Séries

The Comey Rule : critique qui s’attaque à Trump sur Canal+

Par Alexandre Janowiak
29 octobre 2020
MAJ : 5 juin 2021
29 commentaires

En ces temps électoraux, le monde du cinéma et des séries tient particulièrement à participer au débat, entre fiction et réalité, reconstitution ou documentaire. Après Les Sept de Chicago de Aaron Sorkin sur Netflix et Borat : Nouvelle Mission Filmée de Sacha Baron Cohen sur Amazon Prime, la mini-série The Comey Rule de Showtime, diffusée sur Canal+ en France, s’attaque encore plus frontalement à l’administration Trump en revenant sur les coulisses de l’élection présidentielle de 2016.

photo, Brendan Gleeson

TRUMP L’OEIL

Dès les premières photos, The Comey Rule a intrigué pour une chose en particulier : Brendan Gleeson dans la peau de Donald Trump. La transformation de son physique faisait déjà mouche sur les premiers aperçus et la bande-annonce avait fini de nous convaincre que l’acteur, trop rare dans de grands rôles, allait livrer une prestation formidable dans la peau du président polémique.

Après visionnage de la série Showtime, nul doute qu’il s’agit d’une des performances de l’année. The Comey Rule est composée de deux épisodes de près de deux heures chacun à l’origine, mais Canal+ a décidé de découper le tout en quatre épisodes plus digestes d’environ une heure. Le moyen sans doute également de teaser un peu plus l’arrivée de l’acteur en Trump, puisqu’il n’apparaît qu’à partir du troisième épisode.

 

Photo Brendan GleesonBrendan Donald Gleeson

 

Une attente qui vaut particulièrement la peine tant sa présence bouscule complètement le récit, la personnalité du président américain étant tout aussi fascinante que déstabilisante. Lors de sa première apparition, les gesticulations et singeries de l’acteur dans la peau de Trump sont assez déconcertantes, laissant croire quelques instants que l’incarnation ne sera finalement qu’une simple parodie un peu moins ridicule que celle d’Alec Baldwin au SNL.

Un doute qui s’éteint très rapidement lorsque l’on comprend que Trump est finalement un personnage aussi fantasque que les décisions farfelues qu’il prend ou des requêtes illégales qu’il fait au FBI. De facto, lorsque Brendan Gleeson capte pleinement son assurance, son culot ou sa roguerie, jusqu’à complètement s’emparer de ses tics de langage, sa gestuelle, sa démarche et surtout ses mimiques faciales de ses bruits de mastication à la forme de sa bouche en passant inévitablement par son teint orangé, il illumine les séquences autant qu’il les transcende.

 

Photo Brendan GleesonUn travail monstrueux sur les mimiques

 

HIS PRESIDENCY, HIS RULEs ?

The Comey Rule ne tourne toutefois pas uniquement autour de Donald Trump et, au contraire, se concentre surtout sur l’ancien boss du FBI : James Comey. La série est en effet adaptée des mémoires de Comey, Mensonges et vérités, une loyauté à toute épreuve, et revient donc avec précision sur les investigations du FBI durant la présidentielle de 2016 avec l’enquête sur les e-mails de Hillary Clinton, mais également sur les soupçons d’ingérence russe durant la campagne.

La mini-série Showtime est donc particulièrement pointue, développant à l’aide de la fiction, mais également d’énormément d’images d’archives médiatiques, ces deux sujets lourds et précis. À de nombreuses reprises, la série se révèlera d’ailleurs sans doute trop technique pour les spectateurs, les discussions politiques, économiques, sociales et judiciaires se multipliant à travers des dialogues ingrats et peu divertissants.

 

Photo Jeff Daniels, Brendan GleesonUn duel au sommet

 

C’est sans doute ce qui manque à la série : un ou une scénariste capable de vulgariser deux énormes morceaux de la politique américaine des dernières années pour en faire une fiction distrayante en plus d’être pertinente. Le showrunner Billy Ray, derrière les scénarios de Terminator : Dark FateGemini Man et Le Cas Richard Jewell, qui est à la fois au scénario et à la réalisation de The Comey Rule, ne réussit jamais à rendre le récit pleinement cinématographique, là où un Aaron Sorkin aurait sans doute apporté un panache bienvenu.

Par ailleurs, faire de Rod Rosenstein (Scoot McNairy) le narrateur de l’histoire est un choix assez maladroit. Après quatre épisodes, il est difficile de comprendre la raison pour laquelle Billy Ray a décidé de le faire mener le récit, alors même qu’il n’est jamais réellement en son centre. Il s’agissait peut-être d’un moyen de donner une vision plus décentrée de l’affaire, mais concrètement le pari est raté, la narration étant plus heurtée par ces allers-retours qu’épaulée.

 

photo, Holly HunterHolly Hunter qui passe aussi par là

 

BREAKING TRUE NEWS

Billy Ray avait, toutefois, des objectifs bien différents à travers The Comey Rule. Suivre l’excellent Jeff Daniels dans la peau de James Comey est passionnant à bien des égards, le directeur du FBI étant en proie à de profonds dilemmes moraux et de riches questionnements éthiques et intellectuels.

Voir cet homme aux intentions louables se démener pour guider le FBI, lui faire conserver son apolitisme et l’élever au-dessus de la mêlée dans des affaires compliquées, dont les traitements pourraient avoir (ont eu) de grosses conséquences sur le pays offre de jolis moments à la fois émouvants, intimes et révoltants.

 

photo, Jeff DanielsJe jure de dire toute la vérité (trop même)

 

Mais plus qu’un simple divertissement relatant cette histoire, il est clair que Billy Ray voyait en sa mini-série le moyen de remettre sur le devant de la scène un épisode essentiel de l’Histoire américaine récente. Diffusée à quelques semaines (pour les Américains) ou jours (pour nous) de la présidentielle américaine de 2020, The Comey Rule a surtout une portée informative.

Elle est déterminée à dénoncer les agissements de Trump ou en tout cas, à les révéler à la plus grande audience possible avant un vote si crucial. Si son héros pèse en permanence le pour et le contre entre une vérité dangereuse et une discrétion providentielle, la mini-série de Showtime fait le choix de ne rien passer sous silence et de frapper du poing sur la table. Suffisant pour mériter votre attention.

The Comey Rule est diffusée à partir du 29 octobre 2020sur Canal+

 

Affiche US

Rédacteurs :
Résumé

The Comey Rule est souvent rude et trop bavarde, mais n'en reste pas moins une série passionnante sur les coulisses d'une élection présidentielle palpitante et historique. 

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Dirty Cop

Sinon, à part des programmes qui tapent bêtement sur les républicains, y a quelque chose d’intéressant ?

Kyle Reese

Un très beau casting. J’y jetterai surement un œil après les élections US si toute fois le cauchemar s’arrête parce que sinon je crois que j’arrêterai pour un temps de m’intéresser à la politique US, j’ai atteint mes limites concernant la tolérance à ce dangereux clown.

Laurent

Waou une série qui « tape sur Trump » quel courage putain. Respect. A part ça, vous êtes au courant que le Russiagate a fait pschhitt et que c’était un dossier complètement bidon commandé par Hillary ?

Blason

Une propagande anti trump avant les élèctions après Borat, on sent que Hollywood est prêt à tout pour les démocrates.

TOCAP

Ça va être un régal de voir tous les médias français se liquéfier le 3 Novembre …