Vetâla : que vaut la série de zombies indiens sur Netflix ?

Mathieu Jaborska | 26 mai 2020 - MAJ : 26/05/2020 17:39
Mathieu Jaborska | 26 mai 2020 - MAJ : 26/05/2020 17:39

L'interface de Netflix en France a tendance à camoufler la quantité incroyable d'œuvres indiennes qui s'y nichent, au détour d'une recherche. Parmi ces programmes parfois injustement boudés, une proportion non négligeable de contenu original produit par la firme vaut également parfois le coup d'œil. La série de Patrick Graham et Nikhil Mahajan, initiée par Red Chillies Entertainment (co-producteurs de My name is Khan), Vetâla, rentre-t-elle dans cette catégorie ? 

ZOMBIES : COLONIAL MARINES

Initialement intitulée Betaal, la série a reçu le petit surnom de Vetâla chez nous. Comme souvent, les raisons d’un changement de titre, spécifiquement dans nos contrées, ont de quoi intriguer. Peut-être les décideurs de la plateforme ont-ils jugé bon de garder une dénomination plus lourde de sens. En effet, un Vetâla serait un esprit rôdant dans les cimetières, une sorte de démon possédant les âmes n’ayant pas connu de rites funéraires.

 

photoPire joueuse de cache-cache

 

Voilà qui ne coïncide qu’à moitié avec les créatures rencontrées dans ces 4 épisodes. Loin des zombies conséquences d’un virus ou d’une quelconque négligence écologique, tel que le cinéma américain aime les mettre en scène, les bestiaux sont bien le résultat d’une sorte de malédiction lancée des décennies auparavant, et gardée hors de portée du reste du monde par un village ancien.

C’est dans cet amas de traditions que débarque un industriel véreux, bien décidé à déloger le village en question et à exploiter un tunnel effrayant grandement les autochtones. Probablement inspiré par la crise des gilets jaunes, le puissant homme engage donc la police anti-émeute, plus proche de la milice achetable que de l’appareil d’État. Ici néanmoins, les militaires envoyés sont plus armés de fusils d’assaut que de LBD, et ils s’en serviront, surtout une fois que le tunnel est ouvert.

 

photoThe Expendables

 

Frontalement politiques, voire dénuées de toute subtilité, ces prémisses distillées sur l’intégralité du premier épisode représentent bien l’orientation thématique de cette histoire de zombies (car oui, en dépit de la malédiction, ce sont bien des zombies). Articulée autour d’une éternelle confrontation entre le moderne, fédérateur de violence, et la tradition, fédératrice de monstres dévoreurs de tripes, la production ne se démarque en réalité pas tant grâce à ces problématiques. Déjà coincée dans un manichéisme ringard, la courte saison vire au potache lorsque débarquent les vrais soucis, à savoir des morts-vivants coloniaux avec une sacrée fringale et un honorable sens du sacrifice.

Absurde, le principe fait évidemment référence à l’histoire d’un pays marqué par la domination britannique. En gros, l’histoire se répète dans une délicieuse confrontation entre des militaires caricaturaux et des militaires en putréfaction. L’idée, plus marquante quand elle est kitsch (voir le très drôle dernier plan), motive des enjeux centrés sur trois figures ultra classiques : le traître, l’innocente et le repentant. D’une lourdeur impressionnante, ces trois archétypes achèvent le reste de crédibilité du postulat d’origine, et en font dès l’épisode 2 le point de départ d’une farce de série B bien éloignée des considérations sociales introduites en premier lieu.

 

photoLa meilleure réplique de la série, de très loin

 

TO B OR NOT TO B

Très vite, les pistes amorcées s’évaporent pour laisser place à un jeu de massacre super bancal, mais suffisamment rentre-dedans pour être attachant. Le premier épisode, handicapé par des flashbacks tous droits sortis des clips de métal des années 2000, s’avère paradoxalement le plus efficace, grâce à un sens de la progression plutôt agréable et quelques scènes de flippe non négligeables.

