Cannes 2011 -le palmarès

Simon Riaux | 22 mai 2011
Simon Riaux | 22 mai 2011
Pour qu'un festival de Cannes fasse date, reste dans les mémoire, et éventuellement laisse une trace dans l'histoire naissante et tumultueuse du medium cinéma, deux éléments sont requis. Une sélection de qualité, puis un palmarès éclairé sont les deux articulations indispensables pour créer un mouvement révéler une oeuvre, et lui offrir l'opportunité de toucher plus que les vieux barons de la cinéphilie.

L'édition 2010 restera comme le parfait d'exemple d'un échec cinglant. Une sélection en demi-teinte, pour ne pas dire fade, où les ravages de la crise se firent plus fort que jamais, étouffant toute tentative réellement ambitieuse. La palme d'or, en honorant Oncle Boonmee fit le choix de l'aridité, comme le confirma peu de temps après le terrible échec du long-métrage en salle. Ne restait plus aux festivaliers que leurs yeux pour pleurer, et l'espoir de voir la Croisette briller l'année suivante.

Incontestablement, Cannes s'est relevée, et nous a offert un festival exceptionnel, peut-être l'un des plus riches et beaux de son histoire. Avec quelques 20 films en compétition, et bien d'autres encore dans les sections parallèle, le comité de sélection est parvenu à trouver un très grand nombre de perles, qui ont bouleversé les spectateurs. Melancholia, Polisse, Habemus Papam, Le Havre, La Peau que j'habite, We need to talk about Kevin, Pater, L'Apollonide, mais surtout The Artist, Drive et The Tree of life (pour ne citer que ceux là) firent sensation. Ils divisèrent le public, l'enflammèrent le fascinèrent comme rarement. Il faut dire que le spectre des sujets, des visions et des propositions d'auteurs fut d'une ampleur sans commune mesure avec ce que l'on pouvait rêver.

L'attente était grande, tant le jury présidé par Robert de Niro avait là l'occasion de marquer le cinéma mondial d'une pierre blanche, en consacrant des oeuvres exceptionnelles.

Voici donc le palmarès :


Caméra d'or (meilleur premier film) : Las Acacias, de Pablo Giorgelli


Prix du Jury : Polisse de Maïwenn


Prix du scénario : Footnote de Joseph Cedar


Prix d'interprétation féminine : Kirsten Dunst dans Melancholia


Prix d'interprétation masculine : Jean Dujardin dans The Artist


Prix de la mise en scène : Nicolas Winding Refn pour Drive


Grand Prix : ex-aequo Le gamin au vélo, des frères Dardenne et Once upon a time in Anatolia, de Nuri Blige Ceylan


La Palme d'or est attribuée à : The Tree of life de Terrence Malick


La présence de certains films peut agacer, tel que Melancholia, avec Kristen Dunst, dont on voit mal quelle est la performance (uriner sur un terrain de golf n'a jamais tenu lieu de passeport artistique). Les lauréats du grand prix sont tous les trois de grands cinéastes, qui étaient cette année plutôt en petite forme, livrant les oeuvres attendues par la critique, sans doute pas par les spectateurs.

Toutefois, le reste du palmarès est bien le choc annoncé. Dujardin, dont la performance inouïe, ou comment un bavard nous ballade sans baver pendant plus d'une heure, nous offrit un festival d'élégance, de distinction, d'émotion et de finesse, rappelant qu'il y a (encore) d'immenses comédiens en France. Footnote, qui peut surprendre est néanmoins une excellente piqûre de rappel du grand Bob, un prix du meilleur scénario, ce n'est pas un bonus attribué au préféré du jury, mais bien une distinction spécifique qui doit, et c'est le cas aujourd'hui, revenir à une écriture délicate et ciselée, malgré une réalisation imparfaite.

On applaudit à deux mains le prix de la mise en scène reçut par Nicolas Winding Refn, avec ce choix, Cannes rappelle qu'il ne prime pas seulement un cinéma d'auteur hermétique. Drive est en effet un film d'action détonnant, incroyable, où la taule froissée, les gerbes de sang et un humour dévastateur envahissent l'écran, avec plus de force encore que dans Pulp Fiction.

Enfin, récompenser Tree of life, c'est affirmer haut et fort que le cinéma est un art inclassable, qui doit constamment progresser. Malick l'a emmené plus haut et plus loin, nous ne pouvons que l'en remercier. Symptôme amusant de sa réussite : l'aigreur d'une partie de la critique hexagonale, qui prit le film comme une agression en raison de son contenu spirituel. Ceux-là auraient visiblement préféré visionner un tract aride et abscons, en accord avec leurs opinions.

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