Mortel saison 1 : que vaut la série fantastique française de Netflix ?

Mathieu Jaborska | 22 novembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Mathieu Jaborska | 22 novembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Netflix continue de produire local et impossible de ne pas être satisfait de cette nouvelle stratégie de la part de la plateforme. On sait à quel point il est difficile de faire du vrai cinéma de genre dans nos contrées, et Marianne n'était pas parfaite, mais restait une belle proposition. Néanmoins, quand la promotion de Mortel a débuté, on s'est avoués plutôt découragés. La bande-annonce promettait plus une série de super-héros pour ado qu'un vrai essai fantastique.

VOODOO PEOPLE

Mais tout ceci n’était qu’un coup de promotion, qui, non content de gâcher complètement les dernières minutes de l’intrigue, se charge également de faire passer la série pour ce qu’elle n’est pas, à savoir une histoire de super-héros calibrée et aseptisée, bradant ses moments d’action au spectateur le plus laxiste. Certes, il est question d’ados recevant des capacités surnaturelles d’un personnage aussi mystérieux que haut en couleur, mais ce n’est pas du tout ce qui motive l’existence de cette fiction à la fois bien de chez nous et bien exotique. En effet, Obé, l’étrange silhouette aux lunettes orange apparait très vite comme un dieu vaudou.

Et c’est la principale mythologie autour de laquelle va s’articuler le récit. Voilà le fantastique promis par Mortel, et les pouvoirs en question vont surtout s’avérer être des moyens plus que des fins, voire des outils au service d'une vengeance mal partie. Déjà à l’honneur dans le fascinant Zombi Child de Bonello, la religion haïtienne est paradoxalement utilisée dans un cadre à peu près aussi réaliste, alors qu’elle s’inscrit tout de même dans une esthétique très pop. Obé ressemble presque à un rappeur lorsqu’il apparait pour la première fois à Sofiane, en quête de son frère Reda. Loin de ne pas savoir sur quel pied danser, cette saison probablement unique se rattrape à son identité profonde : le teen movie.

 

photoImpact avec le diable

 

HIGH SCHOOL MUSICAL

Mortel s’empare d’à peu près tout ce que le genre a pu produire pour en faire une sorte de synthèse… à la française bien sûr. C'est une série écrite pour des ados et les ex-ados, peut-être même par des ados. L’intégralité des choix artistiques repose sur ce principe : la mise en scène ultra dynamique se balade avec aise dans les couloirs de ce lycée de banlieue, sur-rythmée par une bande originale entièrement composée de pop, d'électro ou de rap. À l’instar de l’irruption du titre à chaque début d’épisode, Mortel fait dans l’emphase, dans l’effet, et cherche en permanence à faire accrocher l’ado torturé qui sommeille en chacun de nous.

Loin d’être un simple look, ce choix entraine avec lui les thématiques développées tout au long de la série. Ce qui frappe dans les 2 premiers épisodes, c’est la composante sociale. L’action se déroule dans un lycée de banlieue et ses environs, filmés comme une sorte de microcosme refermé sur lui-même (aussi très pratique sans un budget extraordinaire). Le scénario passe cette idée à la moulinette du point de vue adolescent, quitte à martyriser un peu la personnalité de ses personnages. Au tout début, on a franchement du mal à s’attacher à la brute qu’est Sofiane, endeuillé par un décès expliquant à peu près tout sans nuance. Victor, lui, est tellement renfermé sur lui-même que la quasi-intégralité du bahut le méprise, lui et sa coupe au bol. Les clichés ne sont pas loin.

 

photoBloody Manon Bresch 

 

Heureusement, comme tout teen-movie (teen-série ?) qui se respecte, Mortel met au cœur de son intrigue les évolutions relationnelles de ces deux exclus, bientôt rejoints par Luisa, petite-fille d’une prêtresse vaudoue déterminée à ne pas suivre les pas de son aïeule. Logiquement, tous les protagonistes principaux sont des adolescents mal dans leurs peaux, et les adultes passent presque tous à l’arrière-plan, à l’exception de la CPE, embarquée dans une sous-intrigue thématiquement dispensable, mais nécessaire à la création d’un tel univers.

Ainsi, une des plus belles réussites de la série réside dans la façon dont l’élément fantastique s’articule autour des petits problèmes quotidiens puérils par lesquels on est tous passés. Sofiane, Victor, Luisa et même leur CPE courent avant tout avant l’amour sans lendemain, et doivent concilier leurs pouvoirs, leurs devoirs et leurs envies de meurtres avec leurs romances respectives. En ça, l’écriture, sans particulièrement briller, figure bien les tourments intérieurs de notre prime jeunesse.

 

photoNemo Schiffman et son amoureuse

 

MEGADOSE

Mais ça fait beaucoup de références pour une fiction au format de 6 épisodes, et surtout dotée du budget consacré aux sandwichs dans Game of Thrones. Le récit s’enlise vraiment dans le surnaturel à l’issue d’une soirée qui tourne mal, et se prend les pieds dans son propre discours. L’argument social est vite évacué au profit d’une emphase sur ce qui sépare ces jeunes personnages.

