OVNI(s) : critique qui vient d'ailleurs sur Canal+

Alexandre Janowiak | 7 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 7 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

OVNI(s) a créé la sensation lors de sa diffusion sur Canal+ début janvier, notamment grâce à sa multitude de références. Et il faut dire que voir la chaîne se concentrer sur un registre un peu plus comique après les dramatiques Le Bureau des légendes et Possessionsafin de rester dans la continuité de l'extravagante La Flammeétait très alléchant. Alors que la série est disponible en DVD et Blu-ray depuis le 3 février, on revient sur le petit phénomène de ce début 2021. Attention quelques spoilers !

série du troisième type

Dans le dernier tiers de la série Canal + apparaît un jeune Steven Spielberg (oui, ben on vous avait dit qu'il y aurait des spoilers) qui vient rendre visite au GEPAN, le Groupe d'études des phénomènes aérospatiaux non identifiés, au coeur de la série. L'objectif ? Prendre des notes sur la branche du CNES et trouver l'inspiration pour son prochain film sur les extraterrestres. Le moyen de réécrire l'histoire et d'imaginer que le cinéaste a finalement eu l'idée de faire son E.T. l'extra-terrestre après sa visite en France (ce qui est évidemment une pure légende).

Toutefois, le passage de Spielberg (incarné par Paul Spera) dans la série permet de définir (ou plutôt confirmer) l'énorme influence de l'oeuvre du cinéaste sur OVNI(s) (notamment l'inévitable Rencontres du troisième type). Car, OVNI(s) n'est pas tant une série sur les extraterrestres eux-mêmes, qu'une oeuvre sur l'humain et ses différences.

 

Photo Melvil PoupaudUn hommage drôle et pertinent

 

Au fil des épisodes, il y a quelque chose d'assez fascinant à voir évoluer Didier Mathure, le personnage principal incarné par l'excellent Melvil Poupaud, au sein du GEPAN, et surtout au sein de sa propre famille. En effet, OVNI(s) raconte l'histoire de Didier Mathure et son arrivée, contre son gré, à la tête du GEPAN. En tant qu'ingénieur et scientifique de renom, il est alors confronté à ses propres convictions et à son cartésianisme, faisant face à trois collègues particulièrement atypiques. Toutefois, la recherche extraterrestre n'est peut-être pas celle qu'on croit et sûrement pas aussi lointaine qu'on ne le pense.

Comme le dit si bien le Steven Spielberg de la série à Didier Mathure : "Tout ça, le scientifique sûr de lui, c'est un écran de fumée. Au fond de vous, je vois un enfant, plein de peur et d'émerveillement. Comme si vous n'étiez pas tout à fait de ce monde. Comme si c'était vous l'extraterrestre". Car oui, en regardant Didier Mathure évoluer avec ses enfants, il ne semble pas à son aise, totalement déconnecté de sa propre descendance... comme s'ils étaient finalement ses propres extraterrestres à lui (et inversement).

 

Photo Melvil Poupaud, Géraldine PailhasUn homme déconnecté sentimentalement

 

C'est dans ces moments plus intimes, que la série Canal+ réussit alors à toucher (bien aidé par la superbe bande-originale signée Thylacine), reprenant à merveille la lignée de l'oeuvre SF de Spielberg. Didier Mathure n'est pas tant un humain qu'un extraterrestre pour les autres, tout comme son entourage lui semble presque étranger.

C'est ce qui permet à la série de grandir, de s'envoler au fur et à mesure de son récit, le personnage basculant peu à peu dans la rêverie, le fantasme d'un imaginaire lointain et donc de retrouver l'émerveillement qui lui manquait tant (professionnellement et personnellement).

 

photoEntre imaginaire et Jean-Michel Jarre

 

L'ÉTRANGE AUX TROUSSES

Pour autant, OVNI(s) est très loin d'être une pure réussite. Certes, il y a une tendresse souvent touchante, une fantaisie bienvenue et une loufoquerie qui donne à la série ce sentiment d'intemporalité, comme si son action était hors du temps (bien qu'elle soit pleinement ancrée dans les années 70 à travers ses décors). On ne pourra pas non plus lui enlever quelques situations très drôles (l'explication du chat de Schrödinger, la fameuse boule à facette) et des dialogues souvent rondement menés (quelques blagues amusantes sur la Zone 51).

Mais au-delà de ça, la série créée par Clémence Dargent et Martin Douaire (et réalisée par Antony Cordier) manque surtout de souffle. Avec douze épisodes d'une trentaine de minutes chacun, elle semblait pourtant capable de tenir ses enjeux à un rythme soutenu. Il n'en est finalement rien, tant la série souffre de son format sur la longueur. Les personnages finissent par stagner et les péripéties par avoir un air de déjà vu. De quoi largement décontenancer tant le sujet aurait pu (et du) ouvrir une multitude de possibilités.

