Atlanta ou la série expérimentale tragique, absurde et étrange immanquable du génie Donald Glover

Alexandre Janowiak | 8 juillet 2018 - MAJ : 08/07/2018 15:44
Alexandre Janowiak | 8 juillet 2018 - MAJ : 08/07/2018 15:44

La saison 2 d'Atlanta s'est terminée il y a quelques semaines sur FX aux Etats-Unis et sur OCS en France. On revient sur cette série unique ultra-riche, très réfléchie et à l'humour dévastateur.

ATTENTION SPOILERS !

 

 

COMMUNITY AFRO-AMÉRICAINE

Le synopsis de présentation de la série Atlanta est simple et très concis : "Earn et Alfred, deux cousins, tentent de percer dans le monde du rap à Atlanta. Tout au long de leurs parcours ils sont confrontés à des problèmes raciaux, économiques ou encore parentaux."  Pourtant, la série FX écrite, réalisée, interprétée et produite par Donald Glover (devenu célèbre pour ses musiques et la série Community) est loin d’être ordinaire.

C’est sans doute son audace et sa grande ambition qui font d’Atlanta une série atypique captivante et prenante. Loin de se contenter de son pitch très basique, la série ne joue jamais la facilité. Elle répond au contraire à une construction narrative très singulière et totalement imprévisible. Plus qu'une série sur l'histoire de Earn et Alfred, Atlanta est un show expérimental, ancré dans le monde actuel et en même temps profondément novateur.

 

Photo Donald GloverDonald Glover dans la saison 1

 

Ainsi, la série fonctionne avant tout sur une succession d'épisodes qui, s'ils sont liés par leurs personnages centraux, restent très indépendants les uns des autres. Une manière pour la série de ne jamais s'enfermer autour d'un seul personnage et de ne pas délaisser le reste du casting. La saison 1 avait judicieusement présenté Earn (Donald Glover) et centré ses premiers épisodes sur ses mésaventures avant de consacrer l'entièreté d'un épisode à Van (Zazie Beetz) puis à Alfred-Paper Boi (Brian Tyree Henry).

L'occasion pour ce dernier de nous livrer une sublime parodie des émissions de talk-show américaines avec son épisode 7 : B.A.N.. Un épisode insolite et fantasque qui jouait brillamment de son concept pour amuser et décontenancer le spectateur mais pas uniquement. Ultra-satirique, cet épisode conceptuel était surtout un moyen ludique et subtil de dénoncer ou mettre en lumière nombre de sujets : du règne de l'apparence au coeur de la société américaine et mondiale aux conflits raciaux par exemple.

 

Photo Brian Tyree HenryB.A.N. ou l'épisode le plus dingue de la saison 1

 

THIS IS AMERICA

Marquant les spectateurs du show avec cet épisode très spécial pendant la saison 1, Atlanta dévie encore plus de son pitch de départ dans cette deuxième saison. L'histoire originelle des aventures d'Earn en agent de Paper Boi devient ici un fil rouge enfouie sous une ribambelle d'épisodes à concepts totalement déments et originaux.

Si la saison 1 nous l'expliquait déjà clairement, cette deuxième saison est un moyen d'expression encore plus important pour Donald Glover. Comme il se défait encore davantage de la scène musicale d'Atlanta - tout en conservant une BO folle - il élargit ses horizons et aborde un maximum de sujets au fil des épisodes pour discuter des maux de l'Amérique. Au coeur de la série, bien évidemment, la place de la communauté afro-américaine au sein du pays et les conflits raciaux qui en résultent (l'épisode 2 Sportin' Waves, l'épisode 3 Money Bag Shawty ou l'épisode 4 Helen).

 

Photo Zazie BeetzZazie Beetz dans l'épisode 4, particulièrement "raciste" 

 

Bien au-delà de cette question essentielle, la série revient également sur la place la femme au sein de la nation américaine (l'épisode 7 Champagne Papi ), la société des apparences et l'idéal de beauté féminin entre autres (ce même épisode 7). Comme ils l'avaient fait avec l'épisode 7 de la saison 1 B.A.N., les scénaristes mettent également en avant les effets négatifs des réseaux sociaux ou des médias en général (Champagne Papi encore ou l'épisode 3 Money Bag Shawty).

