Venise - Compte-rendu 7

Laurent Pécha | 7 septembre 2006
Laurent Pécha | 7 septembre 2006

Amadeus …


Pendant que certaines (Ad, So, Al) décident de se faire belles pour aller à la soirée Inland Empire, d'autres (enfin un autre puisqu'il ne reste plus que moi) prennent la décision de se coucher tôt après avoir eu tout de même la joie sympathique d'assister en terre italienne à la victoire de l'Equipe de France sur les champions du monde (sic !). Il faut dire que le programme de la Mostra est ainsi fait que le dernier film de Kenneth Branagh, La Flûte enchantée, adapté de l'opéra de Mozart, ne passe pour la presse qu'à la séance de 8h 30. Mieux vaut donc une bonne nuit de sommeil (ou du moins plus de quatre heures à dormir) pour affronter une œoeuvre chantée de 135 minutes avec aucun sous-titre pour nous venir en aide si ce n'est les incontournables sous-titres italiens.

 

Et il fallait au moins tout cela pour s'accrocher au rythme virevoltant imprégné par la caméra de Branagh. Débutant par un très, très long plan séquence d'une virtuosité inouïe qui nous trimballe d'une tranchée ennemie à l'autre via le sol mais aussi les airs (l'un des plans séquences les plus complexes et les plus bluffants vus à ce jour par l'auteur de ces lignes qui en a vu quelques uns), La Flûte enchantée annonce la couleur d'un spectacle ébouriffant et totalement décomplexé. Si Branagh ne tient pas la distance sur l'ensemble du récit, il reste constant dans l'effort montrant qu'il était bien l'homme de la situation pour transposer l'œuvre de Mozart au cinéma. Etalant une richesse visuelle des plus généreuses, ne se refusant aucun excès, Branagh possède ici la force créatrice des artistes qui croient en eux quelque soit la situation. Dans des décors et costumes splendides, les comédiens-chanteurs, tous épatants, entonnent avec une foi de tous les instants les paroles des chants adaptés en anglais par Stephen Fry et Kenneth Branagh. Et puis, il y a la musique de Mozart, majestueuse, qui se marie souvent magnifiquement bien avec la représentation visuelle qu'en a fait Branagh. Tant pis, si toutes les séquences ne se valent pas, le rythme effréné du récit permet de ne pas s'attarder sur les quelques « ratés » et nous de tomber sous le charme presque enchanteur de cette Flûte éternelle.
LP

 

Voilà un film belge, typé auteur, qui scanne pertinemment l'une de ces crises qui font de chaque cellule familiale une marmite en fusion prète à imploser. Joaquim Lafosse étant méconnu voire inconnu du public et des professionnels, personne n'attendait vraiment cet outsider sélectionné en compétition officielle. C'est donc très agréablement surpris que nous nous sommes laissés glisser dans l'intimité de cette femme divorcée qui voudrait bien cesser de materner ses jumeaux vingtenaires pour refaire sa vie. À y repenser, la présence au casting d'Isabelle Huppert, réputée pour s'illustrer dans des productions aussi pointues qu'ambitieuses, aurait du nous mettre la puce à l'oreille.

 

L'apparente simplicité de la thèmatique abordée par Nue Propriété, sa mise en scène dépouillée, son cadre quasi toujours restreint à résidence, tous ces petits rituels d'un quotidien qui pourrait etre le nôtre, dégagent une crédibilité affective qui se fait de plus en plus rare au cinéma. Si chacun se retrouvera dans les jeux d'enfants et les dérapages incontrolables de ces inséparables, cela tient pour beaucoup à l'alchimie qui règne entre Jérémie et Yannick Rénier, frangins à la ville comme à l'écran. Rassembler pour la première fois le benjamin (qui n'a plus besoin de présentation) et son ainé (acteur tournant essentiellement sur la scène belge), faire en sorte que leur connivence originelle les scinde en un couple fusionnel, miser sur leur passif commun pour que leur naturel nous renvoie le reflet de nos propres failles … Leur union fait la force de ce long-métrage dédié à nos actes manqués. Surtout, lorsqu'à cause d'un oedipe mal réglé, de l'exil du père et de l'ingérence du nouvel amant de leur mère, cette complicité part en lambeaux, donnant au réalisateur l'occasion de montrer combien nos rapports à la propriété (qu'elle soit matérielle ou émotionnelle) peuvent virer maladifs pour peu qu'aucune limite ne nous ait été fixée.
AZ

 

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