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The I-Land : Netflix signe encore un bon navet avec sa mini-série façon Lost

Par Camille Vignes
15 septembre 2019
MAJ : 3 octobre 2019
37 commentaires

Après trois premiers épisodes plus que bancals, la nouvelle mini-série de Netflix n’est ni plus ni moins qu’une nouvelle déception, un spectacle sans interêt qui n’ajoute rien au paysage sériel. On fait le bilan de la mini-série The I-Land, créée, produite, scénarisée et réalisée par Neil LaBute. 

ATTENTION SPOILERS !

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VEINES PROMESSES

Les premiers épisodes de The I-Land avaient déjà eu du mal à nous captiver. Laissant entrevoir de grosses faiblesses de réalisation, ils ne dégageaient aucune originalité de mise en scène et ne livraient que très difficilement les noirceurs promises de l’esprit humain. Malheureusement, comme on pouvait s’y attendre, les quatre derniers épisodes n’ont pas su rattraper la mollesse de la caméra, des dialogues et de la caractérisation des personnages des débuts du show.

Au contraire, ils ne font qu’étirer à l’extrême un récit sans profondeur et sans saveur. Leur simple existence est la preuve irréfutable que l’ensemble de la série n’est jamais maîtrisée et que l’équipe de production n’a tout simplement pas su quoi faire avec le concept. Dépourvue de détails et de subtilités, The I-Land est d’une pauvreté à toute épreuve. La série passe à côté de chacune des choses qui auraient pu nourrir le récit, qu’il s’agisse de la difficulté à trouver de l’eau et de la nourriture, des bestioles et autres prédateurs qui auraient pu présenter un véritable danger ou même de la détresse qui devrait envahir des personnes se rendant compte qu’elles sont amnésiques et perdues au milieu de nulle part.

Ces éléments auraient pu épuiser le mental des personnages, les pousser dans leurs retranchements les plus vils pour donner aux spectateurs une idée de ce que peut être la psychose humaine… sauf que non, tout ça est traité par-dessus la jambe.

 

photo, Kate Bosworth, Kota Eberhardt, Kyle Schmid, Michelle VeintimillaAprès le SEUL moment vraiment cool de la série 

 

Et si les trois premiers épisodes de The I-Land fourmillaient déjà de grossières imperfections, le reste de la série s’applique dûment à les perpétuer et, si c’est possible, à appauvrir encore plus le propos. Impossible de ne pas voir le caractère miséreux de la série au premier coup d’oeil tant chaque petit élément porté à l’écran durant le show est une occasion ratée de développer les personnages et le « jeu malsain » qu’est censée représenter l’île.

Si l’on ne dévoilera pas l’ensemble des bavures de la série (ce serait de toute manière trop long), on ne pourra s’empêcher d’en citer au moins une, la plus grossière à nos yeux : l’introduction des personnages. Chacune des caractérisations des personnages ouvre une brèche sur les déviances humaines et est une preuve de l’incapacité sans limites qu’ont Neil LaBute, Lucy Teitler (scénario) et Jonathan Scarfe (réalisation) à les traiter.

Découvrir dans les premières minutes du show une KC (Kate Bosworth) vraiment étrange, presque psychopathe, dessinait une infinité de possibilités pour le reste de la série. Possibilités jamais envisagées tant The I-Land se plaît à défaire ce qu’elle construit (oui, il en sera de même pour chacun des personnages, tous évincés ou bêtement sacrifiés par le récit).

 

photoDommage qu’elle ne soit vraiment malaisante qu’à ce moment-là.

 

N’ÎLE DÉBARQUE

Au-delà de son écriture boiteuse et particulièrement repoussante, The I-Land souffre du manque de talent indiscutable de son réalisateur. Si l’on ne s’attendait pas à une réalisation grandiloquente, l’équipe de production étant quasi inconnue au bataillon, Neil LaBute est passé maître dans l’art de la médiocrité.

Car c’est bien de ça qu’il s’agit. Visuellement The I-Land est vraiment moyenne, souvent gênante et toujours oubliable. Par exemple les plans d’animaux sauvages qui paraissent significatifs (et ressemblant à ceux d’une émission de télé-réalité style Koh-Lanta) auraient pu apporter du corps à l’histoire, annoncer une menace physique imminente, une mauvaise nouvelle ou encore être des espions prêts à passer à l’action pour mettre un peu de piment dans la simulation, mais ils s’avèrent parfaitement inutiles et démontrent l’inhabileté de LaBute et son manque de vision.

 

photoEt une introduction grossière d’une nouvelle arme dans l’histoire, une !

 

Jamais le réalisateur de Nurse Betty ou encore de The Wicker Man ne comprend comment faire passer de l’émotion dans la caméra, comment planter la psychose de certains personnages et la détresse d’autres. Il ne réussit pas à faire de la scène où Brody (Alex Pettyfer) tente de violer Chase (Natalie Martinez) un véritable enjeu, il ne parvient pas non plus créer de l’empathie pour ses personnages les plus « profonds » : K.C n’est n’est jamais plus qu’une Texane brisée et sans intérêt qui, même dans ses flashbacks, n’aliène en rien la caméra.

La détresse absolue, insoutenable de cette femme quand les souvenirs de ses crimes se rappellent à elle ne provoque même pas un semblant de réaction lacrymale chez le spectateur parce que la caméra ne fait preuve d’aucune extravagance, d’aucune volonté d’emphase.

