Rencontre avec Wes Anderson et Ralph Fiennes (The Grand Budapest Hotel)

Simon Riaux | 21 février 2014
Simon Riaux | 21 février 2014

Nous étions présents ainsi qu'une trentaine de confrères à la conférence de presse parisienne donnée par Wes Anderson et Ralph Fiennes à l'occasion de la sortie prochaine du Grand Budapest Hotel, ours d'argent au Festival de Berlin. Une rencontre forcément atypique, organisée dans les salons de l'hôtel Littré, lieu idéal pour discuter d'une œuvre jouant du décalage. Au cœur d'un décor légèrement suranné, entouré de tablées prêtes à accueillir une livrée de clients pour un tea time cosy, Wes Anderson et Ralph Fiennes ne dépareillent pas et nous retrouvons avec bonheur et surprise l'atmosphère du Grand Budapest Hotel.

 

Véritable marronnier dès lors qu'il est question de son cinéma, on demanda au cinéaste et à son comédien ce qu'il en était réellement des tics visuels de l'auteur et s'ils s'incarnaient en obsessions pendant le tournage. « Je fais énormément de répétitions avant de filmer et même si je multiplie les prises, je laisse s'exprimer l'énergie des comédiens sur le plateau. À ce moment-là, il règne une vie et une anarchie particulière. Les choses sont bien moins cadrées que vous ne le ressentez à l'image. » Quelques rires et haussement de sourcils dans la salle, comme s'il nous était difficile d'imaginer que Wes Anderson soit autre chose qu'un très sympathique obsessionnel compulsif. Il nous dira pourtant, quelques minutes plus tard : « Mes films donnent une image de moi qui est trompeuse, ils reflètent un univers, mais pas ma personne ».

Ralph Fiennes viendra confirmer que malgré l'absolue symétrie de The Grand Budapest Hotel et le soin méticuleux apporté à sa mise en image, les acteurs vivent une expérience loin d'être totalement cadrée. « Les répétitions, le grand nombre de prises enchaînées à toute vitesse finissent par assomer, étourdir puis libérer les comédiens. Ce cadre et ce rythme nous sortent justement de nous-même et nous permettent d'offrir une performance presque hors de nous, très libre ». La complicité entre les deux hommes fait plaisir à voir et ne date pas d'hier, Anderson expliquant qu'il envisageait dès Moonrise Kingdom de confier un rôle essentiel à Fiennes, avant que ce dernier ne disparaisse au cours du processus d'écriture.

 

Le metteur en scène reviendra également sur l'influence dans le style du Grand Budapest Hotel des films hollywoodiens des années 30, notamment ceux réalisés par d'éminents émigrés européens. C'est avec une émotion et une sincérité palpable qu'il revint sur l'apport de Stefan Zweig. Auteur essentiel du XX siècle, qui préféra se donner la mot plutôt que d'assister à la victoire d'un totalitarisme qu'il craignait de voir réduire la civilisation en cendres. C'est l'artiste lui-même qui a inspiré Wes Anderson, plus que son œuvre. Ce sont notamment ses mémoires, témoignage essentiel de son temps, qui marquèrent le réalisateur, désireux de retranscrire une époque où « l'art et le culture étaient partout, où des disputes philosophiques faisaient les gros titres des journaux, où la vie intellectuelle était essentielle ». Sans doute faut-il voir dans le désespoir poli de Gustave H, dans la performance toute de mélancolie et de grâce composée par Ralph Fiennes un hommage délicat à l'immense Sweig.

Lorsque la question lui fut posée de savoir si le cinéma dit du pré-code (les films antérieurs à la censure du code Hays) avait influencé The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson répondit d'abord par la négative, avant de revenir sur le sujet plus abondamment. Car s'il n'a pas travaillé précisément sur cette période avant de tourner son dernier film, il est en revanche tombé dedans au cours de ces six derniers mois, qui lui ont également permis de re-découvrir un grand nombre de métrages qu'il n'analysait pas à l'aune de cette période. Anderson revint ainsi sur des œuvres marquantes telles que Une allumette pour trois, avec Humphrey Bogart et Joan Blondell, Safe in Hell ou encore les comédies musicales de Lubitsch. « Ces films ressemblent encore au cinéma muet, mais on y trouve une véritable anarchie. Ils sont parfois très violent, le résultat est fort, très beau ». Si le pré-code n'a pas été une influence consciente, tout laisse à croire que l'époque aura doucement infusé dans le dernier film de Wes Anderson, où réceptions, bals et flutes de champagnes teintent avec un écho persistant en direction de cette époque fantasmatique.

 

Les bonnes choses ayant une fin, vint le moment d'éteindre nos micros et de courir comme autant de fans de Justin Bieber pour faire dédicacer ici une édition collector, là un dossier de presse. On serra quelques mains, gratifia les deux artistes impressionnants de simplicité de compliments pas trop banals, avant de rentrer dans nos pénates, impatients de redécouvrir The Grand Budapest Hotel.



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