MADiSON : test du parfait petit cauchemar, entre Insidious et Project Zero

Geoffrey Crété | 23 juillet 2022 - MAJ : 23/07/2022 12:02
Geoffrey Crété | 23 juillet 2022 - MAJ : 23/07/2022 12:02

Un peu de Project Zero, un peu de Layers of Fear, un peu d'Insidious : bienvenue dans MADiSON, un petit jeu d'horreur bien fichu et gentiment angoissant, qui se place dans la directe lignée de Visage, sorti en 2018. Concocté par le studio Bloodious Games, MADiSON reprend tous les ingrédients classique du genre, pour emballer un petit cauchemar classique, mais qui assure avec malice la mission du flippe.

cauche-marre

Une maison hantée qui grince, une vieille dame fripée qui murmure, un démon désarticulé et harceleur, un appareil photo pour révéler ce qui se cache dans l'ombre, le tic tac d'horloges folles, des enregistrements audio flippants... A première vue, il y a de quoi bailler. MADiSON ressemble au guide du jeu vidéo d'horreur pour les nuls, sous forme d'un modeste petit best of de tous les clichés du genre.

Ça commence dans une pièce sombre, où le héros se réveille sans trop savoir ce qui lui est arrivé. Ça continue dans une maison de mamie morte, hantée par l'esprit d'une tueuse en série et d'un démon sorti d'une suite de Mister Babadook. Ça s'excite avec une histoire de possession, de rituel satanique, et d'hallucinations-voyages dans le temps. Et ça se termine en cinq ou six heures, sans difficulté, mais avec quelques sursauts bien sentis.

Concocté par le studio indépendant Bloodious Games, MADiSON est certes une petite chose sans conséquence, mais c'est parfaitement assumé. De toute évidence assemblé et imaginé par une équipe de passionnés, c'est un plaisir plein de défauts, mais diablement efficace.

 

 

LABYRINTHE des sangs

La maison des enfers a beau ressembler à celle de Resident Evil 7, elle a finalement plus à voir avec celle du peintre légèrement fou de Layers of Fear. Dès le premier couloir, le personnage, Lucas, tombe bien malgré lui dans un puits de folie, où le temps et l'espace vont s'envoler, tout comme ses espoirs de survie. Pièces qui se déplacent, objets qui bougent, portes qui s'ouvrent, plafond qui disparaît : toute la panoplie du petit magicien de la terreur est sortie pour transformer cette bicoque en antichambre de l'enfer.

MADiSON use mais n'abuse pas de l'angle mort de la vue à la première personne. Chaque coup d'œil en arrière n'amène pas un jumpscare, et ne révèle pas un environnement qui a muté. Au lieu de ça, le jeu mise sur la tension, l'attente, et surtout les réflexes et habitudes. L'appréhension du prochain coin à franchir ou de la prochaine porte à ouvrir procure une sensation réjouissante, qui donne aux premières heures une sacrée température.

 

MADiSON : photoUn dimanche normal chez mamie

 

Le cauchemar s'écrit ainsi par petites touches. Tout le temps, il y a des grincements et des bruits qui font exister le hors-champ, et font hésiter entre l'option des sons créés par les pas du personnage, et celle de la présence d'autre(s) chose(s). Régulièrement, il y a des objets pas très catholiques qui prennent vie, pour rappeler que tout est possible, et surtout le pire. Et parfois, il y a tout simplement une horrible horreur qui pointe le bout de son nez, et ouvre pendant un court instant les portes de l'enfer.

Dans plusieurs séquences clés, la direction artistique entrouve la porte du pur fantastique, dans de courtes mais belles parenthèses de délire horrifique. Il suffit de quelques objets en lévitation, d'un sous-sol à géographie variable ou d'une armée de vierges pour donner des couleurs ténébreuses au jeu et exciter l'imaginaire, malgré la folklore classique du catho-porn horrifique.

Tout est une question de rythme, et MADiSON sème ces graines de terreur avec suffisamment de malice pour que l'aventure reste constamment excitante.

 

MADiSON : photoVierge m'arrive

 

NOIR DEVIL

Dans son effort de petit best of du genre, MADiSON sort bien évidemment la carte du noir. Du simple recoin sombre au décor entièrement plongé dans l'obscurité, c'est sans surprise un boulevard pour les frissons et sursauts, notamment grâce à l'appareil photo magique. Cousin éloigné de Project Zero, puisqu'il permet de repousser les démons ou révéler la face cachée de certains décors et objets, il devient à la fois le meilleur ami et meilleur ennemi des joueurs et joueuses.

Prendre une photo, c'est voir le bout du couloir, l'emplacement d'une porte, ou la clé de l'énigme. Mais c'est aussi et surtout prendre le risque de révéler et réveiller une créature collée à nos basques, qui dévoilera son horrible face, le temps d'un flash. L'effet est simple et diabolique, surtout quand ce n'est pas nécessaire pour avancer, et que c'est la simple curiosité malsaine qui prend le dessus.

Pourquoi traverser un couloir familier dans le noir, alors qu'il suffit d'un petit flash pour vérifier si le démon n'est pas juste là, au coin du mur ? Pourquoi suivre calmement le mur pour se diriger, alors que l'apparition d'une horrible silhouette à quelques mètres peut confirmer cette légère envie de pleurer, puis se pendre ? Pourquoi rester sagement dans le noir, alors que la lumière peut créer cet éclair d'angoisse pure, et donner toujours envie d'en voir un peu plus, quitte à le regretter ?

