tacler une personne, avec des arguments totalement creux (il faudrait donc être un réalisateur oscarisé pour critiquer une série… vivement qu’on vous demande un prix Pulitzer pour avoir le droit de critique un article), et sans même parler de votre avis sur la série. Toujours plus honnête de descendre une personne que de partager son point de vue et accepter l’avis d’autrui.

Fenrir Skoll

Votre critique représente elle même une diarrhée aiguë ! Vous vous prenez certainement pour une sommité en matière cinématographique ayant vous même réalisé des œuvres oscarisées je suppose. Quelle humilité, bravo et quelle courage derrière un clavier.

l’Homme Sans Nom

Excellente série et un plaisir de voir la québécoise Marie-Josée Croze jouer une française lol… Ça doit blesser un peu le gros égo de certains français;)

Vanisgood

J’ai bien aimé, si on a lu les Tom Clancy c’est une époque différente, Jack ryan devient plus tard chef des rainbows 6, force special international ultra sélectif. Donc la série est plutôt pas mal, l’esprit Tom Clancy est là, le personnage a un passé de marines donc normal que le terrain il s’y connaît.
Du coup il va y avoir 3 saisons ce qui veut dire que c’est tout sauf un échec