Cannes 2015 : la Palme d'Or pour Thierry Frémaux

Jacques-Henry Poucave | 25 mai 2015
Jacques-Henry Poucave | 25 mai 2015

Le palmarès est tombé et va générer d’innombrables commentaires. Avant de se demander s’il est légitime, pertinent, historique ou bienvenu, il convient de remarquer que son grand gagnant n’est autre que le sélectionneur du Festival de Cannes, Thierry Frémaux.

Figure incontournable de la Croisette et artisan de sa réussite, le travail de Thierry Frémaux aura été particulièrement scruté et discuté en cette année 2015. Tout d’abord parce que la 68ème édition du plus grand Festival International dédié au cinéma marquait la première année de l’ère post-Gilles Jacob, qui sut marquer de son empreinte le lieu et l’événement.

L'Année de tous les dangers

On guettait donc les attitudes, les bons mots et pourquoi pas les vacheries. Le moindre signe indiquant une complicité accrue avec le nouveau Président, Pierre Lescure, ou à l’inverse le plus infime symptôme de tension, la marque d’un quelconque flottement devait être analysé, décortiqué et amplifié par le délire médiatique entourant la grand messe du Septième Art.

Sans compter que la sélection elle-même avait déclenché un raz de marée de commentaires, assez largement négatifs. Entre ceux qui regrettaient de notables absents, (Jeff Nichols, Ben Wheatley, pour ne citer que les plus illustres), ceux que les habitués de la Croisette agaçaient ou les naïfs espérant encore découvrir une compétition officielle bourrée de premiers films, d’œuvres de genre et de comédies, tout le monde (nous y compris) y alla de son observation aiguisée.

Ajoutons à cela des choix difficilement compréhensibles, telle la présence d’un Gus Van Sant, venu présenter un hilarant nanar, et l’on comprendra que la Croisette s’est rapidement transformée en champ de mines.

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Maudits Français

Mais le marronnier de ce Festival de Cannes fut incontestablement la sélection française. Avec un Desplechin absent de la compétition, sept films en sélection officielle, dont cinq en compétition, Thierry Frémaux était attendu au tournant par une armée de lance-roquettes, l’apitoiement et le french-bashing n’étant jamais mieux pratiqué que par les français eux-mêmes.

Et durant le Festival, ce fut assez largement – et parfois très légitimement – la fête au cinéma hexagonal. Entre un Donzelli et une Maïwenn supposés « nous foutre la honte » (Le Nouvel Obs), une délégation française « pas vraiment à la hauteur du canon Cannois » (Le Monde), la critique aura été impitoyable avec la compétition et son sélectionneur, allant même jusqu'à s'inquiéter de voir "Un Jury en roue libre" (Le Figaro).

Mais on le sait, au fur et à mesure de l’avancée des Festivités, les palmarès putatifs s’accumulent, se contredisent et s’annulent, appelés à se faner sitôt le verdict du Jury rendu. Les critiques aboient, la Palme passe.

Avec trois prix récoltés par la délégation française, Thierry Frémaux a offert à des médias prêts à le vouer aux gémonies une réponse sacrément bien troussée. Nous trouvions ses choix discutables ? Hasardeux ? Absurdes ? Le cinéma français devait être la risée de ses concurrents internationaux ? Cannes s’était-il transformé en petite kermesse hexagonale ?

 

Carton plein pour Frémaux.

Pas pour les frères Coen visiblement, qui ont de facto validé cette politique, choisi de l'honorer et de la surligner . Avec Lindon, Bercot et Audiard, il devient un peu plus délicat de nous auto-flageller et de maudire ce cinéma français qui ne nous offrirait ni acteurs, ni actrices, ni créateurs d’univers dignes de ce nom.

Quant à cette sélection honnie, elle aura permis de mettre en lumière le fascinant Lobster et n'aura pas déplu aux nombreux cinéphiles fascinés par Le Fils de Saul de Lazlo Nemes, incubé par Cannes depuis la CInéfondation.

Il est amusant de constater, quelques heures après le Palmarès, combien les plumes se sont adoucies et les esprits tempérés. De « délirante », la sélection du Festival est devenue « audacieuse » et « prompte à bouleverser les habitudes ». Bien sûr ici et là, demeurent quelques agacés qui n’hésitent pas à sous-entendre que si Audiard a pu remporter la Palme avec son Chiens de paille Tamoul, c’est du fait de la faiblesse générale de cette édition. Avis contesté et contestable.

Le seul fait tangible à l’instant, c’est le pouvoir conservé et consacré de Thierry Frémaux, qui rappelle aux amateurs de tragédie cannoise qu’il n’a pas perdu la main et constitue, à Cannes comme à Lyon le soutien indéfectible et efficace du Septième Art Hexagonal, sinon le gardien d'une certaine cinéphilie française.

Il a su faire du cinéma français le grand gagnant du 68ème Festival, et plutôt que de s’interroger sur la légitimité de celui qui est désormais son premier ambassadeur, il convient peut-être de simplement se réjouir de son existence.

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