 

Photo Daphne Patakia, Melvil Poupaud, Quentin DolmaireUne fine équipe

 

Reste alors, non sans une certaine réjouissance, une ribambelle de petites références jubilatoires à la pop-culture. Si Steven Spielberg infuse de tout son long la série (comme on le disait plus haut), la création originale Canal+ ressemble évidemment à un X-Files à la française, sans la présence magnétique de Gillian Anderson tout étant affilié à La Soupe aux choux (dont la musique s'inspire à quelques reprises), le tout dans un humour burlesque à la Gaston Lagaffe (référence évidente pour les personnages incarnés parfaitement par Daphne Patakia et le trop rare Quentin Dolmaire).

Plus que leurs influences, les créateurs pastichent et rendent également beaucoup d'hommages aux grandes oeuvres du cinéma (SF ou non). Outre Alfred Hitchcock et la fameuse scène du rendez-vous de La mort aux trousses, la série est baignée de quelques idées visuelles allégrement pompées sur Brazil de Terry Gilliam ou même Abyss de James Cameron. C'est sans doute cette image que l'on retiendra d'ailleurs le plus d'OVNI(s) tant elle vient, dans une ultime séquence, bouleverser les certitudes de tout à chacun. Comme quoi le merveilleux existe aussi ailleurs, dommage qu'il ne soit pas complètement dans OVNI(s).

OVNI(s) est disponible en intégralité sur MyCanal. La série est aussi disponible en DVD et Blu-ray depuis le 3 février.

 

Affiche officielle

Résumé

Difficile de voir plus qu'un bel et touchant hommage à tout un pan de la SF en OVNI(s), tant la série repose allégrement sur ses références et ne tient pas la course sur la longueur, malgré quelques sublimes moments.

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commentaires
Bubble Ghost
09/02/2021 à 01:28

Puisque vous avez fait une critique de OVNI(S), serait il possible d'en avoir une de 3615 Monique ?... Je serais très curieux de savoir ce que vous en pensez ^^

Alexandre Janowiak - Rédaction
07/02/2021 à 21:52

@Neolink,

On prévoit d'en faire une, si on a le temps, quand la diffusion sera fini oui.

Neolink
07/02/2021 à 21:49

@La Rédaction
Vous pensez faire aussi une critique sur la nouvelle adaptation du Fléau (The Stand) de Stephen King sur Starz ?

roger
07/02/2021 à 20:13

En effet, l'ambiance musicale de cette série est excellente tout comme la série. J'ai vraiment adoré. Et la toute fin est, de mon point de vue, vraiment bluffant. Je ne l'avais absolument pas vu venir. Une série pleine de fraîcheur ou souffle parfois un vent de folie douce bienvenue. Le format 30 minutes par épisode est impeccable : on ne s'ennuie pas une minute.

Petit gros gris
07/02/2021 à 17:43

Canal se moque du spectateur avec cette série qui fait pschitt.

Deny
07/02/2021 à 17:22

@Geoffrey a parfaitement raison, ce qu'il dit c'est exactement ce que je fais avec EL.
Sinon, cette série est sympa, sans plus, les épisodes étant assez inégaux.

Kar
07/02/2021 à 16:17

L'erreur a été d'en faire une série comique. Pas fantastique

Geoffrey Crété - Rédaction
07/02/2021 à 15:58

@Sagahnah

Tout dépend du point de vue.
On peut aussi se dire qu'une critique s'adresse aux personnes qui ont vu la série ou le film, souhaitent lire des avis, et trouver des pistes de réflexion. Pour ensuite réagir, débattre. C'est très largement la valeur des critiques aux origines, et qu'on retrouve encore aujourd'hui dans quantités de magazines spécialisés.

Et pour simplement voir si la critique conseille ou déconseille, il reste la note et le petit résumé à la fin. C'est court, simple, et ça donne un indicateur pour se faire une vague idée.

Sagahnah
07/02/2021 à 15:24

Je poste ça ici, mais je pourrais le poster sous n'importe quel critique. Je ne comprend pas l'idée de faire des critiques avec des spoilers. Pour moi en tout cas, le ut d'une critique, c'est de conseiller ou non le visionnage d'une série à quelqu'un qui ne l'a pas vu ?

thierry A
07/02/2021 à 14:32

J'ai tout aimé, à part la visite du Steven.. ils ne pouvaient pas tenter un deepfake? (idem pour Bourret)

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