Westworld saison 3 épisode 1 : sang chaud et douche froide

Geoffrey Crété | 16 mars 2020 - MAJ : 17/03/2020 20:11
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Affiche, Westworld

La série HBO revient pour une saison 3, où Dolores découvre le vrai monde, comme annoncé à la fin de la saison 2.

Besoin d'un résumé des deux premières saisons avant d'attaquer la saison 3 : c'est par ici.

Envie de rester tes connaissances sur les deux premières saisons ? Quiz spécial Westworld par là.

 

ATTENTION SPOILERS

 

 

AROUND THE WORLD

La série n'a pas simplement quitté le parc qui lui donne son titre : elle s'envole à l'échelle globale. La saison 3 s'ouvre en Chine, puis passera dans ce premier épisode par Londres et bien sûr Los Angeles, voué à être le centre de l'intrigue. L'utilisation d'une transition avec un globe, pour situer l'action et donner des informations au spectateur, indique que Westworld devrait bel et bien ouvrir de grands horizons cette année, et orchestrer une guerre mondiale.

Ce globe sera vraisemblablement lié au "système", la mystérieuse machine que Dolores (Evan Rachel Wood) vise, et qui devrait être le grand enjeu de cette saison. Cette grosse boule énigmatique, inventée il y a 15 ans (donc bien après la naissance de Westworld), est capable de "penser" le monde et l'humain : son créateur rêvait d'un univers ordonné, où le potentiel de chacun était exploité au mieux. Toute ressemblance avec Delos qui dirige les hôtes, organise les rencontres avec les visiteurs et met en scène une expérience better than life, n'est pas fortuite. Pour Dolores, l'écho est évident.

Nul doute que cet engin sera utilisé par de perfides businessmen à des fins néfastes, comme un gigantesque Facebook. Avec Vincent Cassel dans le rôle de Mark Zuckerberg ? Il n'apparaît pas dans ce premier épisode, mais est certainement teasé par sa collègue, interprétée par Pom Klementieff (Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2).

 

PhotoBye bye (for now)

 

AIE, ROBOT

C'est pour ce système que Dolores s'est rapprochée du jeune milliardaire censé le contrôler, incarné par John Gallagher Jr. (Underwater, The Newsroom). Armée pour affronter ce monde d'hommes, elle enquête, espionne, récolte des informations, cachant son âme de guerrière derrière les allures d'une belle petite chose - un refrain qu'elle maîtrise à la perfection à ce stade. Elle est ainsi de retour à Los Angeles, après une longue absence qui soulève beaucoup de questions. 

La fin de la saison 2 montrait Dolores revenue sous son apparence originelle, Bernard (Jeffrey Wright) réanimé par ses soins, et Charlotte (Tessa Thompson), sans indice sur quel esprit était dans ce corps. Dolores était partie avec cinq unités centrales : reste à savoir qui elle avait emporté dans son sac, et si ce sera un des moteurs à suspense de cette saison. Que l'héroïne soit capable de créer des hôtes pour ses plans, en remplaçant notamment un homme de main au service de l'entreprise qu'elle vise, va dans ce sens.

 

photo, Evan Rachel WoodLa warrior était en noir et blanc

 

Ce premier épisode montre les trois protagonistes séparés. Dolores mène son enquête, Charlotte est infiltrée chez Delos où elle force la survie et privatisation de l'entreprise, tandis que Bernard est dans une situation fâcheuse. Officiellement considéré comme le coupable du massacre dans les parcs, il a changé de nom, travaille comme ouvrier dans une zone reculée, et vit dans la peur d'être contrôlé et reprogrammé pour la énième fois. Il vérifie donc son système quotidiennement pour s'assurer qu'il n'est pas utilisé malgré lui, et notamment par Dolores. 92 jours seraient passés depuis le chaos de la saison 2.

Le monsieur a aussi une petite télécommande redoutable, qui lui permet de devenir une sorte de Terminator en cas de besoin. Ce qui arrive lorsque deux employés découvrent sa véritable identité, et s'en prennent à lui. Après avoir cassé quelques os, il décide donc de quitter cet endroit pour revenir à Westworld.

Y a t-il eu sécession parmi les hôtes échappés de Westworld ? Bernard a t-il rejeté les plans belliqueux de Dolores ? La guerre contre les humains menée par l'héroïne a t-elle divisé les troupes, ou lancé une stratégie complexe parmi eux, qui inclut le bouc-émissaire Bernard ?

 

photo, Jeffrey WrightBernard Lowe profile

 

BREAKING BAD

Mais ce premier épisode est surtout axé sur un nouveau personnage largement annoncé dans la promo : Caleb, incarné par Aaron Paul alias Jessie de Breaking Bad. C'est un petit loser ordinaire, qui traîne un trauma de soldat et cherche une raison d'être, de vivre, et de quoi payer ses factures. Il a une tendance à glisser vers les petites combines illégales, via une application qui proposer des missions contre rémunération. Il va bien évidemment croiser la route de Dolores, et l'épisode se termine sur leur rencontre, là encore vue dans la promo.

