Deadly Class sur Netflix : critique de l'école des assassins

Camille Vignes | 6 septembre 2021
Camille Vignes | 6 septembre 2021

Sortie en 2019 sur Syfy, et annulée dans la foulée faute d'audiences, la série Deadly Class a finalement été sauvée par Netflix. Mais ne vous y trompez pas, contrairement à Lucifer ou Manifest, la plateforme ne lui offrira pas plus de saisons que ce qu'elle n'a déjà. C'est donc l'occasion de se replonger dans cette série, habile carrefour entre un Harry Potter à l'école des sorciers, Assassination Classroom et l'école buissonière. 

DEADLY ADAPTATION

Pour passer à l’écran l’oeuvre créée par Rick Remender, publiée par Urban Comics depuis 2014 et illustrée par l'artiste Wes Craig, Syfy et les frères Russo (derrière les derniers Avengers) n’ont apparemment pas eu le choix que de trahir le matériel d’origine, au moins à minima.

Difficile de passer d'un matériel acide et sanglant, mais aussi déjanté, sombre et violent, sans laisser de côté quelques-unes de ses loufoqueries. D'ailleurs, c'est le jeu de l’adaptation, ne pas retranscrire tout ce que l’œuvre originale propose, et essayer d’en extraire le maximum pour plaire à son nouveau médium et au public qui va avec.

 

photoPolices des adaptations, à votre écoute

 

C’est pour ça que les comics Umbrella Academy sont radicalement différents des deux saisons offertes par Netflix, et que les deux œuvres fonctionnent tout de même très bien, chacune de leur côté. C’est pour ça aussi que, Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban est peut-être la meilleure adaptation de la saga, alors qu’il est aussi le film le plus éloigné de son livre d’origine. Et c’est certainement pour ça aussi que les animes transposés en live action ont autant de mal à exister, parce qu’ils se refusent à faire ce qui est nécessaire pour fonctionner : prendre de la hauteur.

Alors avec son école accueillant des assassins en devenir et ses graines de criminel adolescentes arpentant ses couloirs, à la personnalité plus ou moins troublée par des traumatismes passés, Deadly Class avait de quoi faire. D’autant que, sans pasticher les comics dont elle est tirée, elle pouvait tout de même y trouver assez de choses décalées pour prendre sa place. Mais, malheureusement, Deadly Class n’a d’irrévérencieux que le nom et de mortelles que ses ambitions.

 

photo, María Gabriela de FaríaQue le spectacle commence

 

ASSASSINATION CLASSROOM

Empêtrée dans des histoires de trio amoureux éculées, des caractérisations grotesques et caricaturales de ses personnages, une gestion de ces derniers ridicule (voir catastrophique pour les secondaires) et un scénario mal ficelé, difficile de donner de la profondeur à ses gangs de pouffes, de punks drogués et autres outsiders (dont l’un est le protagoniste principal, au grand étonnement de chacun), de sportif sans cervelle et de surdouée un brin rebelle. Tous sont là pour rejouer cette histoire lycéenne bien connue, qui vampirise les écrans décennies après décennies, en ne variant que ses décors, les noms de ses personnages et la toile de fond qui permettra à tout ce beau monde de tirer des leçons sur la vie. 

C’était dans le titre de la série, Deadly Class, que toutes ses promesses se trouvaient. Et que beaucoup d’entre elles ont simplement été décevantes. L’idée d’assister à l’entraînement physique et mental de futurs tueurs, au sein d’une académie spécialisée là-dedans aurait pu offrir son lot de petits plaisirs visuels et philosophiques. Assassination Classroom, l’anime japonais rendu célèbre, entre autres, par son fameux Koro-senseï, l’a bien fait, et son succès international le prouve.

 

photo, Lana Condor, María Gabriela de FaríaLe bal de promo entre copines, encore

 

Mais à part prôner l’amusement que l’on retire à empoisonner son camarade de classe, ou être félicité d’une bonne note pour avoir mis des bâtons dans les roues de ses co-équipiers lors d’un combat, Deadly Class propose bien peu de chose, et ce peu de chose est presque immanquablement questionnable. Les quelques pauvres séances d’entraînement prodiguées aux élèves auront par ailleurs le plus grand mal à rassasier ceux qui s’attendaient à voir des tueurs apprendre à devenir des tueurs.

