FIF de Saint-Jean-de-Luz : l'amour lesbien d'Ammonite et le sportif 5eme set en Jour 3

Christophe Foltzer | 8 octobre 2020 - MAJ : 08/10/2020 11:15
Christophe Foltzer | 8 octobre 2020 - MAJ : 08/10/2020 11:15

Ce que nous pressentions depuis le début de la compétition officielle de cette 7e édition du FIF de Saint-Jean-de-Luz s'est donc bel et bien confirmé lors de cette troisième journée.

Nous n'en sommes qu'à mi-parcours de la compétition et, déjà, nous pouvons dresser un premier bilan élogieux des films qui nous ont été proposés jusqu'à présent. Oui, cette compétition officielle est bel et bien de haute volée et le film découvert durant cette troisième journée n'a fait que renforcer cette impression. Mieux, il l'a confirmé.

 

photo Festival Saint Jean de Luz affiche 2020

 

Ammonite

Il y a trois ans, Francis Lee avait présenté son premier long-métrage à la compétition, Seule la Terre, et il avait été couronné du Prix de la Mise en Scène ainsi que de celui du meilleur comédien. Des récompenses très justement méritées (notre critique du film, ici) et qui nous rendaient impatients de découvrir la suite de sa carrière.

C'est donc chose faite avec Ammonite et, si les ambitions du réalisateur ont augmenté d'un cran, il est rassurant de voir que Francis Lee n'a rien perdu de sa vision si particulière du monde. Ammonite nous transporte donc dans l'Angleterre du XIXème Siècle pour y suivre la romance entre une paléontologue, Mary (Kate Winslet, parfaite), et Charlotte, la femme d'un bourgeois de passage (Saoirse Ronan, tout aussi parfaite). Une histoire banale en apparence, déjà vue de nombreuses fois sur un écran, mais qui trouve un nouveau souffle devant la caméra de Francis Lee.

 

Photo Kate WinsletKate Winslet dans un de ses meilleurs rôles

 

Il est d'ailleurs passionnant de voir à quel point Ammonite joue en miroir par rapport à Seule la Terre, à quel point les deux films se répondent et s'enrichissent, tout comme ils dessinent un projet de cinéma assez saisissant. Fidèle à son habitude, Francis Lee joue du détail et du symbole, tout autant que de la confrontation des corps dans une histoire aux accents tantôt sulfureux, tantôt mystiques.

C'est à travers les silences, les non-dits et les regards qu'éclot cette histoire d'amour passionnée en même temps que l'organique rencontre le minéral, dans une atmosphère grisâtre totalement à propos et qui renforce de manière très symbolique cette exploration des interdits, cette tentative de mettre à jour tout ce que l'on garde en soi pour, finalement, espérer en profiter et s'épanouir. Une passion aux accents tragiques qui se trouve encore une fois magnifiée par la mise en scène très sensorielle, sensuelle, organique de Francis Lee, portée par deux comédiennes totalement en phase avec le projet et qui se donnent complètement à leurs personnages. 

Émouvant, passionnant, quoi qu'un peu long à mi-parcours, Ammonite confirme la place particulière de Francis Lee dans l'industrie actuelle, tout comme son potentiel énorme et son humanité débordante. Alors, en plus, quand il termine son film par un plan d'une simplicité évidente, mais tellement efficace, on ne peut qu'attendre à nouveau son prochain effort, convaincu qu'il nous réservera encore un grand moment.

 

Photo Kate Winslet, Saoirse RonanUn duo en symbiose

 

5ème Set

Présenté hors-compétition, 5ème Set nous faisait de l'oeil depuis un petit moment. Déjà, parce que Alex Lutz qui, après son fantastique Guy, nous avait prouvé à quel point le comédien était doté d'un talent immense allant bien au-delà de la simple comédie. Ensuite, parce que les histoires de rêves brisés que l'on souhaite conjurer sont toujours l'assurance d'un film émouvant.

Sur les traces de Rocky Balboa, de The Wrestler ou, plus récemment de Sparring, 5ème Set, premier film solo de Quentin Reynaud, nous raconte donc la tentative du joueur de tennis raté Thomas Edison d'enfin connaitre la gloire qu'il pense mériter en passant les qualifications pour Roland-Garros. Mais à 37 ans, blessé et constamment rabaissé par une partie de son entourage, sa tentative aux allures de quête personnelle risque fort de lui apporter plus de mal que de bien.

 

photoAlex Lutz parfait en tennisman

 

Disons-le d'emblée : si le film comporte un certain nombre de facilités, nous avons été totalement conquis par l'ensemble. Et cela fait d'ailleurs particulièrement plaisir de constater que Quentin Reynaud semble parfaitement conscient des limites du genre de film qu'il traite, blindé de clichés qu'il parvient toujours à occulter ou à pervertir avec une bonne dose d'intelligence. On est pris dès le départ par ce destin brisé, par ce vieux lion qui veut en remontrer aux jeunes loups. Il faut dire aussi que l'interprétation parfaite d'Alex Lutz nous facilite beaucoup la tâche. Grave, émouvant, touchant, le comédien confirme bien qu'il a un gigantesque potentiel dramatique qu'il faut impérativement exploiter davantage à l'avenir.

À ses côtés, Ana Girardot évite elle aussi l'écueil de la compagne à la Adrian et, si son personnage avait mérité un développement plus prononcé, elle parvient à nous montrer toute son ambiguïté et son ambivalence concernant l'ambition de son mari. Kristin Scott Thomas, elle, bien qu'on ne la voit pas beaucoup, est vraiment le coeur du film, le noeud du problème. Elle compose à merveille cette mère ambitieuse qui a oublié qui était son fils pour ne voir que le champion qu'il aurait dû devenir.

 

photoVers un nouveau César ?

 

D'ailleurs, la plus grande qualité du film, au-delà d'un match de tennis riche en suspense et en émotions, c'est bien tous ces non-dits entre les personnages, toute cette tension souterraine, cette charge inconsciente qui les anime, les réunit et parfois les sépare. C'est traité avec délicatesse et intelligence, ce n'est jamais mis en avant plus qu'il ne le faut et cela nous offre, au final, un premier film très efficace, prenant et émouvant, à plusieurs niveaux de lecture.

 

 

 

Tout savoir sur Ammonite

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commentaires

Okay
08/10/2020 à 18:20

Merci.

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