Les premières images marquent tout de suite. La nature envahissante du sud des Etats-Unis, encore sauvage, qui garnit les grands jardins des propriétés des confédérés est filmée en suivant les racines, la caméra se faufilant entre les feuilles et les immenses arbres. Quelque chose de primitif est dessiné ici, un rapport évident entre un inconscient naturel enfoui et une apparence trompeuse symbolisée par des jolies demeures ou des robes très apprétées. La grappe de femmes qui accueille le yankee blessé dans la maison n’est peut-être pas si claire avec elle-même, enfermée dans des codes de tradition et subissant les pulsions du désir enfoui. Les quelques gestes et paroles du début définissent chacun des caractères de manière assez simple, à la limite de l’utilitaire scénaristique, mais ce procédé fonctionne efficacement pour mieux casser l’intrigue par la suite.
Au bout de quelques minutes, on comprend le changement de point de vue sur le roman – Comme l’on s’y attendait, le sort du soldat qui se retrouve dans le guépier va être analysé du point du vue des femmes avec ce nouveau film. Alors que l’on suivait un Clint Eastowwod sûr de lui mais désabusé dans la version originale, Sofia Coppola construit donc un pensionnat de jeunes femmes victimes d’une manipulation masculine. Pourtant, ce qui semble interesser plus Coppola, c’est le désir que chacune porte sur le beau soldat sans pour autant se l’avouer, une analyse de fond qui est bien plus pertinente que les rouages psychomoteurs conscients et affichés des personnages.
Cette thématique rejoint ainsi celle de son cinéma, et il est fort probable que la réussite du film soit dans les intentions de chacune d’entre elles, qui se retournent les unes contre les autres, dans une bataille amoureuse et sexuellement interdite. Les femmes sont originellement enfermées dans une maison, derrière une immense grille où paradoxalement les hommes peuvent venir manger à peu près quand ils veulent et où ils font la loi. L’empreinte masculine malgré son absence physique fait parti de l’éducation féminine. Faut-il y voir là un message d’éclaircissement sur le propos de Coppola, à savoir qu’avec des rouages sociaux tels qu’ils sont installés au fin fond du territoire, on se retrouvera automatiquement avec un désir féminin réprimé et qui ne fera que se retourner vers l’extérieur, notamment vers l’homme ?
la critique « pour d’un fan »…