Marvel's Guardians of the Galaxy - test : oubliez les films, les vrais Gardiens sont ici

JL Techer | 25 octobre 2021 - MAJ : 25/10/2021 15:05
JL Techer | 25 octobre 2021 - MAJ : 25/10/2021 15:05

Les Gardiens de la Galaxie sont des outsiders. Bande de bras cassés mal-aimés, ceux qui auraient bien pu hériter du surnom des "Rebus de la Galaxie", n'étaient pas réellement destinés à de grandes réussites. Ceci s'applique tant aux personnages qu'aux films (qui croyait en James Gunn sérieusement ?), et encore plus au jeu vidéo Marvel's Guardians of the Galaxy. Sur le papier, il s'agissait d'un TPS générique, avec une technique pas prête à brûler les rétines. Pourtant, comme à leur habitude, les Gardiens déjouent tous les pronostics et ouvrent les portes d'une galaxie que l'on ne veut plus quitter.

Rock Rock Till You Drop

Billy Idol s'écrit "White Wedding" dans les écouteurs du walkman de Peter "Star-Lord" Quill. Tout aurait dû bien se passer. Le plan était pourtant sans faille. Une mission de routine, une petite escroquerie, mais sans plus, l'équipe en avait vu d'autre. Alors à quel moment est-ce que ça a pu dérailler ? Pourquoi est-ce que Groot et Gamora se retrouvent cernés par les soldats de Lady Hellbender ? Qu'importe, Quill hurle ses ordres, et virevolte comme un beau diable grâce à ses jet-boots, et tire sur tout ce qui n'a pas l'air d'un arbre, d'un raton laveur ou qui n'a pas la peau verte.   

Rock'n'roll. Il s'agit du meilleur des mots pour décrire l'expérience qu'offre Marvel's Guardians of the Galaxy. Dès les premiers instants de jeu, le titre développé par Square Enix réussit son pari : cueillir le joueur pour l'embarquer loin, très loin dans la galaxie. Faisant écho à la marque de fabrique des films mettant en scène les Gardiens, la bande originale y joue le rôle d'autoroute vers un autre univers. Un univers dont l'ADN est fait de SF débridée et de bulles de nostalgie eighties, le tout secoué par un humour fou. 

 

photoUn look passe partout

 

A contrario à la plupart des productions vidéoludiques qui essaient d'injecter de la dérision dans leur formule ou leurs dialogues, pour souvent se vautrer dans la fange de l'auto-parodie (hello Saints Row), les Gardiens de Square Enix arrivent à être vraiment drôles. Il s'agit même d'une authentique comédie SF vidéoludique. Il n'est pas question ici de simples sourires en coin, ou de hochements de tête entendus, mais bel et bien de vrais rires sincères. Les dialogues entre Drax et Gamora sont un exemple d'écriture humoristique, et entendre Rocket Raccoon lors d'une mission informer de sa position en parlant de la "Team Rocket" est un délice. Saluons au passage une VF excellente, à la hauteur d'une VO exceptionnelle

Qu'il n'y ait pas de méprise cependant : Marvel's Guardian of the Galaxy sait aussi ménager ses ambiances, et les protagonistes ne sont pas des clowns de l'espace. Rocket a un passé déchirant et sait être touchant, Gamora vit avec l'héritage paternel le plus lourd de la galaxie, et même Groot saura se montrer attachant. Il faut toutefois souligner que celui qui a bénéficié du plus grand soin reste Peter Quill. "From Zero to Hero" déclame le faux groupe de heavy metal 80s Star-Lord (créé pour le jeu) sur la bande originale, et on ne saurait mieux décrire le parcours de Quill. 

Grand huit émotionnel embarquant le joueur dès les premières minutes de jeu, à travers un univers aussi coloré que dangereux, Marvel's Guardian of the Galaxy sert un cocktail de missions variées, allant de la mission Fed Ex "qui ne peut que bien se passer", à des phases de shoot'em'up spatial rappelant les glorieuses heures de Starfox 64. Le tout est servi au son d'une OST tantôt furieusement rock'n'roll, puis malicieusement kitsch, de Mötley Crüe : Kickstart My Heart à Frankie Goes To Hollywood : Relax. Mais le vrai talent du jeu réalisé par Eidos Montréal est de parvenir à placer tous ces moyens artistiques au service d'une histoire très habilement écrite. 

