Sherlock Saison 4 - Episode 1 : Et là, c'est le drame

Christophe Foltzer | 3 janvier 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
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saison 4

On peut dire qu'elle nous aura fait attendre cette saison 4. Il faut dire aussi que vu les agendas surchargés de Martin Freeman et Benedict Cumberbatch, on peut déjà s'estimer heureux qu'elle existe. Attention, SPOILERS.

 

Si l'épisode de Noël de l'année dernière nous avait autant surpris que passionnés par son parti-pris risqué et s'était avéré au final un sacré moment de télévision, la barre était placée très haut pour cette quatrième et probablement dernière saison des aventures modernes de Sherlock Holmes. Peut-être un peu trop haut d'ailleurs puisque ce premier épisode déçoit un peu, tout autant qu'il annonce un virage important dans l'histoire. Sans trop en révéler sur le scénario, disons que cet épisode a la lourde charge de régler beaucoup de questions laissées en suspend tout en continuant à faire progresser son aventure et ses personnages. Un pari difficile qu'il ne remplit qu'à moitié.

 

Photo Benedict Cumberbatch, Martin Freeman

 

Finalement, la version officielle sera que Sherlock n'est pas un meurtrier à sang-froid, l'Angleterre ayant trop besoin de lui. Il retourne donc à ses activités, s'occupant l'esprit avec des enquêtes mineures le temps que Moriarty avance ses prochains pions après avoir piraté les réseaux du fond de sa tombe. De son côté, Watson a enfin la vie normale dont il rêvait avec Mary, ils ont même une petite fille du nom de Rosamund Mary et coulent des jours heureux bien que le quotidien de jeune parent soit particulièrement épuisant, surtout lorsque l'on a Sherlock pour meilleur ami. Mais tout ce beau monde forme une belle petite famille dysfonctionnelle qui arrive même à attendrir le détective privé devenu parrain. Evidemment, ce bonheur ne va pas durer et lorsque des bustes de Margaret Thatcher sont détruits un peu partout dans Londres, Sherlock y voit là le retour de Moriarty, bien qu'il n'en comprenne pas encore la logique. Mais la menace pourrait tout aussi bien venir d'un endroit insoupçonné.

 

Photo Sherlock Saison 4 Episode 1

 

ELEMENTAIRE

Après une saison 3 passablement décriée par un grand nombre de spectateurs parce qu'elle semblait renier le procédé mécanique propre à la série au profit de l'approfondissement psychologique de ses personnages principaux (ce qui en faisait justement toute sa force et sa beauté), nous étions curieux de voir comment Sherlock allait rebondir. Et, de ce strict point de vue, la série remplit son contrat haut la main en réglant ses comptes avec son passé. En effet, au prix de nombreux égarements et circonvolutions qui semblent à priori erratiques, cet épisode lève le voile sur le passé de Mary et la confronte à ses responsabilité d'ancienne mercenaire tout en montrant les conséquences de ce passif sur sa nouvelle vie et son entourage. Un épisode qui ne fredonne pas la mélodie du bonheur donc et qui trouve son issue dans un coup de théâtre prévisible certes, mais très efficace qui remet en question beaucoup des enjeux fondamentaux de l'histoire.

 

Photo Sherlock Saison 4 Episode 1

 

Cela dit, il ne faut pas s'attendre à un retour aux sources du procédé narratif qui consistait à réadapter une enquête légendaire de Sherlock Holmes durant un épisode avec une intrigue en fil rouge. Les personnages ont clairement pris le pouvoir et la part policière semble définitivement en retrait en regard des nouveaux enjeux. Cet aspect serial déjà bien esquissé dans la saison 3 et clairement assumé ici risquera fort de perdre de nombreux spectateurs en chemin tant la série semble renier petit à petit ce qu'elle était à la base. Une illusion évidemment, puisque Sherlock n'a jamais été autant elle-même qu'en ce moment.

 

Photo

 

HERCULE ET SHERLOCK

Cependant, c'est peut-être là son principal défaut parce que, fatalement, elle en devient beaucoup plus didactique qu'auparavant et enferme le spectateur dans une passivité dangereuse puisque les enquêtes ne sont qu'une excuse pour nous emmener ailleurs. En effet, la part de mystère ayant disparu, on se retrouve davantage devant une série classique frôlant dangereusement les rivages du soap-opera par moments et on espère que l'épisode de la semaine prochaine saura effacer ces quelques scories.

 

Photo Sherlock Saison 4 Episode 1

 

Mais il ne faut pas s'y tromper, Sherlock reste une série de haut vol. Les personnages sont passionnants, l'univers clairement posé et solide et le propos terriblement profond et efficace. Sous ses atours d'enquêtes alambiquées, Sherlock nous parle encore plus qu'avant de la dualité entre le coeur et le cerveau, de la quête de normalité (et d'une normalisation impossible), du poids de nos failles et nos déviances et des conséquences malheureuses que tout cela peut avoir sur notre parcours et notre avenir si l'on n'y prend pas garde.

On sera par contre un peu moins tolérants sur la réalisation de l'épisode. Sherlock a toujours opté pour une mise en scène novatrice et dynamique et ce premier épisode réalisé par Rachel Talalay (Freddy 6 les copains) pousse le bouchon un peu loin en proposant une construction fouillie, alourdie par des effets visuels un peu trop prononcés. S'ils sont justifiés d'un point de vue psychologique, il demeurent cependant un peu trop ostentatoires et artificiels pour vraiment convaincre.

 

Photo Sherlock Saison 4 Episode 1

 

Ce début de saison 4 risque de surprendre et de décontenancer bon nombre de spectateurs. Mais Sherlock n'en a que faire puisqu'il parle avant tout de l'humain, de ses obsessions et de ses zones d'ombre. Si l'on espère que la série gèrera son format riquiqui pour nous offrir un grand moment de télévision (plus que deux épisodes), elle prouve cependant qu'elle n'a rien perdu de son génie, même lorsqu'il est un peu en retrait. Comme ici.

 

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LambdaZero
05/01/2017 à 00:34

Je viens de le voir, un sacré bon épisode ! D'accord avec la critique.

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