Ecran Large est de retour sur la Croisette pour l’édition 2024 du Festival de Cannes, en partenariat avec Métal Hurlant. Et c’est l’heure de revenir sur Rumours, comédie délirante en plein G7, présentée hors compétition.
Métal Hurlant nous accompagne à Cannes cette année, dans notre exploration des sélections hétéroclites du festival. Au travers de récits de bande dessinée et d’articles sur l’actualité culturelle, Métal Hurlant développe avec éclectisme, dans quatre numéros par an, un imaginaire sans aucune limite. Une ligne éditoriale totalement en accord avec la soif d’expérimentations et de découvertes du Festival de Cannes.
L’humour canadien a un ton bien à lui, et dans le domaine, Rumours s’annonçait dès le départ comme une comédie noire exaltante. Le film de Guy Maddin, Evan et Galen Johnson s’offre un casting dément pour une approche surréaliste de la politique internationale. Un point de départ intrigant, qu’on aurait rêvé plus abouti.
Le prix de l’incompétence
De quoi ça parle ? Pendant un sommet du G7 en Allemagne, les sept dirigeants des démocraties libérales les plus riches du monde se retrouvent mystérieusement seuls. Perdus dans la forêt, ils essaient de s’en sortir tout en écrivant leur discours provisoire.
C’était comment ? Pendant ses 20 premières minutes, Rumours se développe comme un court-métrage savoureux rien qu’à la découverte de son casting. Avec Cate Blanchett en Chancelière allemande, Denis Ménochet en président français, Charles Dance en président des États-Unis ou encore Alicia Vikander en présidente de la Commission européenne, on sait qu’on va s’en payer une tranche.
Et pendant un moment, c’est le cas. Le cringe des situations et des dialogues laisse apparaître les guerres d’ego et le manque de tact de nos leaders politiques. Le président français ne peut pas s’empêcher de mansplainer, le Premier ministre canadien ne s’est pas remis de son amourette avec la Première ministre britannique, et le président italien est un gros benêt sans doute élu par accident.
A la manière d’une pièce de théâtre filmée (ce qui lasse au bout d’un moment), la caméra isole chaque personnage dans sa propre logique, où chaque rebond du montage fait ressortir un manque de cohésion. Là où Rumours est plaisant, c’est en évitant le piège de la comédie politique indignée, qui aurait un grand message à délivrer sur les injustices du monde. Il ne traite pas ses présidents et ministres comme des êtres machiavéliques et cyniques, mais comme des imbéciles heureux, chaînons impuissants d’un capitalisme rampant sur lequel ils n’ont aucune réelle emprise.
Guy Maddin se veut joyeusement grinçant, et use de son écriture surréaliste pour métaphoriser la profonde inutilité de ses personnages et de leur sommet, quand bien même eux s’autopersuadent de leur importance. En étant plongés dans la solitude et dans le hors-champ d’une crise mondiale supposée, les voilà non seulement contraints de collaborer, mais aussi de donner un sens à une fonction qui n’en a plus. Le film puise de cette dynamique ses meilleures cartouches, notamment lorsque Denis Ménochet essaie de donner une dimension allégorique à la situation du groupe.
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Seulement voilà, Rumours est aussi le représentant parfait de l’expression “les blagues les plus courtes sont les meilleures”. Passées sa réjouissante introduction et certaines punchlines très efficaces, le film tourne en rond, aveuglé par ses élans d’absurdité (l’apparition d’un gros cerveau au milieu de la forêt) et le besoin de marquer l’incompétence de ses protagonistes par des allers-retours ronflants.
Au bout d’un moment, voir Charles Dance en pseudo-Biden s’endormir pour la quatrième fois ne fait plus vraiment rire, et l’écriture de Maddin se limite à recycler les éléments de sa première partie. Malheureusement, le long-métrage révèle par ce manque de renouveau qu’il est plus inoffensif qu’il ne s’en donne l’air. En une heure trente, on aurait sans doute été plus clément avec cette pastille légère au concept ravageur. Mais sur deux heures, on était en droit d’attendre bien plus.
Et ça sort quand ? Rumours n’a pas encore de date de sortie française.
Test (bis)