Kingdom Saison 2 : le retour des zombies coréens de Netflix est-il à la hauteur des attentes ?

Déborah Lechner | 16 mars 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Déborah Lechner | 16 mars 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Après des années de monopole sur les zombies à la télévision, The Walking Dead attire de moins en moins de téléspectateurs et Netflix a de quoi laisser les morts-vivants de AMC encore un peu plus sur la touche avec la série sud-coréenne Kingdom, qui vient de dévoiler sa deuxième saison. 

Attention : spoilers !

WINTER IS COMING 

Kingdom aurait pu connaître un engouement vite étouffé si l’histoire s’était contentée de reprendre le schéma classique de l’invasion zombie en changeant simplement le décor pour celui de la Corée au temps de la dynastie Joseon. Pour se forger une identité et ne pas se noyer dans la masse d’oeuvres reprenant la figure mythique du zombie, la série écrite par Kim Eun-hee a voulu présenter une espèce plus atypique de morts-vivants, en les transformant en prédateurs nocturnes se déplaçant rapidement dans la brume, se fondant dans l’obscurité et frappant des proies presque aveugles en meutes affamées. 

Cette spécificité des infectés permettait de renforcer auprès des téléspectateurs leur dimension horrifique et mystique qui colle très bien avec l’époque plus superstitieuse où ils prennent place. Pour les protagonistes, il s’agissait au contraire d’une vulnérabilité à exploiter, déroulant ainsi le récit de jour et réservant les décapitations et orgies de tripes et de sang pour la nuit. Une construction simple, mais aussi très efficace.

 

photoQuand le chasseur devient la proie

 

Mais la fin de la première saison nous a laissé comprendre que le schéma allait être bouleversé, car ces zombies médiévaux ne craignent en réalité pas la lumière, mais bien la chaleur. Les morts, une fois remis sur pied, peuvent ainsi attaquer n’importe quand dès l’approche de l’hiver, ce que le Prince Lee Chang (Ju Ji-hoon) et ses hommes découvrent dès les premières minutes de l’épisode d'ouverture, qui commence par des hurlements, des rugissements gutturaux et des bruits de lames aiguisées. 

En retournant dans un moule plus traditionnel, ces zombies deviennent une menace encore plus implacable, ce qui paradoxalement les fait aussi perdre un peu de leur sel et les rends moins distinctifs de ceux qu'on retrouve au cinéma avec World War Z ou 28 jours plus tard. Mais c’est parce que cette deuxième saison s’évertue davantage à comprendre les différents mystères qui entourent la maladie par le biais de la guérisseuse Seo Bi (Doona Bae), qui observe chaque symptôme, cherche inlassablement un remède et fait plusieurs découvertes biologiques à cette occasion qui rationalisent l’existence des morts-vivants.

Au final, la série s’éloigne de l’invasion et de ses ravages sur la population pauvre qui se fait décimer sans que les classes élevées ne lèvent le petit doigt, une thématique majeure dans la première saison. Si Kingdom n’est pas devenue avare en scènes épiques et situations tendues, toutes les intrigues convergent désormais vers le complot responsable de l’épidémie, bien plus glaçant que les ressuscités en eux-mêmes. 

 

Ju Ji-hoonLe Prince Lee Chang (Ju Ji-hoon)

 

GAME OF THRONES 

Après avoir disposé toutes les pièces sur l’échiquier dans la première saison, Kingdom a enfin pu démarrer la partie dans la saison 2, résolument plus orientée vers la politique que la survie et le massacre de masse, ce qui ne la rend pas ennuyeuse ou moins intéressante pour autant. On revient ainsi à la raison d’être de la série qui a fait des zombies une conséquence directe de la corruption et de l’avidité du pouvoir, comme une métaphore du mal rongeant petit à petit le pays, et non un phénomène isolé qui aurait révélé les faiblesses de l’humanité, les facettes sombres des plus puissants ou la futilité de leurs guerres et conflits, comme dans The Walking Dead ou Game of Thrones.

La deuxième saison a ainsi recentré le récit sur les causes de la propagation, à savoir le complot et conflit d’intérêt autour de la succession du trône, convoitée par le clan Haewon Cho, mené par Cho Hak Joo (Ryu Seung-ryong), qui tente d’évincer le Prince légitime, ainsi que les motivations secrètes de sa fille, la Reine inféconde Cho Beom-il, qui veut gouverner le peuple en lui donnant un héritier bâtard.

 

photo, Kim Hye-junDe quoi faire passer Daenerys pour une petite joueuse

 

Sa Majesté campée par Kim Hye-jun se révèle donc la véritable menace de Corée, encore plus inarrêtable et cruelle que les hordes de zombies lâchées dans le royaume, et elle aurait mérité pour ça un traitement plus nuancé. À travers les quelques fragments de scénario s’intéressant à ses réelles motivations, on s’imagine que c’est avant tout une femme en manque de reconnaissance, rabaissée du simple fait de son sexe et craignant d’être répudiée pour son infertilité.

Mais ses desseins sont finalement trop manichéens pour que le personnage reste intéressant et consistant jusqu’au bout. Ses apparitions et motivations ajoutent cependant une certaine théâtralité et dramaturgie à l’oeuvre, s’accordant parfaitement avec la mise en scène qui respecte le cérémonial de l’époque, notamment lorsque la caméra s’attarde sur cette reine impitoyable. Le fait de recentrer le récit sur les vivants permet de s’attarder davantage sur certains personnages, notamment Seo-bi qui s’émancipe de sa servitude ou l'ancien chef militaire Ahn Hyun (Jun-ho Heo), torturé par de sombres secrets de guerre.