C'est probablement pour cette raison que ce premier épisode laisse un arrière-goût de mollesse générale, sans direction claire, qui installe plus qu'il ne raconte. Westworld prend un risque en mettant en jeu pour la première fois un tout nouveau personnage, a priori humain, après deux saisons centrées sur des hôtes, et particulièrement Dolores. Cette introduction est donc dédiée à Caleb, afin qu'il soit adopté par le spectateur.

 

photo, Aaron PaulHommage à la photo Lunch atop a Skyscraper

 

Au-delà de ces faiblesses, ce premier épisode joue intelligemment des échos entre cet humain ordinaire et les hôtes. Le réveil de Caleb est filmé comme celui de Dolores et Maeve à  Westworld, et il mène une existence terne, où il traîne sa carcasse et sa mélancolie. Il cherche un travail, de l'argent, de la compagnie. Bref, une raison d'être... ou une "narrative", un scénario écrit pour lui ? Présenté ainsi, cet humain semble errer et souffrir d'un manque d'intrigue existentielle, de celles qui ont animé Maeve, Dolores, Teddy et les autres dans le parc. Que le mystérieux système qui intéresse Dolores, ait été créé pour aider l'humain à trouver sa voie, ne fait que renforcer cet aspect.

La thématique est poussée jusqu'à la scène où cette voix qui l'accompagne se révèle être fantômatique : celle d'un être cher disparu, offerte par un service payant dont il décide de se désabonner. De quoi rappeler les voix implantées dans les cerveaux artificiels des hôtes, afin de donner une réalité à leur conscience, leur réalité, et qui avait fait de Ford et Arnold d'ultimes fantômes qui hantaient toutes leurs têtes.

"Je veux quelqu'un de réel", finit par avouer Caleb. C'est ici qu'entre en scène Dolores, pour rejouer la grande question sur l'humanité des machines et l'inhumanité des êtres vivants.

 

photo, Evan Rachel Wood"Je t'ai dit que j'ai poussé mon ex à se suicider ?"

 

POST-SCRIPTUM

L'habituelle scène post-générique ramène Maeve, pour dire ce qui était dévoilé dans la promo : elle est plongée en pleine Seconde Guerre mondiale, et dans un rôle légèrement compliqué vu qu'elle a visiblement attaqué des soldats allemands alors que son village est envahi.

De toute évidence, c'est l'un des parcs de Delos, en plus de Westworld, Shogun World et The Raj.

 

photo, Thandie NewtonA suivre

 

Ce premier épisode à nouveau réalisé par Jonathan Nolan est donc une entrée en matière moyennement satisfaisante, qui délaisse plusieurs personnages (William absent, Maeve en apparition, Charlotte dans un rôle encore très mince), pour annoncer que Caleb sera central dans l'aventure, avec Dolores. Une mise en place sûrement nécessaire, mais pas entièrement convaincante puisqu'il s'agit de reprendre en main l'histoire après une saison 2 qui a redistribué les cartes.

Désormais ouvert sur le monde, l'univers de Westworld prend par ailleurs le risque d'exploiter les motifs très familiers du genre, avec ses voitures volantes, ses grandes rues propres, ses immeubles en verre et ses motos automatisées. La présence d'une grande méchante entreprise qui peut apparemment dominer le monde n'aide pas. Pour la première fois, la série HBO abandonne le sable du Far West artificiel pour embrasser le béton de l'anticipation, ce qui va l'obliger à retrouver une identité.

Comme toujours, beaucoup de questions donc. Mais contrairement au début de la saison 2, ce premier épisode de la saison 3 laisse sur la faim, comme un apéritif. Affaires à suivre.

 

photoQue reste t-il de nos amours ?

 

ET SINON

Où est William, sachant que la scène post-générique de la saison 2 sous-entendait bien qu'il était mort, et que son esprit avait été implanté dans un hôte ? Cette timeline est-elle réellement placée dans le futur ?

Comment Maeve sera t-elle raccrochée aux autres héros si elle est encore dans le parc ? A t-elle encore ses capacités extraordinaires ?

Y a t-il une narration sur plusieurs temporalités, ENCORE ? Si oui, qui et comment ? Dolores se présente comme "la dernière de son espèce" dans l'intro : de quoi imaginer que la révolution a coûté la vie à ses camarades, dans le futur ? Maeve se réveille t-elle directement après la saison 2, ou plusieurs mois après, comme la temporalité de Bernard ?

Qui est dans le corps de Charlotte ?

Dolores peut-elle créer les clones-hôtes de tous ceux qu'elle veut pour ses plans ?

