True Detective Saison 2 épisode 1 : les ténèbres sont de retour

Simon Riaux | 23 juin 2015
3
default_large

Elle est là, la nouvelle saison de True Detective ! Après une première saison qui avait pris tout le monde de court par sa noirceur, ses qualités d’écriture et son interprétation, le showrunner Nick Pizzolatto nous revient avec une toute nouvelle fournée d’épisodes sur HBO. Au programme : changement de décor, de personnages et d’époque. ATTENTION SPOILERS.

 

Matthew McConaughey et Woody Harrelson avaient su s’imposer en quelques minutes comme un duo de flics inoubliables, aux trousses d’un assassin elliptique et fascinant. Porté par une mythologie insaisissable et franchement inquiétante, le récit nous avait tenu en haleine jusqu’à son dénouement, avant de nous proposer une conclusion atmosphérique. True Detective saison 2 réitérera-t-il cet exploit ?

 

4 Cavaliers de l’Apocalypse

La série a donc opté non plus pour un binôme mais bien un quatuor de personnages. Quatre âmes tourmentées, dont seules trois travaillent pour les forces de l’ordre Autre nouveauté, en ce début de saison, aucun d’entre eux n’est naturellement amené à collaborer. C’est donc logiquement à un récit beaucoup plus éclaté que nous allons assister, avant que l’enquête qui nous intéresse n’amène les protagonistes à agir de concert. Ou pas.

Ray (Colin Farrell) est un flic en perdition, alcoolique, misanthrope et incapable de juguler ses accès de violence. Depuis qu’il l’a aidé à se venger de l’homme qui avait violé sa femme, il collabore avec Frank Semyon, figure criminelle de Vinci, cité industrielle de Californie.

Ce dernier est un caïd en pleine reconversion. Aidé de sa femme (Kelly Reilly), il est sur le point de reconvertir ses activités criminelles en un business légal, à l’occasion de la construction d’une nouvelle voie ferrée.

Taylor Kitsch est un flic suspendu suite au témoignage mensonger d’une jeune femme l’accusant d’avoir exigé d’elle une fellation. Traumatisé entre autres par son passé de soldat, il est sur le point de se suicider à moto quand il tombe sur le corps de l’associé de Semyon.

Ani (Rachel McAdams) est la première sur les lieux. Jeune femme à la vie affective anarchique, elle semble gorgée de colère et de ressentiment. Écartelée entre une colère profonde  qu’elle éprouve pour la gent masculine, et une famille perdue entre communauté néo-hippie et pornographie sur le web, elle est au bord de la crise de nerfs.

 

Il suffit que tout change…

Avec ce début particulièrement maîtrisé, les cartes sont rebattues. True Detective a choisi d’abandonner beaucoup de ses traits de caractère, afin de ne pas jouer au jeu des sept différences et de nous offrir une toute nouvelle aventure.

Les dialogues sont ainsi beaucoup plus secs et nerveux que lors de la première saison. Adieu la Louisiane crasseuse, les bayous humides et la nature pourrissante, bonjour la Californie. Si le soleil brille toujours, il illumine timidement une gangue industrielle qui fait la part belle au béton, à la route, à l’asphalte.

Ces nouveaux épisodes s’annoncent beaucoup plus urbains. De même, les longs plans sur les infrastructures routières sont là pour nous rappeler que nous avons totalement changé de terrain de jeu. Au lieu de la solitude existentielle de Rust Cole, nous sommes désormais face au flux incessant d’hommes et de femmes, à une masse humaine anonyme et grouillante, dont tentent de s’extraire quatre individus qu’un crime réunit sans crier gare.

 

… pour que rien ne change

Mais True Detective saison 2 conserve également les grands acquis de Nick Pizzolatto. Ainsi, si l’heure ne semble plus au lyrisme noir, on note une immense précision dans le choix des dialogues, dans l’agencement des termes. De même, bien que la métaphysique de McConaughey soit ici absente, on retrouve quatre personnages en miettes ou sur le point d’exploser. Chacun lutte contre des démons profonds et semble en quête d’absolution ou de perdition totale.

On remarquera également que la série paraît vouloir se frotter à certains grands thèmes de la littérature noire américaine. Si le quatuor de personnages sur le fil du rasoir n’est pas sans évoquer Le Grand Nulle Part de James Ellroy, difficile de ne pas penser instantanément à son dernier brillant roman, Perfidia.

Ici aussi, c’est l’expansion du territoire qui semble au cœur de l’intrigue, la croissance urbaine californienne, sorte d’ogre qui dévore tout sur son passage. Une thématique voisine de celle de la Nouvelle Frontière, qui irrigue le polar comme le western depuis leur création.

 

Verdict ?

Impossible de se faire un avis tranché avec ce premier épisode, qui n’est guère plus qu’une mise en bouche. Elle s’avère néanmoins particulièrement savoureuse, le récit prenant son temps pour nous présenter chacun des protagonistes, sa personnalité et ses failles.

Si le réalisateur Justin Lin ne fait pas ici preuve d’autant d’inspiration que Cary Futanaka lors de la première saison, on ne peut lui enlever le soin bien réel appliqué à l’image. Découpage et photographie s’inquiètent sans cesse du meilleur angle, de la lumière la plus appropriée. Et si l’ensemble est exécuté sans génie, il bénéficie d’une précision bien supérieure au tout venant de la série télé.



Les comédiens sont encore en train de s’échauffer, mais pourraient nous offrir de belles performances. On retrouve un Colin Farrell à la dérive qui n’est pas sans rappeler son personnage de Miami Vice, tandis que Taylor Kitsch nous rappelle qu’il vaut mieux que Battleship. Rachel McAdams pourrait trouver là son meilleur rôle, bien éloigné des blondinettes sans saveur auxquelles elle est trop souvent cantonnée.

Enfin, on attend énormément de Vince Vaughn. Peut-être lassé des comédies répétitives où il s’est enferré jusqu’à s’aliéner le box-office, l’acteur propose ici une partition particulièrement nuancée. Sorte de caméléon dont on ignore s’il est un brave type enferré dans les ténèbres ou un salopard désespérément en quête de rédemption.

 

Vous l’aurez compris, cette nouvelle saison de True Detective démarre sous les meilleurs hospices. Impossible de deviner si le show saura maintenir ce niveau, voire le dépasser, mais après 58 minutes passées en compagnie de ces quatre âmes errantes, il nous tarde de les retrouver.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
commentaires lecteurs votre commentaire !
Louig
23/06/2015 à 20:38

Après ça reste la Californie donc c'est particulier, surtout si vous comparez à Transparent ^^

Liojen
23/06/2015 à 14:09

Un pilote moins bon que celui de la saison 1 (Mise en place qui tire trop en longueur, et le côté sombre est bien trop appuyé je trouve.)
Malgré tout on sent un gros potentiel et j'ai vraiment envie de voir la suite!

lolilol
23/06/2015 à 13:26

Merci pour ces précisions, la trame avec Vaughn étant particulièrement assommante et floue...
Pour l'instant ça me parait extrêmement artificiel et forcé, j'espère que la série saura dépasser cet amoncellement de clichés.

votre commentaire