Black Panther : Terry Gilliam putréfie le blockbuster de Disney et critique Marvel

La Rédaction | 23 décembre 2019
La Rédaction | 23 décembre 2019

Terry Gilliam est un des plus atypiques réalisateurs de sa génération. Et il a une dent bien aiguisée contre Marvel, et Black Panther en particulier.

Le réalisateur de Monty Python, le sens de la vie, de Brazil ou encore Las Vegas Parano a marqué le 7e Art avec un mélange d’originalité, de fièvre, et d’amour absolu d’un artisanat remuant, attaché aux techniques à l’ancienne, souvent opposé aux désidératas de l’industrie. En témoignent ses innombrables déboires émaillant la production de ses longs-métrages, notamment L'Homme qui tua Don Quichotte qu’il tenta de monter pendant 30 ans, avant de le réaliser… et de voir l’exploitation du film minée par des conflits juridiques.

Interviewé par Indiewire, le metteur en scène a pu s’exprimer sur cette affaire, expliquant en substance qu’il avait été mis en garde envers celui qui deviendrait son producteur, mais, désireux de fabriquer son film malgré tout et un peu rassuré par les recommandations de David Cronenberg, s’était lancé dans l’aventure.

 

Photo Jonathan Pryce, Terry Gilliam Jonathan Pryce et Terry Gilliam sur le tournage de L'Homme qui tua Don Quichotte

 

Mais son intervieweur a également demandé à Terry Gilliam ce qu’un franc-tireur de sa trempe pensait, au lendemain de la violente polémique consécutive aux prises de position de Martin Scorsese, ce qu’il pensait de l’hégémonie de Disney et Marvel sur le cinéma de divertissement grand public. Et comme on pouvait s’y attendre, le cinéaste n’est pas un fanatique de ces marques super-héroïques, mais se montre un peu plus nuancé qu’attendu.

« Je n’aime pas le fait qu’ils soient à ce point dominants. Ils empochent tout l’argent qui pourrait revenir à des films bien plus variés. Techniquement, ils sont brillants. Je ne veux pas les accabler parce les compétences techniques impliquées dans la fabrication de ces films sont incroyables. »

Si Terry Gilliam se montre critique, c’est manifestement parce que les choix du studio ont pour lui quelque chose de l’occasion manquée.

 

Photo Terry GilliamUn caméo du réalisateur de Jupiter : Le Destin de l'univers

 

« Quand on bénéficie d’une telle puissance, il faut se frotter un peu plus au réel. Ce qui me déplaît, c’est qu’il faut être un super-héros pour accomplir quelque chose qui compte. C’est ce qui me rend dingue. C’est en substance ce que ces films racontent aux jeunes. Et ça, ça n’est pas traiter de la réalité de la condition humaine, si je puis dire. On sait tous qu’être humain, c’est traverser des situations difficiles, et chercher à les résoudre pour survivre.

Je ne peux pas les prendre en défaut sur le spectacle, même s’il est répétitif. Il y a toujours une ville à faire péter. »

Mais ce qui risque de faire couler nettement plus d’encre, c’est la position de l’artiste sur Black Panther, qui compte encore parmi les plus gros succès du Marvel Cinematic Universe.

 

photo"Nan mais techniquement, c'est de la bonne"

 

« J’ai détesté Black Panther. Ça me rend dingue. Ça laisse penser à de jeunes noirs qu’ils peuvent croire là-dedans. Conneries. Énormes conneries. Je pense que les gens qui ont fait ce film ne sont jamais allés en Afrique. Ils se sont trouvé un styliste pour leur dessiner des motifs africains et des accessoires. Mais j’ai haï ce film, en partie à cause de tout le foin que les médias ont fait dessus. »

Une prise de parole un peu grossière, tant elle semble manquer sa cible. En effet, on peut ne pas goûter l’esthétique générale de Black Panther, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que la production du film à scrupuleusement veillé à ne pas enfermer ses équipes dans un fantasme africaniste, histoire de s’épargner des polémiques bien handicapantes lors de la sortie du film. Une attaque factuellement mal documentée donc, qui rate sa cible, quand cette dernière ne manquait pourtant pas d’angles morts permettant de la critiquer.

 

Photo Michael B. JordanLa panthère est noire de colère contre le vilain Terry

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commentaires

Deny
15/03/2020 à 22:29

La ville de BP est vide.On voit pas vraiment les gens y travailler comme ces métros sans vies. Juste une sorte de rue/marché. Tout cela fait trop artificiel.C'était d’ailleurs le même pb chez Thor. Bon, c'est pas non plus des films ou la crédibilité est primordiale, on est là pour oublier ses neurones!