Ce ne sont d’ailleurs pas les leçons qu’ils en tireront, étirés en de grands monologues maladroits, potentiellement inintéressants, et très (trop) conscients d’eux-mêmes qui viendront relever le niveau. Plutôt que d’apporter quelque chose au récit, il faut bien avouer qu’ils sont souvent là pour meubler un trou scénaristique, et il faudra attendre le dernier épisode pour qu'enfin, quelque chose d'intelligent sorte de ce bain de sang. 

Ce ne sont pas non plus les décors, ou l’esthétique générale qui réussira à rattraper le tir. On comprend facilement pourquoi cet aspect gothique a été donné à l’école : depuis le succès d’Harry Potter, Deadly Class n’est pas la première création qui aura surfé sur cette esthétique et rempli une telle école d’ados différents. Et puis, il aurait été dommage de ne pas mettre au service du dicton de la série, « Vous pouvez changer le monde avec une balle », tout ce que cette imagerie charrie de mystère et de violence. Mais le tout est quand même moyennement bien exploité. 

 

photo, Lana CondorToujours à la recherche d'un quelconque intérêt

 

BILE NOIRE

Finalement, c’est quand la série se plaît à dévier des codes télévisuels classiques qu’elle est la plus intéressante. Visuellement, rien n’est vraiment critiquable, et il faudrait être difficile pour ne pas se laisser séduire par la réalisation et la mise en scène. Certes cette dernière est parfois un peu dénuée de sens, mais force est de constater qu’Anthony et Joe Russo et le reste de l'équipe de production ont tout fait pour styliser l’ensemble.

Du cadrage aux décors, de la lumière à la bande son (un peu cliché mais fonctionnant très bien), peu de choses sont vraiment décevantes. Et certains moments sont d’ailleurs même de véritables petites réussites. Même si elles ne sont pas aussi nombreuses qu’on le voudrait (à part dans le grand n’importe quoi jouissif de son final), les scènes de bastons portent régulièrement en elles assez de violence et assez de ridicule pour être vraiment distrayantes et répondre aux attentes des spectateurs. Les ralentis aussi, que l'on peut trouver trop nombreux, donnent à l'ensemble quelque chose de cartoonesque et de clownesque qui a le mérite de dynamiser le récit et de stimuler le regard.

 

photoDouce et réconfortante vision

 

Et, si l’image est parfois simplement désagréable à regarder (parce qu’affligée d’un filtre digne du meilleur Instagram de 2012, pour rejouer le coup du trip sous acide du personnage principal, par exemple), à d’autres moments, elle est clairement amusante. Comme quand Marcus (Benjamin Wadsworth), tiraillé entre sa gueule de bois et un taux d'alcool dans le sang encore beaucoup trop élevé, imagine sa petite amie déclamer de grandes idées sur l’amitié, tout en se remémorant sa nuit d'infidélité de la veille, le tout servi par une réalisation et un montage ultra pop.

Mais le vrai grand point positif de la série réside dans ses flash-back. Comme souvent, pour introduire l’historique traumatique des personnages, la série use et abuse de retour en arrière. Sauf qu'au lieu d’alourdir le récit (ce qu’ils auraient pu aisément faire vu leur nombre), ils sont de véritables respirations au milieu de l’ensemble éreintant qu’est Deadly Class. Contrairement au reste de la série, ces moments ne sont pas en live action. Réalisés en dessins-animés, reprenant plus ou moins le style très graphique des comics, c'est finalement grâce à eux qu'on retrouve vraiment ce que la série aurait pu avoir de tout à fait choquant et de véritablement agressif.

La saison 1 de Deadly Class est sur Netflix.

 

Affiche officielle

 

Résumé

Derrière sa réalisation dynamique et acidulée, ses flashbacks intelligents et ses quelques sympathiques gerbes de sang, Deadly Class manque de panache. Et ce ne sont pas ses grands discours qui réussiront à faire oublier ses faiblesses scénaristiques. 

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commentaires
Abikyokan
20/09/2021 à 11:58

La série est disponible en langue française mais selon eux leur fournisseur leur a vendu toutes les licences mais dans leur contrat il y a une clause qui interdirait de passer la VF en France ce qui est illogique vu que la série est passé sur SYFY en français en France, je la regarde sur cpasmieux.site comme la plupart de ce que propose Netflix depuis un moment car augmenter les prix des abonnements et ce foutre des gens Netflix France c'est bien le faire pour une grosse économies et moins de services dans notre langue.

Alienlombric
08/09/2021 à 06:30

Netflix n'a pas les droits pour diffuser la série en français.
Bien que l'extrait le soit .

Payer un abonnement qui augmente ses tarifs sans pour autant avoir la possibilité de regarder certaines séries en VF , c'est honteux .

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