Solar Opposites saison 1 : critique d'une famille en or sur Disney+

Antoine Desrues | 2 avril 2021 - MAJ : 02/04/2021 11:07
Antoine Desrues | 2 avril 2021 - MAJ : 02/04/2021 11:07

Après le succès de Rick et Morty, il paraissait évident que la concurrence allait se décarcasser pour créer son propre phénomène d’animation SF aussi fou qu'inventif. La plateforme Hulu a été la première à dégainer avec Solar Opposites, en ayant la bonne idée d’aller chercher directement Justin Roiland, le co-créateur du joyau d’Adult Swim. Alors que la deuxième saison est sortie sur le territoire américain, il nous a paru essentiel de revenir sur cette nouvelle proposition déjantée de l’auteur, dont les huit premiers épisodes sont disponibles en France sur Disney+, dans la rubrique Star.

Mac and us

Deux aliens (Korvo et Terry) et leurs réplicants (Jesse et Yumyulack) parviennent à quitter la planète Schlorp peu de temps avant qu’un astéroïde ne la détruise. Mais pas de bol, cette joyeuse bande s’écrase sur Terre, en plein milieu d’un quartier résidentiel qu’ils vont investir. Voilà le pitch, aussi simple qu’imparable, de Solar Opposites.

Justin Roiland, cette fois accompagné de Mike McMahan (un autre vétéran de Rick et Morty), a la bonne idée de reprendre les codes de la sitcom pour mieux propulser ses extraterrestres dans un monde qu’ils ne comprennent pas. Si la démarche paraît très évidente, le petit grain de sel du showrunner réside dans le fait que la population terrestre blasée n’a que faire de ces envahisseurs du dimanche, ouvrant ainsi de bien plus grandes possibilités scénaristiques.

 

photoUne famille trop familière ?

 

Pour autant, il est impossible pour Solar Opposites de ne pas souffrir de la comparaison avec son modèle. Après tout, Justin Roiland ne cherche même pas à l’éviter, puisque le doubleur de Rick prête sa voix à Korvo, un personnage qui partage trait pour trait les caractéristiques de génial connard du scientifique fou (l’alcoolisme en moins).

Au cours de ses trois premiers épisodes assez laborieux, la série nous incite à faire notre deuil du chef-d'œuvre d’Adult Swim, pour mieux nous embarquer dans une nouvelle danse, alors même que le spectateur peine à en comprendre les pas. Par ricochet, c’est à ce moment-là qu’on se rend compte du véritable miracle de Rick et Morty, qui sait profiter de l'alliance parfaite de Roiland avec Dan Harmon, le créateur de Community.

Pour être plus précis, Roiland fait toujours figure de puits sans fonds d’idées et de concepts débridés, tandis qu’Harmon a appris avec le temps à canaliser cette énergie. Le showrunner est d’ailleurs connu pour sa rigueur structurelle, notamment au travers de sa fameuse théorie du “cercle scénaristique” en huit points (parodiée dans la saison 4 de Rick et Morty). Dès lors, Solar Opposites impose rapidement le manque de cette seconde moitié, à cause des articulations moins adroites de ses péripéties, et de la force amoindrie des émotions qu'elles veulent engendrer, surtout par rapport au désarroi existentiel dévastateur qui a fait le génie de sa grande sœur.

 

photoSchlorp Attacks !

 

Alien-Nation

Néanmoins, pour reprendre notre métaphore dansante, la série parvient petit à petit à trouver son tempo, et à mener un tango aussi mouvementé que jouissif. Puisqu’il parvient à mieux jongler entre ses intrigues principales et secondaires, Roiland fait plus facilement éclore son humour, à commencer par sa régurgitation toujours aussi maline de la pop culture (on retiendra pour cela le running-gag autour du lycée James Earl Jones, auquel Jesse et Yumyulack se rendent).

Et surtout, la série profite du savoir-faire de son équipe créative en la matière. Outre un acting vocal assez dément (sans parler de ses quelques guests savoureux), Solar Opposites déploie avec une belle fluidité sa grammaire visuelle. En profitant des excès possibles de l‘animation, les épisodes trouvent une rythmique comique au poil, souvent épaulée par un jeu sur le travelling et le panoramique qui embrasse les cascades de punchlines et d’actions improbables.

Mine de rien, la série impose progressivement le jusqu’au-boutisme habituel de Roiland, d’une course en voiture menant à une simple chute (la blague du nez au début de l’épisode 6) en passant par la surenchère de retournements de situation permis par certaines menaces. À ce sujet, on se doit de livrer une mention spéciale au Goobler rouge et à P.A.T.R.I.C.I.A., le robot femme au foyer, qui comptent parmi les temps forts de cette saison.

 

photoLE meilleur épisode !

 

Alors certes, Solar Opposites ne parvient pas autant à retourner le cerveau que Rick et Morty, dont la force principale a toujours été d’interroger les dogmes moraux humains en les confrontant à l’indifférence du cosmos. Pour autant, la nouvelle série de Justin Roiland réussit à créer la surprise et à toucher à ce désespoir existentiel lorsqu’elle s’éloigne de sa famille extraterrestre.

Au fil des épisodes, elle pirate son récit par une intrigue a priori tertiaire, à savoir celle du Mur, un immense vivarium dans lequel Yumyulack enferme des humains rapetissés. Très vite, l’expérience menée par le jeune alien devient celle des scénaristes, qui profitent de l’opportunité pour développer une analyse sociologique assez terrifiante. Au travers de quelques scènes finement troussées, la saison 1 observe la naissance accélérée d’une société alternative, devenant inexorablement une dystopie régie par un système totalitaire et religieux.

Et puis, soudainement, Solar Opposites a l’idée de génie d’organiser un épisode entier (le septième) sur cet aparté, qui condense avec un brio désarmant le parcours d’une révolution, pour mieux capter la résignation d’une population formatée, et enfermée dans le cocon presque rassurant d’une matrice du réel. Avec ce pivot magistral, on peut soit choisir d’y voir l’aveu d’échec de la série par rapport à son concept initial, ou bien la promesse d’un potentiel alléchant pour la suite. De notre côté, on préfère voir le verre à moitié plein.

La saison 1 de Solar Opposites a démarré sur Disney+ le 23 février 2021. L'intégralité de ses épisodes est disponible depuis le 2 avril.

 

Affiche officielle

Résumé

Malgré un départ maladroit, Solar Opposites parvient petit à petit à trouver sa voie, et à embrasser l’inventivité folle de Justin Roiland. Certes, l’ombre de Rick et Morty est toujours là, mais la série possède suffisamment de perles comiques et d’idées joyeusement débiles pour donner envie d’en voir plus.

Autre avis Simon Riaux
Difficile de résister à ce trip qui semble de prime abord dupliquer les ficelles de Rick et Morty, avant de trouver sa propre voie, à l'occasion d'un délire sous acide invraisemblablement créatif.
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Lecteurs

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commentaires
Stavos
05/04/2021 à 21:21

Tellement brillante cette intrigue du Mur ! Et c'est tout aussi ouf dans la 2e Saison. En espérant que les deux mondes se rencontrent a un moment donné.

Roukesh
02/04/2021 à 11:31

C'est sympa, on s'ennuie pas, y a de bonnes idées un peu partout. Ca ressemble forcément pas mal à Rick et Morty, mais ça a aussi un côté production Blackpills.
Si vous aimez Rick et Morty et que vous êtes en manque allez-y.

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