Seulement voilà : tout ne s’emboite pas convenablement, et l’ensemble devient vite confus, surtout qu’on ne repère pas de réelle évolution dans leurs comportements. Les trois principaux protagonistes se cherchent, s’allient, se détestent, se tournent autour… et recommencent le tout, parfois plusieurs fois par épisode.

 

photoJe t'aime, moi non plus

 

Un tel format, un tel sujet, demandait de la simplicité, et le contrat esthétique évoqué plus haut, multipliant les ambiances doucement lumineuses, respecte ce besoin. Néanmoins, tout se télescope sans jamais vraiment décoller. Certains personnages, tels que le fameux Obé, se découvrent une personnalité à la moitié de la série, et révèlent leur profondeur bien trop tard.

L’intrigue semble se chercher en permanence, et les codes très démonstratifs finissent par être des outils pour raccrocher les wagons du scénario et de l’attention du spectateur. Embourbés dans des sous-intrigues parfois plus intéressantes que le récit principal, les arcs narratifs perdent progressivement de l’intérêt, et les objectifs des protagonistes, pourtant trop clairs au début de la série, deviennent trop flous. Les fameux pouvoirs, qui apparaissent assez tôt, en sont le parfait exemple. Simples et efficaces quand ils sont découverts, ils finissent par être utilisés un peu n’importe comment, sortant nos héros d’à peu près toutes les situations.

 

photoCarl Malapa essaie d'attraper une araignée sans la tuer

 

I KISSED A GIRL

C’est d’autant plus dommage que les points clés de la psychologie des personnages principaux peuvent s’avérer passionnants, à l’image du twist de la fin de l’épisode 5, propulsant dans une tout autre dimension un lien émotionnel déjà bien fragile. Mortel n’a pas peur de pénétrer crûment dans la psyché de ses adolescents en quête de repères, quitte à montrer des relations parfois violentes ou une sexualité relativement frontale. La série fait stagner ses thématiques et ses personnages, puis les fait avancer par à-coups. Frustrant.

Ainsi, ni assez simple, ni assez complexe, mais finalement souvent assez linéaire, elle s’oublie vite, car elle ne tient pas le coup dès que ses enjeux se corsent. Le climax du dernier épisode essaie de muscler un peu le jeu, mais se vautre assez facilement, et finit de condamner à l’oubli une œuvre qui aurait gagné à limiter son discours et à offrir une vraie progression à ses personnages.

 

Affiche françaiseNotez notre absence totale de blague sur le titre

Résumé

Assez réussi quand il s'agit de reprendre les codes du teen movie, Mortel se prend un peu les pieds dans ses propres ambitions et trébuche en permanence. Six heures de relations amoureuses adolescentes, aussi plausibles soient-elles, s'oublient vite et tout le vaudou du monde ne peut rattraper ça.

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commentaires
mathelno
11/05/2020 à 13:06

en général j'adore les séries ado, mais là, j'attache pas, j'aime quand les ados parlent bien, ce qui n'est pas le cas ici, j'ai regardé jusqu'au bout du 1er, mais j'accroche pas, le langage de cité ne me convient pas.

Nesse
17/01/2020 à 19:18

1 er épisode, j arrête les acteurs jouent faux.

Rorov94M
24/11/2019 à 20:55

@birdy
Pire,sauf dans les clubs échangistes!

Poubelle la vie
24/11/2019 à 17:53

Strangers Wesh : le titre idéal en effet. Next.

Birdy
24/11/2019 à 09:50

@rorov94: vous etes aussi imbuvable dans la vie que dans vos "critiques" ?

Rorov94M
24/11/2019 à 08:02

La série aurait dû s'appeler STRANGERS WESH!
Les acteurs jouent comme des pieds(avec sneakers)
La réal est la preuve flagrande qu'a la mjc du coin «le grand frère»qui a appris la mise en scène au bras cassé qu'est le réal de cette bouse télévisuelle a dû consommer trop de beu!
Un bon point par contre:
Ont montre la banlieue comme elle est:laide,moche,anxiogène,dangeureuse et sans foi ni loi!pas sûr que cela soit fait exprès...
Comme cette m... de LES MISÉRABLES.

La fille
23/11/2019 à 13:15

Proposition plus qu'intéressante malgré tous ses défauts, surtout pour ce genre qui a beaucoup de mal à se faire sa place dans les productions françaises

remimy83
23/11/2019 à 07:27

“On sait à quel point il est difficile de faire du vrai cinéma de genre dans nos contrées.” Depuis quand Netflix c est du cinéma?

Françafriqueislam
22/11/2019 à 16:32

Bof

Madolic
22/11/2019 à 13:55

J'ai à peine commencer mais c'est l'impression que ça m'a donné, très bon dans les arcs normaux et bcp plus aux fraises quand il s'agit du surnaturel.
Par contre l'intro a un rythme de dingue, en 15min on comprends qui est qui, ce à quoi ils inspirent et tout ça sans que cela fasse rushé.

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