True Detective Saison 3 Episode 8 : c'est que de l'amour

Simon Riaux | 26 février 2019 - MAJ : 26/02/2019 11:49
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photo, Mahershala Ali

Nous avions quitté Wayne alors qu’il se laissait embarquer par le mystérieux Hoyt, pour ce qui s’annonçait comme la clef de toute l’énigme déployée par la saison 3 de True Detective.

ATTENTION SPOILERS

(La saison 3 de TRUE DETECTIVE est disponible dès aujourd’hui en téléchargement en VF et VOST sur les plateformes : Canal Plus, Google Play, ITunes, Orange, Sony Playstation et Xbox)

 

photoL'heure des réponses a sonné

 

HOYT LÀ !

Ignorant où on le conduit, Wayne (Mahershala Ali) se trouve dans la voiture de Hoyt (Michael Rooker) en 1990. Au milieu des bois, les deux hommes s’extirpent des véhicules, pour entamer une marche dans les bois. Rapidement, la conversation s’engage sur la disparition de Harris, l’homme de main exécuté par Roland, dont la disparition semble troubler profondément son employeur.

Mais l’enquêteur ne se démonte pas et évite sciemment les questions de celui qui le questionne, décidé à ne pas abattre tout de suite ses cartes, et conscient que Hoyt a tous les airs de chaînon manquant dans la disparition des enfants Purcell, comme la mort de leurs parents et de plusieurs des proches de l’enquête.

Mais Hoyt ne semble pas là pour se confesser ou éclairer la lanterne du policier, mais bien lui signifier qu’il connaît le sort de son employé, et ne laissera pas les recherches du détective aller plus avant. Pour frustrant que cela soit, il semble que cette piste évidente ne se développera pas plus loin, et ne fera rien pour satisfaire le spectateur agacé.

 

photoWayne se reconnecte au souvenir d'Amelia

 

ROSE CONCON

En 2015, le duo recomposé de flics à la retraite fait son possible pour en apprendre plus au sujet du mystérieux borgne, mais ne parvient guère plus à collecter qu'une anecdote en apparence insignifiante, ainsi que son possible prénom. Après quoi, tous deux décident d’entrer par effraction sur le domaine Hoyt, 25 ans après l’entrevue secrète entre le millionnaire et l’un des deux compères.

C’est armé de lampes torches qu’ils découvrent la Chambre ose que nous avions entraperçue avant que Joe Purcell ne se fasse tuer par Harris. Tout indique qu’une enfant y a été longuement séquestrée. Pour Roland (Stephen Dorff) c’est parce que son ami a privilégié sa famille que tous deux n’ont pu faire aboutir l’investigation, et trouver à l’époque cette preuve accablante.

Ils interrogent Junus, le borgne dont la description a si souvent troublé les recherches de nos héros. Ils apprennent qu’Isabel Hoyt, traumatisée par la mort de sa fille, tenta d’adopter la jeune Purcell. La mère des enfants, désireuse de quitter son existence et à la recherche d'argent, accepta d'abord de vendre sa fille, provoquant un enchaînement fatal.

 

photo Carmen Ejogo

 

Dans ce processus irréaliste, Isabel provoque la mort de son frère, avant de récupérer Julie et de la séquestrer, durant des années, jusqu’à ce que Junius, sidéré par l’existence misérable de cette jeune femme, constamment droguée et maintenue dans une fiction perverse par sa « mère » adoptive, l’aide à s’échapper. Il ne retrouva sa trace qu’en 1997, dans un foyer religieux, mais la malheureuse était décédée, victime de l’épidémie du SIDA.

Ainsi que Wayne Hays va le réaliser, la jeune femme n’est pas décédée, mais a été protégée par les religieuses, et a pu recommencer une toute nouvelle existence, que le policier s’apprête donc à interrompre, afin d’identifier formellement la survivante de cette mystérieuse affaire.

 

MORTELLE RANDONNÉE

Et c’est alors que True Detective, pour la première fois de cette pachydermique troisième saison, surprend authentiquement. Avec l’épaisseur de la tragédie qui s’est nouée sous nos yeux, les œillades à la première saison, le concept d’hémorragie mémorielle appelant possiblement une conclusion cruelle et tragique, on craignait que Nic Pizzolatto échoue à proposer quelque chose de digeste.

 

photo Mahershala Ali

 

Et à bien des égards, cette conclusion souffre des défauts rédhibitoires de son écriture : des dialogues sur-signifiants, notamment entre Amelia et Harris, qui donnent le sentiment de réciter des fiches personnages écrites par un ordinateur. L’ambiguité et le trouble se sont totalement effacés, ainsi qu’une tendance à bien trop étirer chaque étape. Enfin, on comprend mal pourquoi certains espacts sont à ce point laissés pour compte, tels le personnage d'Isabel, ou de Hoyt, introduits bien trop tardivement, ou les questions relatives à la personnalité des enfants, totalement survolée.