Couronné d’une photographie au mieux inexistante, au pire bien trop numérique, et de décors abracadabrants (on n’a jamais vu une prison pareille) le tout est indéniablement bancal. Un rendez-vous raté.

 

photo, Kate Bosworth, Kyle SchmidNop, pas d’émotions… et pourtant ce n’est pas joice

 

EXPÉRIENCE EN TROP(OLOG)IQUE

Car, ce qui étonne le plus devant The I-Land c’est là ce sentiment de « manqué » qui s’en dégage en permanence. Pensée avant tout comme un thriller d’aventure, une expérience anthropologique noire et violente, la mini-série estampillée Netflix se révèle profondément loupée. La quête de son personnage principal, interprété avec mollesse par Natalie Martinez, est loin de prendre la place qu’elle devrait quand celle du directeur de la prison, par exemple, mais aussi de K.C ou encore de Blair (Sybilla Deen) sont trop souvent rappelée sur le devant de la scène.

Au final, le spectateur se retrouve confronté à une multitude d’intrigues secondaires, sait laquelle devrait être la principale sans que jamais elle ne soit traitée comme telle. Et finalement, il est très difficile de se laisser embarquer dans le récit.

 

photoChemise auto-repassée pour plus de crédibilité

 

Si elle fait semblant d’aborder des sujets intéressants comme l’idée d’inné et d’acquis, de rédemption et de réinvention (voir même de futur dystopique technologique), c’est pour mieux se perdre dans des flashbacks mal maîtrisés et des rebondissements grossiers, le tout en tentant de se racheter et de fidéliser le spectateur avec des cliffhangers outranciers.

Enfin, les deux épisodes hors de l’île dévoilent les tenants et les aboutissements de l’intrigue avec une grossièreté déconcertante. Le personnage principal n’est jamais vraiment acteur des évènements et ne fait que subir son destin. Dans la simulation, l’avenir est dicté par une machine, dans la réalité, la « vérité » est lourdement rendue mystérieuse par les médecins et le corps carcéral, et son dévoilement ne représente (là encore) qu’un enjeu discutable. Finalement, The I-Land n’a aucune puissance et ne brille à aucun moment. On ne sait jamais trop qui de la mise en scène ou du scénario l’emportera dans la compétition à l’inutilité effrénée qu’ils se livrent.

The I-Land est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 12 septembre.

 

Affiche officielle

Rédacteurs :
Résumé

Ce qui aurait pu faire de The I-Land une série malsaine est systématiquement évincé du récit et ce qui aurait pu rendre le spectacle gore est toujours caché. Alors qu'il aurait suffit de faire de la série une expérience sociale déroutante et abrupte (à la Sa Majesté des mouches), Neil LaBute a préféré over-twister un récit dont il n'a jamais compris les enjeux. Le résultat est fade et inachevé. 

Autres avis
  • Alexandre Janowiak

    Un univers à potentiel complètement gâché par un scénario aux rebondissements attendus, aux intrigues oubliées ou expédiées et à la réalisation insipide.

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Gabuzomeu

Je me suis fait complétement avoir avec cette série ! J’étais convaincu que les personnages caricaturaux, les situations grotesques, la succession de scènes clichés tout cela cachait un twist hallucinant ou un 3e niveau de fiction … et ben non !

Dutch

Scénario pas vraiment intéressant, réalisation plus que médiocre (on a souvent l’impression d’être devant une télé novelas), acteurs plutôt mauvais et des dialogues d’un ridicule, malgré tout j’ai tenu jusqu’au bout. C’est pas trop désagréable au final mais on l’aura oublié dans 1 semaine.

Mechanic

Je suis gay et je trouve ça absurde qu’on prétende « en voir partout ».
Peut-être que vous en voyez beaucoup sur des produits teen calibrés type Netflix. Mais si on regarde l’ensemble de la production série et film, va falloir me prouver que « y’en a partout »

Et le principe d’altérité… Ok. Et y’a aussi le principe d’identification, de représentation sociale, d’ouverture dans les cases de dramaturgie.

Propagande LGBT… Ok. Et donc, c’est de la propagande hétéro d’avoir des couples hétéro dans 97% dans histoires ? Les mots ont un sens. Faudra aussi démontrer en quoi c’est de la propagande. Chacun a encore son libre-arbitre, et je suis pas gay parce que j’ai regardé q***r as Folk, pas plus que mon cousin est hétéro parce qu’il a vu Rocky.

Chris

@Grand Monarque,

Je suis gay et même moi ça me saoule à force cette propagande pro LGBT. Pas besoin d’avoir un gay/bi/trans de service dans CHAQUE série, ce qui compte c’est la qualité de l’histoire et non de remplir des quotas ni de cocher des cases dans le cahier des charges du politiquement correct. Je ne suis pas OBLIGÉ d’avoir un gay à l’image pour m’intéresser à l’histoire ou m’identifier aux personnages, ça s’appelle le principe d’altérité, une notion qui se perd.

Je te le dis car j’ai vu qu’on te disait de fermer ta gueule, ce qui est un merveilleux exemple de la soi-disant tolérance progressiste.

Edenever

Tout à fait d’accord avec votre critique : les acteurs jouent mal , scénario incohérent, aucune empathie pour les personnages et très mal réalisé. Perte de temps .
Pourquoi Oa a t il été annulé cette série était un chef d’oeuvre : pourrait on adhérer à une pétition pour avoir son maintien? C’est déjà arrivé qu’une boîte de prod cède à la demande