True Detective Saison 3 Episode 3 : quand ça veut pas...

Simon Riaux | 22 janvier 2019 - MAJ : 22/01/2019 12:43
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Affiche

Après une ouverture immersiveTrue Detective se doit de rendre l'énigme policière au coeur de son récit de plus en plus inextricable et passionnante. Clairement pensée pour reprendre la structure de sa première saison acclamée, cette nouvelle fournée parvient-elle à trouver une identité propre ?

ATTENTION SPOILERS

 

Photo Mahershala AliOn a dit spoilers !

 

LE RETOUR DU REFOULE

En dépit de passerelles évidentes avec son modèle, cette saison 3 était parvenue jusqu'à présent à maintenir chez le spectateur un mélange de forte curiosité et de tension. Bien sûr, la volonté de dupliquer les mécaniques identifiées comme iconiques en 2014 étaient voyantes, mais après tout, régler sa foulée sur celle des géants n'a rien d'absurde, et peut même aboutir à de belles cavalcades. Malheureusement, plusieurs ajustements narratifs entraînent ce troisième épisode sur le terrain du pur décalque.

 

photo Mahershala Ali

 

Tout d'abord, le personnage de Roland se voit considérablement plus développé, ses actions mises en avant et sa psychologie détaillée dans ce troisième chapitre. Il ne s'agit pas d'un mal en soi, mais l'écriture du personnage évoque de manière si évidente celle de Woody Harrelson qu'elle rend parfaitement transparente la performance de Stephen Dorff. Son personnage de flic roublard, volontiers beau-parleur, plus "épais" que son acolyte manque toujours de crédibilité, et pour le moment, de raison d'être.

En l'état, ses actions se révèlent purement mécanique. Pire, plutôt que de fonctionner comme un équipier, nourrissant parallèlement l'enquête, une sorte de second moteur, capable d'apporter son lot d'accélérations ou d'embardée à l'intrigue, il n'est là que pour passer les plats et "téléporter" Wayne, selon les époques et les conflits. En témoigne la dernière séquence de ce chapitre, qui se voudrait de stimulantes retrouvailles entre deux compagnons d'armes mais n'est finalement qu'un checkpoint scénaristique permettant de remettre le personnage de Mahershala Ali sur le devant de la scène.

 

photoUn dîner riche de sous-entendus

 

Y A PAS LE FEU AU LAC DES MORTS

Et du côté de Wayne, clairement l'attraction charismatique de True Detective saison 3 jusqu'à présent, le constat est tout aussi amer. Empêtré dans la relation sentimentale naissante avec Amelia (Carmen Ejogo) en 1980, autant que prisonnier d'un couple toxique en 1990, il est condamné à des avancées si microscopiques qu'on ne saisit absolument pas pourquoi Nic Pizzolatto impose semblable lenteur au spectateur.

Bien sûr, reste la possibilité que tous les éléments complaisamment étalés dans ce troisième épisode prennent sens dans les segments qui nous attendent, mais on en doute sérieusement, tant ce que nous découvrons cette semaine est mince.

 

photoQuand une communauté fabrique ses propres ennemis

 

Plus problématique encore, la seule avancée notable nous parvient suite à un événement qui rappelle l'épisode introductif. A la faveur d'une battue, Wayne fait à nouveau cavalier seul, et à nouveau, parce qu'il  est un "damn good detective" repère instantanément une piste fondamentale.

Le scénario nous a déjà exposé combien le protagoniste était un traqueur accompli, un homme capable de traquer avec succès une proie dissimulée dans un vaste environnement hostile, mais si on en est là on ne comprend pas bien pourquoi ses collègues ne se contentent pas de le balancer dans la nature une semaine avec des vivres, histoire qu'il résolve l'enquête tout seul comme un grand.

 

photoUn traqueur sachant traquer

 

Comme d'habitude, ce sont les ambiguités de 2015, la mémoire vacillante de Wayne, qui nous offrent les meilleurs moments. Ainsi, lors d'un échange tendu avec la productrice-journaliste que joue élégamment Sarah Gadon, on comprend qu'il existe encore un pan complet de l'investigation qui nous échappe, comme il échappe aux neurones défaillants de l'ex-flic. Et s'il avait choisi d'oublier ? Et si, question lancinante mais obsédante, il avait enterré un élément clef à l'intérieur de son cerveau ?

Malheureusement, le départ de Jeremy Saulnier se fait cruellement sentir... Ainsi, il reste bien sûr des éléments intrigants, tels que la tragédie qui se resserre progressivement sur le ramasseur d'ordure stigmatisé par une communauté de plus en plus tendue, les zones d'ombre du cerveau de Wayne...

Mais le montage comme la mise en scène ne parviennent que trop rarement à leur donner une forme excitante. Le sentiment que True Detective saison 3 se transforme en un clone trop vide de son modèle et joue la montre pour remplir ses épisodes devient prégnant.

La saison 3 est diffusée sur OCS chaque lundi à 21h sur OCS City.

Notre critique des cinq premiers épisodes est à retrouver ici.

 

photo, Mahershala Ali

commentaires lecteurs votre commentaire !

punaise
24/01/2019 à 00:28

C'est She Even Woke Me Up To Say Goodbye de Jerry Lee Lewis, d'après Google ;)

Guluju
23/01/2019 à 22:04

Moi, j'adhère, j'adore cette country pale. Le temps qui s'écoule et file."Refoulé sans cesse dans le passé ". Quelqu'un connait il le morceau de musique de la dernière scène.?

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