Chaque épisode étant orchestré par trois réalisateurs de talents : le génial Hiro Murai (LegionBarry), la brillante Amy Seimetz (The Girlfriend Experience) et donc l'incontournable Donald Glover, la série foisonne d'idées de mise en scène truculentes et excentriques. La saison 2 prend d'ailleurs toute son ampleur dans l'épisode 6 intitulé Teddy Perkins, d'ores-et-déjà à classer parmi les chefs d'oeuvre du petit écran. Un épisode d'une puissance remarquable mêlant comédie, le thriller (il rappelle un peu Get Out), délire meta... et développant un propos passionnant sur l'enfance, les conséquences du star-system ou encore le "blackface" (ici parodié).

 

Photo Donald GloverTeddy Perkins ou l'épisode parfait de cette saison 2

 

ATLAN(ME)TA

Si la série est aussi remarquable, notamment dans ses épisodes les plus singuliers, c'est grâce à la maestria de Donald Glover. Parfait dans la peau d'Earn, il s'amuse aussi énormément au coeur de la série en se déguisant : il interprète lui-même Teddy Perkins, grimé en sorte de Michael Jackson flippant dans l'épisode 6.

Mais là où la série marque le plus de points, c'est quand elle s'appuie sur une multitude d'éléments qui touchent personnellement Donald Glover. Lors de la création d'Atlanta, le comédien-musicien était en grande dépression. Une événènement qui se ressent dans la série. Il y a, par conséquent, une grande force semi-autobiographique au coeur des épisodes (l'épisode 10 FUBU) spécialement, qui permet de créer une émotion réelle loin de tout artifice.

 

PhotoEarn enfant ou une représentation meta de l'enfance de Donald Glover 

 

Des sentiments réels qui n'empêchent pas pour autant la série d'être trop ancrée dans l'unique culture américaine. On se surprend à regretter au fil de l'avancée de l'histoire et des épisodes que Donald Glover n'ouvre pas plus sa série au monde entier.

Le show réussit à convaincre pour l'ensemble de ses performances (Lakeith Lee Stanfield de plus en plus incontournable), de ses propos et la force de ses concepts (même s'ils sont parfois inégaux). Cependant, pour jouir de toutes les subtilités de la série, une connaissance accrue de l'actualité américaine et/ou de sa culture est nécessaire, à l'image finalement du clip This is America du même Donald Glover.

Ainsi, difficile de ne pas manquer plein d'information si l'on ne connait pas le Florida Man pour l'épisode 1 ou la maman en colère référence à la controverse Norf Norf pour l'épisode 3, particulièrement. Un point un peu dommageable pour une série qui prône tant l'ouverture aux autres et l'intégration de tous.

 

Photo Lakeith Lee StanfieldLakeeth Lee Stanfield, acteur à suivre de près

 

Malgré cette petite strie un peu excluante, Atlanta est une série des plus passionnantes et excitantes. A la fois insolite, comique, tragique, étrange et surprenante, la création de Donald Glover use de moyens percutants pour discuter des maux politiques, sociaux ou économiques des Etats-Unis et surtout dénoncer les vols commis par l'Amérique sur ces citoyens.

Unique en son genre, le show reviendra pour une troisième saison dès 2019. D'ici le premier épisode, impossible de savoir à quoi s'attendre. Une chose est sûre, on ne manquera pas ça.

La saison 2 d'Atlanta est rediffusée sur OCS City à partir du 12 juillet prochain.

 

Affiche

commentaires

Serge wilkins
16/07/2018 à 02:44

Atlanta es une série parfaitement bien tourné interprété Un bijoux

kjid
10/07/2018 à 19:07

Elle est excellente c'est indéniable mais l'expérience doit être encore meilleure lorsqu'on est américain.

N3r0N
10/07/2018 à 10:57

Ah quand même ! j'attendais votre critique depuis des lustres !!!

Vraiment une pépite cette série, Glover est quand même un putain de génie.

mention spéciale pour l'épisode du Talk Show, tellement vrai ! cette série m'a plié en deux du début a la fin !

Ness pas
09/07/2018 à 18:06

ça me fait penser à The Leftovers, et c'est tout pétée comme série....

Le rol’
09/07/2018 à 10:59

Atlanta est d’une maitrise, fraicheur et pertinence assez deconcertante.
Une absolue pepite audiovisuelle.

votre commentaire