Après Marvel, Martin Scorsese attaque Netflix, le streaming et les algorithmes

Antoine Desrues | 17 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Antoine Desrues | 17 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Bien qu’il prépare Killers of the Flower Moon avec Apple, Martin Scorsese a critiqué l’uniformisation des films provoquée par les plateformes de streaming.

Depuis ses propos autour du cinéma de MarvelMartin Scorsese a très clairement remarqué une mutation de l’industrie du septième art, et de la perception cinéphilique. Si tout le monde a profité de la brèche pour s’engouffrer dans une guerre de chapelles stupide, le réalisateur de Casino a remis les pieds dans le plat au travers d’un essai passionnant sur le grand Federico Fellini (qu'on vous recommande de lire dans son entièreté), publié dans le magazine Harper.

Tout en saluant le génie du cinéaste auquel on doit Huit et demi, Scorsese a pointé du doigt une magie du cinéma qui s’est perdue à cause de l’uniformisation des “contenus” (ce mot horrible) sur les plateformes de streaming. Extrait.

 

Photo Jesse Plemons, Ray Romano, Robert De Niro, Al PacinoLes anti-Scorsese aux abois

 

« L’art du cinéma est systématiquement dévalué, mis sur la touche, rabaissé et réduit à son plus petit dénominateur commun, le “contenu”.

Aussi récemment qu’il y a quinze ans, le terme “contenu” était seulement entendu quand les gens discutaient du cinéma à un niveau sérieux, et c’était mesuré et contrasté par rapport à “forme”. Puis, progressivement, il a été de plus en plus utilisé par les personnes qui ont pris le contrôle des sociétés liées aux médias. La plupart ne savaient rien de l’histoire de l’art, ou ne se souciaient pas de penser qu’ils devraient.

“Contenu” est devenu un terme commercial pour toutes les images mouvantes : un film de David Lean, une vidéo de chat, une publicité du Super Bowl, une suite de super-héros ou un épisode de série. Cela est lié, bien sûr, non à l’expérience en salle, mais aux visionnages à la maison, sur les plateformes de streaming qui ont dépassé le déplacement vers le grand écran, tout comme Amazon a dépassé les magasins physiques. »

 

photo, Robert De NiroLes pontes de Netflix, heureux de ce nouveau couteau dans le dos

 

Martin Scorsese a certes lui-même profité de ses plateformes avec la sortie inespérée de The Irishman (et prochainement de Killers of the Flower Moon, produit par Apple), mais il a bien conscience qu’elles ne l'aident pas par amour de l’art. Alors que des réalisateurs de sa trempe ont peiné à trouver un studio pour épauler leurs derniers projets, Netflix et compagnie y ont vu la possibilité d’étendre leur prestige.

Dès lors, Scorsese a d’une certaine façon contribué à alimenter le problème, bien que celui-ci soit bien plus large. Le cinéaste a d’ailleurs reproché (avec justesse) la politique des algorithmes, qui ont bridé la cinéphilie par rapport aux goûts supposés des spectateurs, les privant dès lors d’explorer d’autres pans de l’histoire du septième art :

 

Photo Liam NeesonQuand tu cherches un bon film sur Netflix

 

« [Les plateformes] ont engendré une situation où tout est présenté au spectateur sur le même niveau, ce qui semble démocratique, mais ne l’est pas. Si des visionnages suivants sont “suggérés” par les algorithmes basés sur ce que vous avez déjà vu, et que ces suggestions sont seulement fondées sur un sujet ou un genre, alors quel est l'impact sur l’art du cinéma ? »

Et alors que le cinéaste a déjà maintes et maintes fois été jugé pour son soi-disant “élitisme”, il a lui-même utilisé le mot pour évoquer le jugement souvent émis envers la programmation (notamment sur certaines plateformes comme MUBI). Scorsese a souligné l’importance d’un partage passionné, mais aussi d’une transmission du savoir, que ce soit par des présentations de séances (aujourd’hui inexistantes à la télévision ou presque) ou des conseils en vidéoclub. En bref, tout ce que Netflix est incapable d’offrir...

 

photo, Asa Butterfield, Chloë Grace MoretzHugo Cabret, l'hommage ultime de Scorsese à l'histoire du cinéma

 

“Programmer n’est pas antidémocratique ou ‘élitiste’, un terme si souvent employé qu’il en devient vide de sens. C’est un acte de générosité - vous partagez ce que vous aimez et ce qui vous a inspiré. […] Les algorithmes, par définition, sont basés sur des calculs qui traitent le spectateur comme un consommateur et rien d’autre.”

Le message ne pourrait pas être plus clair venant de l’homme qui a livré un voyage passionnant à travers le cinéma américain. Et avant que les débats incessants ne viennent accuser Scorsese d’être un bon vieux boomer, on est en droit d’y voir plus simplement un homme constatant avec tristesse que son monde a changé... pour le meilleur ou pour le pire, c’est à voir.