 

photoLa célébrité

 

Holding Out for a Hero

BO eighties, humour et grande SF pourraient laisser entendre qu'il s'agit d'une adaptation des films Gardiens de la Galaxie, et rien ne saurait être plus faux. Marvel's Guardians of the Galaxy n'est pas le portage ni le pastiche d'un film de Star-Lord, mais une aventure 100% originale, qui s'inscrit dans la lignée de ce que propose les comics books Gardiens de la Galaxie. En s'appuyant sur le lore papier plutôt que sur le Marvel Cinematic Universe, Square Enix a fait le meilleur des choix, s'ouvrant ainsi le champ des possibles, et a pu créer un scénario avec de réels enjeux.

Dans cet univers, Drax est responsable de la mort du Titan Fou Thanos. Les Gardiens sont donc toujours une bande de pieds nickelés, mais errer dans l'espace avec un héros galactique change forcément la donne. Toutefois, Thanos mort, comment faire pour rivaliser avec la menace qu'il représentait ? Le studio Eidos Montréal a opté pour le fait de ramener de la mythologie Marvel un opposant de choix : le Grand Unificateur Raker, un être cybernétiquement modifié, porte-parole de l’Église Universelle de la Vérité, une secte qui promet de faire disparaitre toute la souffrance de la Galaxie. 

 

photoLe prêtre de la secte Moon-Raker

À mesure que l'on progresse dans le scénario, ce qui semble être la course à la foi d'un illuminé se mue en une menace galactique qui ne cesse de croitre, jusqu'à un incroyable climax. Les Gardiens tiennent en haleine de bout en bout, grâce à une histoire extrêmement bien ficelée, qui se tricote et se détricote au fil des exubérantes rencontres qui jalonnent le scénario (mentions spéciales à Cosmo, le chien télépathe, et à Worldmind du Nova Corps). Celui-ci prend son temps, dissémine ses indices et ses arcs narratifs avec un talent indéniable, et à moins de ne pas avoir la moindre appétence pour l'univers Marvel, impossible de ne pas se laisser prendre au jeu (au propre comme au figuré). 

Soulignons également le soin particulier apporté à la cohérence globale de l'univers, aux relations entre les différentes factions (Église Universelle, Nova Corps...), et à la tessiture des personnages, qui sont tout sauf monocordes. Cerise sur le gâteau, le titre se paye le luxe de proposer des embranchements narratifs plutôt bien sentis, qui implique d'autant plus le joueur, et évite de le laisser en retrait des séquences dialoguées.  

photoComme des bêtes

 

Loin des écueils de l'horrible Marvel's Avengers, où le mode solo n'était en fait qu'un interminable tutoriel, les Gardiens de la Galaxie n'ont pas de scénario prétexte. Au contraire, l'intrigue est même le moteur principal de la progression des joueurs. Pour s'assurer une telle réussite, l'éditeur Square Enix a eu l'idée géniale de confier ce projet à l'équipe du gars sûr d'Eidos Montréal : Jean-François Dugas, le directeur créatif qui a dirigé l'excellent diptyque Deus EX : Human Revolution et Deus Ex : Mankind Divided.

JF Dugas a étroitement collaboré avec le vice-président créatif de Marvel Games, Bill Rosemann, afin de produire un titre respectueux du lore historique des comics Marvel, et des personnages fidèles à leur modèle d'encre et de papier. En résulte une expérience vidéoludique réjouissante, menée tambour battant, mais qui sait aussi offrir des respirations bienvenues (les flashbacks où un Peter Quill adolescent tâche bon gré mal gré de tisser une relation avec sa mère). Néanmoins, malgré toutes les qualités intrinsèques du titre, Marvel's Guardians of the Galaxy est loin d'être un tableau immaculé. 

 

photoTout est sous contrôle (ou pas) 

 

Never gonna give you up

À l'instar de ses héros, le jeu d'Eidos Montréal traine un certain nombre de casseroles, à commencer par une technique pas vraiment à la hauteur des ambitions galactiques du titre. Malgré une direction artistique très colorée, et un style visuel très affirmé, on déplore des animations des protagonistes assez raides, et les modèles 3D, plus particulièrement les modélisations des visages humanoïdes, ne sont pas ce qu'on pourrait attendre d'un jeu next-gen.

