Annoncé en 2018 par Sony Pictures, ce n'est que deux ans plus tard que le studio a trouvé un réalisateur pour Kraven le chasseur. Et donc, J.C. Chandor, à qui on doit All Is Lost, A Most Violent Year ou encore Triple frontière, aura la lourde tâche de mettre en scène un ennemi de Spider-Man qu'on n'a encore jamais vu sur le grand écran.
Allez, on se remet dans le bain.
l'art de la chasse
Parmi les ennemis de l'Homme-Araignée, beaucoup d'entre eux possèdent un animal-totem, le Vautour, le Rhino, le Scorpion, le Docteur Octopus, le Scarabée, le Lézard, etc. Kraven en est l'exact opposé. Après avoir passé sa vie à chasser les plus grands prédateurs du règne animal, Sergei Kravinoff débarque en ville pour y découvrir son prochain trophée de chasse : Spider-Man. Mais évidemment, Spidey est loin d'être une proie facile et Kraven se prend une dérouillée à chaque fois qu'il s'attaque au héros, même lorsqu'il rejoint les Sinister Six.
Tout a changé en 1987, quand J. M. DeMatteis et Mike Zeck proposent aux lecteurs un récit sombre dans lequel un des super-héros les plus populaires est surpassé par un vilain pas très emblématique. C'est en effet dès le premier chapitre que Kraven parvient à « tuer » Spider-Man. Et l'héritier des tsars ne se contente pas de ça, Kraven va jusqu'à prendre la place de Spider-Man. Il combat (et tue un petit peu) ses « proies » habituelles, le chasseur s'en prend même à Vermine, un homme rat (encore un animal-totem) que seul Captain America a vaincu en un contre un.
Les sombres funérailles de Spider-Man
Quinze jours. Spider-Man a passé quinze jours sans boire ni manger dans un cercueil enterré par Kraven. Il se réveille après un long rêve assez malsain, il est complètement éreinté, il n'a plus de voix et surtout, il est fou de rage. Il est très rare de voir Spider-Man dans cet état, c'était presque du jamais vu à l'époque. Spider-Man trouve pourtant la force de retourner au combat.
Et Kraven fait en sorte que l'Araignée affronte Vermine. Le combat est bref, Spider-Man laisse sa rage prendre le dessus, il domine l'homme rat, puis il s'arrête. Peter Parker se rend compte que ce qu'il fait n'a aucun sens et qu'il ne doit pas se rabaisser à ça. Il comprend aussi que Kraven le met à l'épreuve, il refuse alors de se battre avec un simple « Non », il remporte le deuxième round. Kraven semble satisfait. Vermine, qui en a un peu marre de se faire taper dessus, bondit sur Peter avant de se faire arrêter par Kraven qui le laisse partir. Voici donc la troisième et dernière épreuve du tisseur : arrêter Vermine sur son terrain de jeu.
THE HUNTING OF SPIDER-HOUSE
C'est avec cette run que Kraven s'est hissé au rang de super-vilain incontournable dans l'univers du tisseur new-yorkais. Dommage qu'il meure avant la fin. Car oui, le Kraven de cette série est vieillissant, prêt à mettre fin à ses jours. Mais il est également implacable, imposant, imprévisible, manipulateur et il a plusieurs longueurs d'avance sur les autres personnages. Kraven est devenu le super-vilain ultime alors qu'il n'a, on le rappelle, aucun super-pouvoir.
Si Kraven est un ennemi aussi efficace, c'est parce que ses années de pratique lui ont appris à « devenir » le prédateur qu'il chasse. Il y parvient en partie grâce aux herbes et aux mixtures qu'il consomme avant un combat. Et il faut croire que ces plantes font leur effet, car le chasseur est plutôt en forme pour un homme de plus de 70 ans. Alan Moore et Dave Gibbons se seraient-ils inspirés de Kraven le Chasseur pour créer le personnage du Comédien dans Watchmen ?