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commentaires
Matrix r
18/02/2021 à 16:59

Pourquoi toujours cette rengaine autour de streaming. Tout système est appelé à muter , à évoluer. Certains doivent comprendre que leur temps est fini. Dans 10 ans le cinema sera autre. C'est la vie, c'est comme ça

vilkoyot
18/02/2021 à 10:49

Surtout ne pas dire de mal sur les films pour abrutis ,( je parle des films de super heros) ils sont devenus trop nombreux et Il faut s'incliner devant le nombre même si ça détruit en même temps le cinema et les cerveaux. , Et pour paraphraser Qwint , ils en auront jamais marre d'être des clowns ...! Donc peine perdue Mr Scorcese.

Kyle Reese
18/02/2021 à 10:42

Voilà ce que disait Scorsese lors de la promo de son très beau Irishman:

« Si une famille veut aller dans un parc d'attractions, c'est une bonne chose vous savez, C'est une nouvelle forme d'art. C'est différent des films qui sont montré habituellement au cinéma, c'est tout."

"J'ai peur que l'on perde des écrans pour ces énormes films de parcs d'attractions qui sont, je le redis une nouvelle fois, leur propre forme d'art. Le cinéma change. Il y a tellement de salles, de façons différentes de faire des films. C'est super d'aller dans des parcs d'attractions mais évitons de barrer la route à des cinéastes comme Greta Gerwig, Paul Thomas Anderson ou Noah Baumbach."

Il a raison au niveau des budgets US et du buzz énorme fait autour des blockbusters super héroïques. C’est l’effet boule de neige, tout le monde s’y met pour avoir de l’audience.
Depuis il y a eu la pandémie et donc bcq moins de salles. Et puis c’est comme tout, comme les films de capes et d’épée, d’aventures, de guerre, des westerns, des serial killer etc ça passera sauf que la mode des super concentre sans doute bcq plus d’argent que d’autre mode du passé. Quoique les films de guerres ça devaient coûter bonbon.

Sinon une collaboration Snyder/Scorsese ça pourrait être intéressant. ;)

Ethan
18/02/2021 à 08:31

@Cacouac @Eddie Felson
voir mon com ci-dessous

Ethan
18/02/2021 à 08:17

C'est fou de voir la méconnaissance ou l'ignorance des gens en lisant la plupart des com ci dessous. Scorsese nous apprend rien de nouveau sur l'état actuel du cinéma. Pour ceux qui sont triste, d'ailleurs il n'y a pas seulement les films de super héros, il y a aussi les films sur la théorie du genre et ça Scorsese n'en parle pas car il défend peut-être cette idéologie...

J'aime pas Netflix mais il fait financé son dernier film via cette société...

Qwint
18/02/2021 à 07:47

Marvel/Disney sort un film au cinéma : C'est de la daube, c'est naze c'est pas du vrai cinéma virez moi ça

Marvel/Disney decide de se passer du cinéma et sort un film sur Disney + : ils tuent le cinéma et les salles en privant les salles de leur films, c'est des gros méchants

Peu de temps après Scorsese vomi sur Marvel et tout ce qui est populaire : il a raison c'est pas du vrai cinéma c est de la mer**

A un moment vous en avez pas marre d'être des clowns ?

Naero
18/02/2021 à 07:20

@Kyle Reese

Mettre Snyder et Scorsese dans une même phrase...

Mes aïeux que j'ai eu envie de me crever les yeux

BSCP
18/02/2021 à 07:15

Les donneurs de leçons sans respect pour les autres sont de sortie, a coup de si t'aime marvel vous êtes des abrutis finis et vous n'aimez le vrai cinéma, les dictateurs de goût et de ce qu'il faut voir ou pas voir, si je veux mettre mon fric sur les marvels les disney Kong vs Godzilla je le fais et je vous emmer** comme j'emmer** Scorsese et tout ceux qui veulent dicter ce que les gens peuvent voir apprécier ou pas je vous lance un gros FUCK dans la gueule

Ps : j'ai lu quelqu'un sortir le fossoyeur de je ne sais quoi sur youtube comme référence, et après vous osez parler de goût bande de tarés

Baretta
18/02/2021 à 07:14

Personne ne voulait de son film de 3h a 200 millions sale ingrat ou les acteurs rajeunit bouge comme des vieillard.
Après avoir manger la soupe on crache dedans.
Et on recommence avec Apple tv.
Marty tu as fait des biens bon film mais le monde a changé et tu ne veux pas l'accepter vieux boomer que tu es.

STEVE
18/02/2021 à 01:14

@cacahouac

Ça les arrange de comprendre cela:
Se victimiser et stigmatiser l'autre pour refuser d'entendre.

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