Mytho : que vaut la série phénomène du créateur des Revenants disponible sur Netflix ?

Lino Cassinat | 29 novembre 2019
Lino Cassinat | 29 novembre 2019

On s'est intéressé à Mytho, la nouvelle série de Fabrice Gobert (créateur notamment de Les Revenants) diffusée sur Arte. Et cette histoire de mère de famille mal-aimée (géniale Marina Hands) montant un mensonge autour d'un prétendu cancer du sein pour retrouver un peu d'affection et de chaleur de la part des siens nous a totalement pris à contrepied. La série est disponible sur Netflix depuis le 28 novembre.

ELVIRA BIEN QU'ELVIRA LE DERNIER

Elvira est une mère de famille tout ce qu'il y a de plus normal. Elle a un travail peu passionnant qui la rabaisse, et elle doit en plus faire tourner l'intégralité du foyer qu'elle a construit avec Patrick, compagnon infidèle et blasé, avec lequel elle a eu trois enfants : Sam, l'aîné, homosexuel avec quelques troubles d'identité ; Carole, la cadette, en pleine rébellion adolescente ; et la benjamine Virginie.

Chacun mène sa vie indépendamment... sauf Elvira, qui n'a pas vraiment de vie personnelle. Se sentant invisible et délaissée, elle monte impulsivement un mensonge autour d'un faux cancer du sein. Immédiatement, le comportement de l'intégralité de son entourage change. Mais cela ne la rendra heureuse qu'un temps...

 

photo, Marina HandsUn visage dans la foule

 

Un point de départ très vaudevillesque, pour une série qui pourtant provoque plus de sentiments de malaise et de tension que de rires. Si Mytho fait sourire et même rire parfois, c'est en ayant recours à des ironies froides, et même un peu lugubres. On n'a bien tort de se lancer dans Mytho en pensant y voir la chronique d'une escroquerie mal ficelée, en attendant qu'elle procure un sentiment de jouissance par l'emballement d'un mensonge devenu hors de contrôle.

Mytho est en réalité un portrait psychologique détaillé, une étude presque clinique de caractère, en l'occurrence celui d'une mère de famille qui subit son quotidien et qui, prise dans une spirale mentale insidieuse, finit par faire une sortie de route. Un parcours triste et absurde, conséquence directe d'une situation injuste que Mytho met très bien en lumière, notamment à la faveur d'une séquence de révélation finale particulièrement cruelle et accablante. Si tout le monde ment dans Mytho, Elvira est la seule à mentir pour attirer l'attention, contrairement aux autres personnages qui cachent des choses, et sont donc mal motivés.

 

photo, Mathieu Demy, Mytho Season 1Oui oui, surtout toi

 

MYTHO ? ME TOO

C'est bien la motivation du mensonge qui est centrale dans le récit de Mytho, et c'est un questionnement qui est posé d'une manière qui rappelle assez régulièrement un certain Walter White de Breaking Bad. Toutes proportions gardées bien sûr, mais ceux qui ont encore en tête l'ultime dialogue entre Walter et Skylar ont un bon résumé du programme de Mytho.

Un écho également renforcé par le cadre pavillonnaire, commun aux deux univers, et par une réalisation sèche et feutrée, qui fait naître les mêmes sentiments de tensions sourdes pour les scènes sérieuses et les mêmes rires gênés lors des scènes comiques à contretemps que dans la série de Vince Gilligan.

 

photoRéunion de famille

 

C'est peut-être là d'ailleurs que se trouve la principale limite de Mytho. La série ne tire pas que des avantages de ses cadres posés et de son rythme décalé et ténu. On est régulièrement assailli par le sentiment que la série s'étire parfois artificiellement, soit parce que les intrigues secondaires ne sont pas assez prenantes, soit parce que les inspirations de la série finissent par l'étouffer un peu et ne se marient pas bien avec tous les éléments de la série.

Les arcs narratifs peu inspirés des enfants Sam et Carole en souffrent de la manière la plus flagrante et ont l'air de venir d'une série qui n'a rien à voir avec celle de Fabrice Gobert, mais de nombreuses péripéties secondaires donnent également l'impression de meubler ou de grossièrement appeler du pied une saison 2. Ce n'est donc pas l'histoire qui pose problème, elle très intéressante, ni les dialogues, très réussis, mais les mécaniques du récit sont assez laborieuses la moitié du temps. Tous ces problèmes sont d'ailleurs cristallisés dans un épisode 1 rigide et fonctionnel à la limite du supportable.

 

photo, Mytho Season 1"Tu fais quoi ?" "J'attends la fin de l'épisode 1, après c'est bien !"

 

MARINA, RACONTE-MOI UN MENSONGE

Heureusement, si la souplesse n'est pas le fort de Mytho, elle peut compter sur un casting vraiment brillant pour apporter un peu de vie à un ensemble trop mécanique. La petite Zélie Rixhon impressionne de naturel, tandis que Mathieu Demy compose un fondant portrait de père de famille un peu à côté de la plaque. Principal moteur comique de la série, il est un contrepoint parfait à Marina Hands qui, de son côté, porte l'ensemble avec son talent et montre qu'elle est une actrice à la palette extrêmement riche, profonde et nuancée (notamment à la faveur d'un voyage à Nice, meilleur moment de la série).

 

photo, Marina Hands, Mytho Season 1Marina Hands

 

Pour conclure, malgré ses défauts techniques, qui en rebuteront probablement plus d'un, Mytho est sans aucun doute une série qui vaut le détour, mais cela ne veut pas dire qu'on est optimiste pour la saison 2. La série a beau laisser de nombreuses questions en suspens, ils sont très mal amenés, et, pire encore, cette saison 1 donne le sentiment d'avoir fait le tour complet de ses personnages. Si bien qu'on voit mal où la série pourrait se diriger désormais...

La série Mytho est disponible en DVD et visible en VOD. Elle est également disponible sur Netflix depuis le 28 novembre 2019.

 

photo

Résumé

Même si elle a tendance à s'étirer plus que de raison, Mytho est une série tout à fait convaincante le temps d'une saison, et peut notamment s'appuyer sur une Marina Hands en état de grâce. Pour autant, elle a grillé toutes ses plus belles cartouches, et les éléments constitutifs de la saison 2 entraperçus au cours de ces six épisodes ne donnent vraiment pas envie...

commentaires

Mina
02/12/2019 à 00:56

"Mère de famille normale" ? Être trompée et faire tout le ménage à la fin maison c'est la normalité pour vous ?

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