Le chasseur chassé tout en chassant
La mort de Kraven serait presque émouvante. Il promet à Spider-Man qu'il ne chassera plus jamais, ce qui signifie tout simplement qu'il va cesser de vivre. Et ce qui est beau, c'est qu'il parle à son vieil ennemi comme à un ami. De son côté, Spidey est loin de se douter que le Chasseur est sur le point de se donner la mort, la plupart de ses adversaires ont un égo surdimensionné, y compris Kraven.
Mais ce dernier a fait tout ce qu'il avait à faire en tant que super-vilain : il a surpassé l'Araignée qui représente le démon responsable de tous ses maux. Il a battu un prédateur que le héros n'a jamais vaincu seul. Et enfin, il a aidé Spider-Man à se relever (littéralement et figurativement). C'est quand Peter part en chasse pour retrouver Vermine que Kraven se tire une balle dans la bouche. Kurt Cobain se serait-il inspiré de Kraven le Chasseur ?
« Ils disent que ma mère était folle. »
Spider-Man ressort grandi (et légèrement traumatisé) de toute cette histoire, la notion de sa propre mortalité a jailli en lui comme un facehugger dans Alien et il n'est pas prêt de l'oublier. Après avoir été si proche de la mort, il sait qu'il ne peut plus reculer face à l'adversité, pas le temps de faire de pause, Vermine doit être impérativement arrêté.
La Dernière Chasse de Kraven se déroule entièrement de nuit, sauf pour les dernières pages durant lesquelles Spider-Man vole au secours de Vermine. Leur affrontement final a lieu dans les égouts, on sent que le héros est épuisé, il réussit à immobiliser la bête, mais son animosité est plus forte que la toile de l'Araignée, il faut donc l'attirer dehors. C'est donc la lumière du jour (la voilà enfin) qui vient à bout de Vermine. Désorienté, le pauvre bougre est à deux doigts de se faire renverser par un camion. Spider-Man le sauve in extremis avant de le livrer aux autorités, il a gagné.
« Toujours vivant, toujours la banane »
Secret hunt
Pour un récit aussi emblématique du Spider-Verse, La Dernière Chasse de Kraven est un récit plutôt intimiste qui n'implique que quatre personnages, c'est-à-dire Peter Parker, alias Spider-Man, son épouse Mary Jane Watson, Kraven le Chasseur et Edward Whelan, alias Vermine. Chacun d'entre eux a des pensées négatives, voire macabres, les quatre se remettent très régulièrement en question. Ils ont aussi des pulsions de mort, même MJ lorsqu'elle tue un rat dans son appartement.
Kraven semble être celui qui se maîtrise le mieux, mais il est tout de même celui qui a manigancé tout ce cirque. Dans un premier temps, la série commence avec Kraven qui se défoule sur ses animaux empaillés, mais surtout, lorsque Spidey vient à sa rencontre après avoir passé deux semaines dans un cercueil, Kraven jubile. Il jubile telle une caricature de vilain qui explique comment et pourquoi il s'en est pris au héros. Le truc, c'est qu'on s'imagine que le monologue de Kraven évolue dans des bulles de pensées. Mais on comprend qu'il parlait bel et bien à voix haute quand Spider-Man le fait taire.
On a hâte de voir Zendaya jouer ce personnage
Dans le premier chapitre, les pensées de Spider-Man et Kraven s'entremêlent jusqu'à ce qu'on ne sache plus trop quelle pensée appartient à qui. Tout comme on a du mal à savoir si le protagoniste de cette run est Spider-Man ou Kraven. C'est justement ce que veut J. M. DeMatteis, semer le doute chez nous, les lecteurs, qui remettons en question notre notion des liens entre un super-héros et ses ennemis récurrents.
En plus, le dessin de Mike Zeck rend l'œuvre encore plus sombre. La ville de New York qui nous est présentée est répugnante, les décors sont souvent crasseux, macabres ou gothiques (ou les trois à la fois). Les expressions faciales sont super convaincantes (et photoréalistes), les monstres sont effrayants, le travail de la coloriste Janet Jackson rend le comics à la fois terne, lugubre, et très... chatoyant.