Développé en cross-gen, à la fois sur les supports PlayStation 4 et 5, Xbox One et Series, Switch et PC, les Gardiens n'évitent pas le contrecoup habituel de ce type de production : les PS4 et Xbox One sont poussées à bout, alors que les PS5 et Series ne montrent pas tout leur potentiel. Le tout reste cependant agréable à l'oeil, et le fait de ne pas avoir les modèles IRL des acteurs des films ne manque à aucun moment, puisque le MCU est scénaristiquement laissé de côté. 

Le point où les Gardiens peinent à convaincre est le système de combat proposé. Prenant pour ADN un third-person shooter assez générique post-Uncharted/Gears of War, le studio a twisté la recette en plaçant le joueur dans le rôle du capitaine d'une escouade de cinq personnages. La possibilité de solliciter ses camarades en combat en invoquant leurs compétences spéciales (pyrotechnie pour Rocket, immobilisation des ennemis pour Groot, etc.) afin de faire front aux vagues d'ennemis y est donnée. 

 

photoLa bagarre !

 

Les affrontements sont assez nombreux, et si les traditionnels combats de boss sont très bien conçus et pensés, exigeant une certaine stratégie dans la coordination de ses coéquipiers, la masse des autres batailles peut vite devenir confuse. Il est regrettable de ne pas simplement avoir inclus un ralentissement du temps lors de l'ouverture de la roue des compétences des alliés, ou mieux encore, la possibilité d'attribuer un positionnement précis à ses camarades sur le champ de bataille, comme le proposait la saga Mass Effect. Les mêlées auraient ainsi grandement gagné en lisibilité.

Pas de quoi gâcher l'expérience globale, loin de là, mais il est dommage de ne pas avoir peaufiné un chouïa plus ces mécaniques de gameplay, d'autant plus que dans son ensemble, le titre offre une grande variété de situations vidéoludiques, plutôt très réussies. Les énigmes environnementales obligeant à faire appel aux talents spéciaux de ses alliés hors des combats sont très bien vues. Et comment ne pas mentionner ces passages shoot'em'up fun au possible et au goût de trop peu qui offrent le contrôle du Milano, vaisseau de Peter Quill, auquel il ne manque que quelques heures de vol spatial pour venir faire de l'oeil au Normandy du Commandant Shepard. 

photoTop Gun version Space X

 

Ainsi, malgré un emballage technique parfois un peu à la traine, Marvel's Guardians of the Galaxy a tout ce qu'il faut là où il faut pour se faire (presque) tout pardonner. Il parvient à réaliser l'exploit de faire oublier le fiasco Marvel's Avengers, et ce en imposant son propre ton, et sans jamais plagier Marvel's Spider-Man. Avec son humour omniprésent, son ambiance rock'n'roll au possible, un casting mémorable et son récit solide, il réussit à se forger sa propre identité de titre feel-good, qui transpire le plaisir de jeu par chacun de ses pores vidéoludiques

Marvel's Guardians of the Galaxy est disponible sur PS4, PS5, Xbox One, Xbox Series, Nintendo Switch (via Cloud), et PC à compter du 26 octobre 2021

 

cover

Résumé

Transcendé par une galerie de personnages incroyable de justesse, un humour omniprésent et une ambiance complètement folle, Marvel's Guardians of the Galaxy est une réussite inattendue. Le jeu réalise le tour de force de réunir les fans de comics et de jeu vidéo. Sans pour autant parvenir à détrôner Marvel's Spider-Man ou Batman (et sa saga Arkham), Star-Lord et sa bande se placent en haut du palmarès des adaptations réussies. La décision courageuse de prendre pour base les comics ouvre tant le champ des possibles qu'on se met à rêver : Square Enix donnez-nous un Captain Marvel ou un Nova !

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Lecteurs

(3.5)

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commentaires
Retro2000
09/11/2021 à 13:28

J’ai pris bcp de plaisir mais je pense qu’il y a quelques longueurs et répétitions .
Pour une campagne en ligne droite j’aurais vu 2h00 de moins au jeu.

mrjulot
03/11/2021 à 23:14

Le jeu est vraiment bon, je prends plaisir à le faire.
Quelques tranches de rire et de plaisir ^^

Kyle Reese
25/10/2021 à 16:05

Les autres avis semblent plutôt corroborer le votre et c'est tant mieux, ça à l'air très fun et je me laisserai bien tenté vraiment. Juste dommage qu'ils n'ont pu se payer les personnages du film pour en faire une vrai continuité. Mais vaut mieux un bon jeu d'adaptation comme ça que les vrais visages avec un jeu pourri.

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