Néanmoins, alors que nous nous demandons à quoi a rimé cette longue quête de la vérité, tant elle se termine petitement, le showrunner abat un dispositif émotionnellement ravageur. Non, True Detective n’est pas là pour se reconnecter à sa première saison, non tout cela ne s’achèvera pas dans un bain de sang glauque chez de riches et pervers notables vivant dans le secret.

En effet, alors que la mémoire lui fait une nouvelle fois défaut, ce n’est pas seulement pour nous plonger dans un profond fatalisme, condamnant Wayne à ne jamais plus retrouver les ultimes traces de Julie Purcell, mais bien pour assumer la bascule émotionnelle du récit.

 

photoUne petite fille en son royaume...

 

Le message de cette troisième saison est inattendu : in fine, il n’y a pas toujours de grand secret à sortir du passé, de résultat éclatant. Alors, c’est la structure gigogne du récit qui prend la main pour nous dévoiler ce que nous pressentions. La véritable investigation menée par Harris, c’est celle de son propre cœur et des combats qu’il mène aux côtés d’Amelia (Carmen Ejogo) pour préserver leur amour et leur foyer.

C’est alors que prennent sens les longues circonvolutions de cet épisode, mais aussi celles des précédents. Bien sûr, le procédé charrie avec lui une part d’hypocrisie, et une forte dimension déceptive. Dans l’ensemble, la majorité de cette saison 3 demeure platement mise en scène, racontée avec mollesse, et très rarement passionnante. Mais indiscutablement, cet ultime épisode s’impose comme une très belle tentative de nous faire réévaluer ce qui a précédé.

 

photoEn fin de compte, c'est sur le grand amour de sa vie qu'enquête Wayne

 

Alors que se referme le dispositif, le vieillard torturé réalise qu’en 1980 et 1990, il n’a pas échoué à boucler son investigation, il a préféré sauver sa famille, son âme, et c’est ce qui lui est donné de comprendre, juste avant que son cerveau ne l’abandonne au cœur de ce lieu où son innocence fut perdue à jamais.

Une fois n’est pas coutume, c’est sur sa plus belle image que se conclut True Detective. Au front, au cœur de la jungle, Wayne retourne à la Jungle qu’il n’avait jamais quitté.

La saison 3 est disponible sur OCS GO en intégralité.

Notre critique des cinq premiers épisodes est à retrouver ici.

 

photo, Mahershala Ali

commentaires lecteurs votre commentaire !

Mr Vide
27/05/2019 à 09:46

@eroad
Oui , vous avez raison. C'est ce dénouement pour ma part, qui sauve le manque de tension général.
Le final est très pertinent, un accident pour le garçon et une adoption forcée pour la fille. Mais finalement le manque de tension voulue pour ne pas toujours user d'effets putassiers est bien vu mais un peu trop lourd à mon goût. On s'ennuie quand même un peu, les personnages sont excellents mais les longueurs pas toujours agréables.
Dommage. Celà dit ça reste de la série intelligente qui aurait méritée, une fois n'est pas coutume, un peu plus de ''trucs'' pour accrocher à l'histoire.

Mimi
11/03/2019 à 07:53

Ou est passé Amélia dans les derniers épisodes.est elle morte ou divorcé!??

eroad
27/02/2019 à 12:36

"Mollesse","pachydermique", les reproches que vous faites à cette nouvelle saison n’appartiennent qu'à vos goûts et non à des impératifs cinématographiques car nombre de séries de haut vol préfèrent distiller plutôt qu'asséner cf The Sharp object, The wire, Justified, The terror... Et il ne faut pas être particulièrement clairvoyant pour intégrer le postulat narratif et esthétique de cette 3eme fausse saison dés le générique au groove si suave, langoureux et visuellement sinueux. Tout est à la fois cohérent et différent d'une saison de duo de flics à l'autre. La saga autant policière qu'existentielle de Nic Pizzolatto a toujours été contemplative du chaos, certes avec ou moins plus de fulgurances (atteignant son apogée dans l'hystérisation de la violence dans la saison 2 et parfois avec grâce). La 1ere saison reste canonique mais pas décisive pour la suite de la série définitivement crépusculaire et nébuleuse. Le temps jugera si les "saisons" suivantes étaient méritées mais il serait un poil malhonnête de bouder son plaisir avec en face 80% des séries d'investigation clonées depuis ... ans et qui elles, sont molles du cortex sans parler du reste. Et ce dernier épisode ne pouvait assurer sa belle conclusion intimiste seulement parce que tous les épisodes précédents le conditionnaient depuis le début.
Pour reprendre le titre de votre article (toujours bien écrit mais à l'exigence pas toujours cohérente) , certes "c'est que de l'amour "mais le plaisir naît de la frustration.

Cooper
26/02/2019 à 22:20

J’avais peur au départ mais finalement j ai beaucoup la fin.

Sigi
26/02/2019 à 15:49

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Sigi
26/02/2019 à 14:40

"La véritable investigation menée par Harris", vous voulez dire "Hays". Harris est le salaud qui bosse pour Hoyt.

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