Un comics à lire à vos enfants quand ils vont se coucher
Et Venom dans tout ça ?
C'est vrai que Peter et MJ en ont pas mal bavé durant la première année de leur mariage, parce que quelques mois après la publication du dernier chapitre de Kraven's Last Hunt, Eddie Brock, alias Venom, fait son apparition pour martyriser le couple dans The Amazing Spider-Man #300. Signé David Michelinie & Todd McFarlane, ce numéro n'est pas aussi dark que La Dernière Chasse de Kraven, même s'il a le mérite de mettre fin au costume noir de Spidey.
Il n'est pas dérisoire de rappeler que Spider-Man : La Dernière Chasse de Kraven arrive dans le monde du comic book américain plusieurs mois avant Batman: The Killing Joke, un comics bien noir qui a pas mal traumatisé les lecteurs. La Dernière Chasse de Kraven est marquant car il nous fait réaliser que Spider-Man n'est pas invincible ou immortel, si un de ses adversaires est suffisamment imprévisible, son sens d'araignée peut lui faire défaut. Et le fait de savoir qu'un héros aussi populaire que Spider-Man peut mourir dans le plus grand des silences est un véritable choc pour les lecteurs et les lectrices.
Un flingue contre Spider-Man ? Quelle bonne idée !
Par la suite, la vulnérabilité de Spider-Man a été exploitée dans une run comme Deadpool Massacre Marvel, où le mercenaire tire une balle dans la tête de l'Araignée, mais il le fait de façon très tirée par les cheveux. Deadpool se serait-il inspiré de Kraven le Chasseur pour tuer Spider-Man dans cet univers parallèle ? Il y a aussi évidemment l'arc Spider-Verse, dans lequel un nombre incalculable de Spider-Men et Spider-Women d'univers parallèles se font massacrer par la famille des Héritiers. Ces derniers se battent à mains nues, comme Kraven, et sont beaucoup trop rapides pour les sens d'araignée, un peu comme Venom.
Deadpool et les Héritiers ne sont pas les seuls à vouloir reproduire l'exploit de Kraven. Le Docteur Octopus l'a fait dans les années 2010, sa conscience s'est emparée du corps de Peter Parker dans la série The Superior Spider-Man écrite par Dan Slott. Doc Ock remplace Spidey pour, en quelque sorte, prouver qu'il ferait un meilleur super-héros. Et comme Kraven, Octopus est à la fin de sa vie dans cet arc.
Otto Octavius, un Spider-Man « supérieur » et violent pendant 31 numéros.
Un petit dernier successeur de Kraven pour la route : Quentin Beck, alias Mysterio. Et là, faites attention, parce qu'on s'apprête à spoiler Daredevil : Sous l'aile du Diable de Kevin Smith et Joe Quesada. Le maître des illusions a ouvertement « volé » des idées à son ancien associé. Mysterio souffre d'un cancer, il n'en a plus pour longtemps. Il décide alors de s'en prendre à Daredevil à qui il va en faire « voir » de toutes les couleurs pour finalement se tirer une balle dans la tête. Mais son stratagème a presque fonctionné, Daredevil a notamment perdu sa bien-aimée et il est au bord de la dépression. Heureusement, Spider-Man est là pour le faire relativiser et lui rappeler pourquoi il a décidé d'être un héros.
Dans The Amazing Spider-Man: Soul of the Hunter, publié en 1992, le tisseur est littéralement hanté par Kraven. J. M. DeMatteis et Mike Zeck sont là pour rappeler que leur petit bijou de 1987 a toujours un impact sur la vie de Peter Parker et que ce traumatisme l'a suivi pendant un moment. Puis, un beau jour, Kraven a été ressuscité par sa famille (quelle surprise pour un personnage de comics). Et récemment, dans la série Chassés (publiée en 2020 chez nous), le chasseur organise un événement digne de Chasse à l'homme dans central Park, des riches y traquent plein de personnages qui ont un animal-totem, on déplore quelques pertes...
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