Cannes 2017 : Critique à chaud de La Lune de Jupiter

Mise à jour : 24/07/2017 19:03 - Créé : 18 mai 2017 - Chris Huby
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30 réactions

Ce n'est pas tous les jours au cinéma que l'on voit un réfugié syrien s'envoler au dessus de la ville de Budapest tel une figure christique. Ce n'est non plus tous les jours non plus que l'on voit des plans séquences aussi maitrisés dans un film. La Lune de Jupiter a choisi d'aller chercher ses spectateurs avec la surprise.


L'introduction donne tout de suite le ton. Un passage illégal de réfugiés syriens vers l'Europe se déroule dans un drame. La police les découvre sur leurs bateaux et se met à les tirer à vue. dans le chaos, le jeune héros est tout de suite séparé de son père. Au bout de quelques minutes hyper réalistes, asphixiantes et haletantes, sous l'eau et entre les arbres qui défilent à toute vitesse, Aryann se fait tirer dessus plusieurs fois alors qu'il venait juste de reprendre son souffle. Mais plutôt que de mourir des 3 balles qu'il reçoit en plein thorax, il reste en vie et s'envole dans les airs sans comprendre ce qu'il lui arrive. Nous en sommes à 10 minutes de film et déjà l'univers déjanté est posé.

 

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TRIP ET PLAN-SEQUENCE DE FOU

 
La suite est du même niveau. Nous découvrons un médecin peu scrupuleux qui fait échapper des réfugiés attrapés par les forces de l'ordre contre une certaine somme. Grâce à ses réseaux hospitaliers, il fait bénéficier de cette porte de sortie à ceux qui ont le plus d'argent. Petit trafic du quotidien qui cache une dette morale autant que problématique sur son quotidien. Jusqu'au jour où il tombe sur Aryann et sa particularité avec laquelle il va faire affaire.
 
 

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L'histoire de La lune de Jupiter  aurait pu tomber dans des excès pesants d'auteur signifiant. Il n'en est rien. Film à la fois mystique, social, d'action et thriller décalé, l'oeuvre marque d'emblée par sa prise de risque et sa réalisation magistrale. Le choix de fonctionner par des plans séquences réguliers lors des scènes de suspense donne un rythme et une brutalité clairement voulue par le metteur en scène. On assiste à des descentes de police extrêmement troublantes, à des courses poursuites tonitruantes. Plans rapprochés, caméra mouvante, séquences non cutées de plus de 5 minutes, effets spéciaux employés intelligemment, l'originalité formelle tient surtout dans le mélange des genres. Kornel Mundruczo utilise ici une mise en scène coup de poing qui pourrait rappeler celle de Gaspar Noé sur certains points. L'impact est le même.
 

 

ENTER THE VOID

 
Mais le metteur en scène va plus loin. L'histoire se déroule dans une Hongrie dégénérée, entre violences policières, fascisme installé, attentats et morbidité à tous les étages. C'est un pays tout entier qui est ainsi montré du doigt sur son traitement des réfugiés syriens. Si la lune de Jupiter s'appelle Europe, il semblerait bien que la Hongrie en soit encore un misérable satellite, par lequel des milliers de réfugiés doivent automatiquement passer. Utilisation de l'homme par l'homme, petite débrouille au quotidien, violence et amoralisation totale d'une société, voilà ce que nous propose comme vision le réalisateur. L'efficacité du propos tient grâce à cette émotion endiablée et distillée de part en part.
 
 

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Le film est d'une grande ambition de départ et la tient relativement bien. Le message est à la fois clair et efficace. Jamais le spectateur ne s'ennuira, mais sans doute que certains effets lasseront les regards avisés de certains. Pourtant la démesure et le propos de fond doivent être défendus. L'oeuvre demeure accessible par le monde entier, entre science fiction et drame horrible, comme pouvait l'être d'une certaine manière Les Fils de l'homme il y a quelques années qui a d'ailleurs dû un peu l'inspirer par certains côtés. Il s'agît d'une excellente surprise et nous attendons impatiemment la suite de l'oeuvre de Mundruczo qui, espérons, continuera à s'affiner.
 
 

Le cinéma hongrois explose encore une fois par son originalité et son brio, un film très important et qu'il ne faut pas manquer, ne serait-ce que par les moments de grâce qu'il trace tout au long de ses 123 minutes.

 

commentaires

galetas 19/05/2017 à 20:28

Le réalisateur hongrois récidive après l'unique et excellent "WHITE GOD" sur la cause animale.
Vivement sa sortie.
Après les préjugés puérils de certains...
Ne vous inquiétez pas, d'innombrables films formatés sont là pour vous divertir bien sagement.

Cervo 19/05/2017 à 13:21

@magic Trik

Alors choupette, quand on ne sait pas comment fonctionne le cinéma, on s'assoit, on prend des notes. Et on se tait.

Parce que quand un type en est à sa 3ème sélection en compétition officielle et 4ème sélection cannoise, après un film qui a fait un buzz de ouf, BAH OUI, y a un paquet de monde qui va dessus, parce que logiquement, le film peut ambitionner (sans coûter très cher) d'être exploité, donc vendu, donc bénéficiaire, sur beaucoup de territoires et supports.

C'est de la logique de base. De l'économie de base. Pour quelqu'un qui prétend décoder le réel, c'est assez pathétique d'ignorer ce genre de faits... Surtout en confondant les pré-achats télé et la production, surtout quand on connaît les minuscules montants d'Arte en pré-achat...

Bref, c'est tout aussi stupide que de prétendre que les films de Michel Hazanavicius sont américains sous prétexte que la Warner les distribue régulièrement.

Magic Trick 19/05/2017 à 12:55

Mais bien sûr : "Jupiter's Moon est coproduit par les Allemands de Match Factory Productions (Viola Fugen et Michael Weber). Préacheté par ZDF-ARTE, le long métrage est également soutenu par le Hungarian National Film Fund, Eurimages et les fonds régionaux allemands NRW, Medienboard et MDM."

Cervo 19/05/2017 à 11:15

@Magic Trick

Alors.

Le film que tu n'as pas vu et dont tu ne sais rien est un film réalisé par un Hongrois, sur la situation en Hongrie, produit notamment par des producteurs Hongrois.

Donc c'est un film Hongrois.

La ferme, inculte.

Magic Trick 19/05/2017 à 10:52

Ça n'a rien d'un film hongrois, c'est une fois de plus un film global, pétri de bons sentiments et déguisé sous les merveilleux auspices de l'imaginaire pour masquer aux populations occidentales le coût de leur confort et leur annoncer les répercussions prochaines de l'action aveugle de leurs élites (les guerres et les fuites de personnes qui vivaient bien ailleurs jusqu'à ce que nos chers chers d'entreprises multinationales sous couvert de nos Etats aille les contraindre et les diviser pour accaparer leurs ressources). Donc non, je cautionne pas. Que les Syriens retournent en Syrie et remettent de l'ordre sur leur territoire...

the défenders 19/05/2017 à 10:04

sans moi...

Alexandre Janowiak - Rédaction 19/05/2017 à 01:04

@4lstroM

Le film sortira le 1er novembre en France ! :)

4lstroM 19/05/2017 à 00:23

Ca sort quand ?

MystereK 18/05/2017 à 21:02

Magnifique !

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