La suite ne peut s’empêcher d'accumuler les clichés du genre, mais met en scène des zombies aux maquillages 100 % caoutchouc, n’hésitant pas à faire couler le sang et autres matières prévues pour rester à l’intérieur des êtres humains. Ponctuée par quelques jumpscares pas trop envahissants, cette dissertation horrifique appliquée serait finalement très agréable si elle ne souffrait pas d’un ventre mou trahissant un manque de moyens peu compatible au format choisi. Quel exploit de réussir à ennuyer son spectateur dans une fiction découpée en à peine 4 épisodes !

 

photoLet me in, let me iiiiiiin !

 

On oublie très vite les sous-entendus politiques représentés par ces soldats cadavéreux parfois organisés, parfois sauvages, pour se régaler de temps à autre de leur look ahuri, flippant au début, amusant à la fin. Reste qu’au fond, l’ensemble ne se démarque ni comme une fable sociale pertinente ni comme un spectacle savamment orchestré. Trop fainéante pour faire réfléchir et pour nous empêcher de céder par instant à l’ennui, la série se contente d’exister et de se déployer en pilotage automatique, jusqu'à un final assez crétin pour ne pas nous faire regretter le visionnage. C'est déjà ça.

Vetâla est disponible en intégralité sur Netflix.

 

Affiche officielle

 

Résumé

Pourtant motivée par un postulat original intrigant et un premier épisode prometteur, cette saison de Vetâla n'a ni réel propos, ni la capacité de divertir complètement pendant presque 4 heures. Heureusement, quelques débordements graphiques et une fin amusante évitent à l'ensemble une réputation de navet.

Lecteurs

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commentaires

Michka
21/06/2020 à 22:38

Beaucoup de critiques envers cette série que personnellement je trouve assez bien. Le jeu des acteurs est pas trop mal et l'histoire ne tourne pas en rond avec des conversations qui ralentisse le fil de l'histoire.
Elle vaut le coup d'œil.

Merco
30/05/2020 à 20:50

Je n'aime pas les films de zombie habituellement mais la j'ai complètement accroché à cette webserie.

Pensez vous qu'il y aura d'autres saison ? Mer i

Pamela
27/05/2020 à 17:33

Fautes de frappes précédents com

Pamela
27/05/2020 à 17:32

Jusqu'à aujourd'hui les films et séries de zombies ne me plaisaient plus. En regardant ces 4 épisodes j'ai accroché dans l'immédiat.
Intriguant et imprévisible.
J'ai hâte que la saison 2 sortent. Les zombies il y en avait marre mais des zombies qui parlent, qui courent, qui tirent c'est du jamais vu. Sachant que c'est du sérieux et qu'il n'y a rien de comique. Ce qui est plutôt rare.
Je trouve que les avis sont plutôt légers. Il faut regarder pour juger et comprendre pour apprécier. Je recommande vivement cette série.
Dommage qu'elle ne s'est pas faite sur 8-10 épisodes.

Kouak
27/05/2020 à 14:18

Bonjour,
4 épisodes ? Je vais peut-être me laisser tenter...
Après tout "Ghoul" était pas si mal et c'était aussi l'avis de la rédac' à l'époque, me semble t-il...
En ce moment c'est plutôt la misère niveau plateformes SVOD...
J'en suis rendu à revoir "C'est arrivé près de chez vous" et "Breakfeast club"...
Bref...

Fabien
27/05/2020 à 12:39

La quantité astronomique de contenu disponible de nos jours se fait malheureusement au détriment de la qualité. Je ne me souviens pas avoir vu sur votre site une critique au-delà des 3 étoiles dernièrement...

Arkonen
27/05/2020 à 01:18

Se sont des vampires pas des zombies

ginto
26/05/2020 à 18:51

bon... ok... la serie ne volent pas haut...
ça reste une petite serie B horrifique (à l'ancienne) et un peu drole, malgres elle...

j'mattendais presque a une chorée zombiesque façon bollywood (ça aurait eu de la gueule...mdr)

la serie fait son taf et reste divertissante.... perso, j'ai bien aimé (pour quelqu'un, comme moi qui en a bouffé du zombars depuis les film de George A Romero

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