Y a t-il un rapport entre "le système" et Delos-Westworld ?

La privatisation de Delos souhaitée par Charlotte est-elle un moyen pour les robots de posséder entièrement le parc... et aider Maeve ?

Le rouge qui noie le nouveau générique, avec un oiseau qui se brûle les ailes tel Icarus, annonce t-il un carnage pour les robots, à l'image de l'affiche ?

 

Un nouvel épisode de la saison 3 de Westworld, chaque semaine, à partir du 16 mars sur OCS.

 

Affiche, Westworld

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commentaires lecteurs votre commentaire !

Geoffrey Crété - Rédaction
17/03/2020 à 23:30

@Sébastien

Autant je peux comprendre ça face à certains passages des deux précédentes saisons... autant là, cet épisode est assez linéaire. Qu'il soulève des questions et fasse réfléchir à des sujets, des théories, ne veut pas dire qu'il est compliqué et désagréable, au contraire je le trouve très (trop) limpide.

Sébastien
17/03/2020 à 23:28

Rien qu'à lire l'article, j'ai mal au crâne. Si je dois regarder cette saison 3, je prépare le tube de Doliprane.
Non mais sérieux, qu'une série soit intelligente et fasse réfléchir, parfait, mais je suis contre l'auto-torture.

jacamel
17/03/2020 à 20:20

J'attendais impatiemment cette saison 3. Et je me suis souvent repassé les teasers et autres vidéos de cette saison. Le contenu de ces vidéos se retrouve pratiquement tous dans ce premier épisode. J'ai bien aimé ce retour, à un bémol près : même si la BO de Ramin Djawadi est toujours aussi prenante, les morceaux de musique des vidéos de promotion me manquent comme les Pink Flyod (Brain Damage : "The lunatic is on the grass ..." ) et Vera Lynn qui chante "We'll Meet Again" dans l'extrait sur le village envahi par les nazis. Vivement lundi prochain ...

Geoffrey Crété - Rédaction
17/03/2020 à 20:11

@Joss

Merci et merci !

Joss
17/03/2020 à 19:23

Critique intéressante et bien rédigée, j'attends aussi de voir la suite
P.-S. : une coquille à "télécomande" -> télécoMMande ;-)

Marc
17/03/2020 à 17:48

Ce premier épisode les pièces en place DOLORES place ses pions ou ses hôtes pour atteindre sa cible foutre en l'air l'humanité avec les propres machines que les hommes ont eux-mêmes conçu. WESTWORLD du plan visuel est magnifique ce future pourrait être crédible. Le générique j'ai pensé sur quelques plans à GHOST IN THE SHELL le reflet du visage dans l'eau. Et DOLORES en mode Terminatrice le personnage le plus fascinant. Bref vivement la semaine prochaine.

Geoffrey Crété - Rédaction
17/03/2020 à 13:53

@Stivostine

On a bien les 4 premiers (aucun piston : les accès sont donnés aux médias afin de garantir une couverture adaptée). On trouve juste intéressant de les suivre en même temps que les lecteurs, un par un, puisqu'une série comme celle-ci reste pensée pour une telle diffusion. Et de les traiter séparément.

Par ailleurs, je n'ai pas de problème avec le fait de ne pas tous les retrouver dans cet épisode. Comme je le dis : je n'attendais pas l'intégralité des personnages, enjeux, etc dans un premier épisode. Cela dit, je peux malgré tout ça, avoir des réserves.

Stivostine
17/03/2020 à 13:32

Pas d'accord aussi avec cette critique, on voit que Geoffrey connait tres bien son sujet mais sur un episode d'une heure on ne pouvait pas tous les retrouver, c'est meme dommage pour EL de n'avoir vu qu'un seul episode sachant que par ex les pistonnés du "journal du greek" ont réussi à en voir 4. Ce 1er episode aurait presque la patte d'un christopher nolan.

Dredd*
17/03/2020 à 09:45

@haildé +1. Je trouve aussi que cet épisode a tout sauf un problème de rythme. Et puis le monde réel est magnifique à regarder, çà me donnerait presque envie de faire un tour à Singapour (ville choise pour représenter le Los Angeles de la série). Bref très hypé par cette troisième saison , après la déception de la saison 2.

Thierry
17/03/2020 à 08:47

La saison 1 fut un choc comme rarement. Robots, programmes, transhumanisme, clones, manipulations génétiques, mondes parallèles, la question de la conscience, l’âme et le corps, le recyclage des corps, la suppression de la mémoire, vivre dans une réserve, les contrôleurs, les petits dieux créateurs. Gigantesque, magnifique et inspirant. Attendons de voir cette saison 3. Plastiquement magnifique. Intelligence artificielle. Le monde égal à une matrice holographique. Le réseau. To be continued.

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