 

MADiSON : photoEteindre, rallumer, regretter


Sans surprise, quelques unes des meilleures scènes de MADiSON sont celles qui jouent avec l'obscurité, face à ce néant où tout semble possible — surtout les pires choses. Dans ces moments là, MADiSON utilise de pures ficelles de cinéma, renvoyant à la scène du premier Saw où un personnage essaie de retrouver un intrus chez lui grâce au flash de son appareil photo, ou au malin film d'horreur thaïlandais Shutter (une sombre histoire d'appareil photo et de fantôme).

En combinant cette peur facile et la figure du labyrinthe, le jeu créé quelques moments délicieusements terrifiants, où l'envie d'ouvrir les yeux grâce au flash le dispute à l'envie de les fermer, et courir en chantant du Chantal Goya (ou du Dua Lipa), pour dédramatiser la situation. C'est parfois un peu trop scripté pour véritablement aller au bout de l'idée (la scène au fond du puits, le dédale où la silhouette sert de boussole), mais c'est parfois bien trop pervers pour ne pas être satisfaisant (devoir couper l'électricité pour avancer, et revenir en arrière niveau confiance).

Cerise sur le gateau de frissons : la musique, là encore très classique, mais qui épouse parfaitement les contours du cauchemar pour nourrir les brefs sursauts ou les longs plateaux d'angoisse.

 

MADiSON : photoCrade Investigation

 

knees for speed

MADiSON se prend néanmoins un mur après quelques heures. Très vite, la peur est rongée par l'assurance que ces sursauts ne sont rien d'autre que des sursauts, et que ces démons ne sont que des pantins agités pour le plaisir. Une fois le jumpscare intégré dans le gameplay, le jeu prend la forme d'une petite routine, avec une suite d'énigmes entrecoupées d'apparitions. Les énigmes sont parfois très amusantes (les horloges à réarranger, les labyrinthes colorés à travers le temps, le passage à la morgue), et dignes de bons Point'n Click (zéro ironie, les Point'n Click c'est la vie), mais le sentiment de promenade de santé devient alors de plus en plus fort.

A mesure que ce train-train horrifique devient trop clair, toutes les limites du jeu apparaissent de plus en plus agaçantes : l'inventaire limité pour rien, la voix inutile de Lucas, le décor finalement très resserré, et les facilités et effets faciles (le carnet où Lucas dessine pendant une crise pour indiquer la direction, les enregistrements audio pour dérouler la mythologie).

 

MADiSON : photoEncore des raisons de pas aimer les églises

 

C'est en grande partie à cause d'une intrigue cousue de fil blanc, extrêmement simple, et pourtant trop tordue. Le cauchemar est triple, avec trois démons-machins qui hantent les couloirs et l'esprit du personnage : Madison (qui ne peut être une menace réelle puisqu'elle a besoin de ce pauvre Lucas dans son plan), Blue Knees (le vrai et meilleur de tous, mais qui n'a un vrai rôle qu'à la fin), et Hans Goring (qui n'est qu'un figurant, pour meubler une partie du jeu). Ce petit musée des horreurs manque trop de liens pour que l'histoire tienne debout jusqu'à la fin, avec un vrai impact autour de l'horreur qui s'abat du Lucas.

Garder Blue Knees pour la fin aura dans tous les cas été un choix inspiré, puisque ce monstre aussi affreux qu'effrayant est le vrai visage de la peur. Teasé durant tout le jeu, finalement révélé et libéré par la découverte d'un foutu livre narrant ses prétendues origines, Blue Knees lance le coup d'envoi avec une des images les plus saisissantes de MADiSON : sa petite tête blanche et déconfite, penchée au coin d'une porte, comme une invitation au dernier étage de l'horreur. Cette bestiole rejoint la grande famille des croquemitaines habituels du genre, mais il n'en demeure pas moins étrange, déstabilisant et fascinant.

 

MADiSON : photoENCORE

 

Cette dernière ligne droite face à Blue Knees change les règles du jeu, avec pour la première et dernière fois un sentiment réel de danger. D'un côté, il y a une énigme toute bête mais totalement efficace, puisqu'elle tourne autour d'un vieux tourne-disque et d'une mélodie qui pourrait rendre n'importe quel endroit parfaitement glauque (avertissement : elle vous hantera au moins 48 heures). De l'autre, il y a Blue Knees, qui tombera sur Lucas à un moment ou un autre. Seul le flash de l'appareil pourra le calmer. Le parallèle entre les deux est d'une efficacité certaine, et même si tout ça se rédout en quelques minutes, il y a de beaux frissons de l'angoisse.

Quand arrive le générique de fin, après une conclusion évidemment noire et sale, c'est le souvenir de Blue Knees qui persiste. Son allure de Slender Man anorexique, sa tronche de cartoon passé à la javel, son petit problème d'ophtalmo, et ses apparitions terrifiantes. MADiSON aurait pu s'appeller Blue Knees, mais surtout : Blue Knees mérite de revenir.

 

MADiSON : photo

Résumé

MADiSON ne réinvente ni la roue ni l'horreur, mais ce n'était pas le but. C'est simplement un petit cauchemar à la croisée des grands cauchemars, qui remixe des idées familières pour orchester un couloir de frissons et sursauts. Et merci Blue Knees.

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commentaires
Spidy
23/07/2022 à 14:10

Bonjour, test qui donne envie en tout cas :)
Savez vous s'il sera disponible en version physique ?

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