 

photo, Doona BaeSeo Bi (Doona Bae)

 

Certaines relations ont également pu gagner en profondeur comme celles du Prince Lee Chang avec son père ou son amitié avec Moo Young (Sang-ho Kim), qui se révèle un des protagonistes les plus riches et émouvants de Kingdom. Mais la galerie de personnages était peut-être trop large pour que tout le monde trouve convenablement sa place, d’où certains sacrifices presque obligatoires pour relancer l’action et se débarrasser de personnages qui seraient vite devenus encombrants.

Si Cho Beom Pal (Jun Suk-ho), présenté comme un ennemi lâche et égoïste dans la première saison, s’est transformé en sidekick rigolo et attachant pour progressivement gagner en complexité, Young Shin (Kim Sung-kyu) a lui été laissé sur le carreau. Le chasseur était jusqu’ici un élément central de l’histoire (c’est quand même lui qui a propagé la maladie) et se distinguait par ses efforts pour sauver les plus misérables, en dépit de son geste irréversible. Dans cette deuxième saison, son développement fait du surplace, comme si on en avait déjà fait le tour et qu’il ne lui restait plus qu’à rester fidèle au Prince et tuer du zombie avec son style inimitable pour rester utile. 

 

photo, Ryu Seung-ryongLe jeu des ombres

 

GAME OVER

En plus de son écriture plus singulière des zombies, Kingdom se démarque incontestablement par la réalisation de In-je Park (et du réalisateur de la première saison pour le premier épisode, Kim Seong-hun) qui s’applique à magnifier les costumes et décors, notamment de palais royaux, dont l’esthétisme est déjà irréprochable en soi. Pour sublimer l’image, le réalisateur utilise souvent le contraste créé par l’éclairage à la torche, avec une lumière chaude qui vient casser la quasi-totale obscurité de l’environnement.

En plus d’une mise en scène qui fait l’effort de varier ses idées pour filmer les séquences d’action, le cinéaste essaie malgré tout de retranscrire avec le plus de force possible le fossé entre les gens du peuple et la noblesse, même si le propos est passé à autre chose. Ainsi, le monde rural est grisonnant et chaotique, avec ses allées boueuses et ses couleurs ternes, tandis que les demeures aisées arborent des couleurs vives et flamboyantes. 

 

photo, Ju Ji-hoonImpasse

 

L’intrigue aurait pu être aussi structurée et maîtrisée que la direction artistique et la réalisation si le dernier quart de l’ultime épisode n’avait pas sacrifié sa conclusion épique et son twist final pour une fin ouverte qui suggère un troisième round. Toute l’histoire tournait autour du complot qui a déclenché l’épidémie. La dernière bataille à l'allure fataliste et héroïque contre les infectés, ainsi que le dénouement du noeud politique étaient donc le point final de cette histoire. Le fait de soulever un nouveau mystère, visiblement étranger au clan Haewon Cho, essouffle la dynamique que portait la série jusque dans ses derniers instants, précipités pour préparer le cliffhanger assez raté.

Kingdom a tout pour ne pas être une simple série de morts-vivants qui étire le concept jusqu’à l’écœurement comme The Walking Dead. Les zombies n’étaient qu’un accessoire de la conspiration et maintenant que le Royaume a de nouveau un héritier, ils n’ont plus tellement lieu d’être. Si tout le laisse penser, Netflix n’a toutefois pas encore annoncé de troisième saison. 

La saison 2 de Kingdom est disponible depuis le 13 mars sur Netflix. La saison 1 est aussi disponible sur la plateforme.

 

Affiche

 

Résumé

Après avoir suivi l'étendue de l'épidémie zombie, la deuxième saison de Kingdom se plonge pleinement dans le complot politique qui se cache derrière sans pour autant faire tomber toute la tension installée dans la première, avec une mise en scène travaillée et toujours autant de combats épiques. On espère maintenant que si la série continue, l'intrigue ne s'étirera pas comme du caramel mou.

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commentaires
Deny
05/04/2020 à 02:06

Un cas d'école de fin de série avec 10min de fin étrange et inutile dans le seul but mercantile de renouveler un contrat avec Netflix. 2 saisons (sans ce rajout mercantile) c'est parfait. Très bonne série 4 étoiles.

elodie_sama
23/03/2020 à 11:09

Merci pour cette critique.
Concernant le cliffhanger "raté", je me permets une précision. Les initiés au films/séries coréens auront reconnu l'actrice qui apparaît à la toute fin : Jun Ji Hyun, l'actrice de My Sassy Girl, The Thieves et My Love From The Stars. C'est une méga star en Asie et à l'international. Son caméo était annoncé depuis des mois et était donc très attendu.
C'est donc un peu, pour les initiés, le bonus de la fin. Tout le monde se demande quel rôle elle aura dans la saison 3. La scénariste a déjà fait du teasing en annonçant qu'elle aurait un rôle central si la série est renouvelée par Netflix. :)
Bien à vous.

Moi
17/03/2020 à 17:20

Je suis ok sur votre conclusion. Pour moi la série aurai pu (et aurai du) s'arrêter ) 10min avant la fin de l'épisode. La fin ouverte et mystérieuse est une déception.

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