Iscariote
30/12/2019 à 13:13

Bravo a Terry Gilliam, Entendre les persos parler en surjouant un "accent" africain digne des meilleurs blagues de Michel Leeb...là on doit bien avouer que Marvel a fait très fort dans sa belle représentation de l'Afrique.

fzdsdfsdf
24/12/2019 à 18:20

Tu as 3 mois de retard XD

Asher
24/12/2019 à 16:14

J ai apprécié black panthère et suis assez désespéré quand je lis l avis étriqué de certains grands réalisateurs comme récemment Scorcese. Mais ici l avis de Guillian sur la perception de d'Afrique noire et de son environnements est assez juste, bien que les costumes et les accessoires ont été bien pensés mais l immersion est très simpliste architecturale et environnementale très minimaliste voir peu réelle. L'exotisme africain a temps à offrir cinematographiquement et j espère voir bien plus de dans le second episode.

Derv
24/12/2019 à 14:22

Ce qui est le plus ahurissant, c'est de lire les commentaires. En fait, l'audience pense vraiment que ces films sont bons. #idiocratie

Tony Watanabe
24/12/2019 à 12:49

C'est tout de même pathétique tous ces "grands noms" du cinéma qui ne peuvent s'empecher de deverser leur fiel sur Marvel... Qui sont les premiers a blamer? Ceux qui font les films ou ceux qui accourent pour les voir?
Comme disait Coluche, il suffirait de neplus en acheter pour que ca ne se vende plus..Ca vaux aussi pour les places de ciné pour un film Marvel non?

Sinon pour Black panther.. Comment dire... Oui rien n'est réel (a commencer par ce pays immaginaire) et cracher dessus en s'indignat du fait que les jeunes afro vont rever dessus c'est au moins aussi débile que de voir tous ces gentils blancs en collants qui sauvent le monde 3 fois par an...Sauf que là le héros est Black...

Cobalt
24/12/2019 à 12:04

Pour ceux qui connaissent pas Mansa Musa, c'était un roi malien ayant vécu entre 1250 et 1330(approximativement) il était également l'homme le plus riche du monde car il détenait une quantité incroyable d'or, il influait sur les cours de l'or sur les marchés européens. Cependant il ne vivait pas dans des châteaux médiévaux, il vivait sous des tentes ou des bâtisses dans un style ne ressemblant à rien construit en Europe malgré tout son argent. Alors j'ai du mal avec ce Black Panther où dans un pays supposé fermé à la mondialisation et aux moeurs coloniales on retrouve des bâtisses et du matos proches visuellement de ce que font les colons. En dehors des accoutrements (et encore), y'a pratiquement rien d'Africain dans ce Wakanda, voilà pourquoi Gilliam dit que ceux qui ont fait ce film ont jamais du mettre le pied en Afrique. Un pays Africain riche non colonisé et fermé aux mœurs occidentales ressemblerait pas à çà. Et ceux qui parlent de la ressemblance avec les comics éponymes et du moment de leur création, je me demande quel était l'intérêt de faire un film au 21e siècle par des noirs sur des noirs si c'est pour ressembler à une réplique de l'imagination coloniale de ce que serait un pays Africain riche et fermé à la mondialisation.

zsamm
24/12/2019 à 11:53

JALOUX

Flo
24/12/2019 à 09:32

Alors c’est quoi Black Panther ? La Marvel Way, c’est à dire (pour les comics d’origine) prendre une contenance typée et/ou sociale pour mieux faire de l’action/aventure différente, plus exotique, où les archétypes habituels y sont moins centraux qu’à l’accoutumé (c’est pas le blanc Tarzan quoi)…
Pour, par la suite, y traiter vraiment de cette contenance sociale par des biais allégoriques. C’est de l’entrisme au sein d’une machine commerciale en gros…

Pour le cinéma, idem, mais en suivant donc un chemin déjà bien balisé avant par ailleurs. On peut certes parler de « Roi Lion » avec des humains, ou se rappeler du précurseur Blade (plus super anti-héroïque en fait) ou même du pauvre Steel…
Mais surtout, d’une flopée de thèmes que Marvel, quel que soit le studio, a traité depuis X-Men 1.
Ainsi, dans l’opposition symboliques de Forces entre 2 antagonistes ayant chacun de bonnes raisons de faire ce qu’il font, au delà du Bien et du Mal, T’Challa (Chadwick Boseman) a tout à voir avec Martin Luther King, comme jadis Charles Xavier. Main tendue mais plus réactif, bienveillant mais plus tonique… et quand même, avec cette même petite frustration d’y avoir un personnage bien trop vertueux, voir même trop naïf et isolationniste à certains moments. Certes, il est très fort, très très cool et classe, surtout en costume… il a de bons gadgets, confirmant le lien avec James Bond précisé par la prod (ce que Nolan avait lui même fait avec son Batman – ce n’est que thématique donc)… Mais comme le film se passe dans la continuité directe de Captain America Civil War, où le personnage arrivait au bout de son arc narratif en renonçant à la vengeance « déesse dévorante »… ici on n’a plus le même effet que lorsqu’on se disait à chacune de ses apparitions millimétrées « mais c’est qui ce mec? il est génial! » – au moins se console-t-on d’avoir un personnage titre très positif, et ne pas tomber dans le cliché de l’Homme Noir traqué ou en colère. Mais pas non plus le Roi confronté à des décisions difficiles et impitoyables qu’il faut quand même prendre pour l’intérêt de la Nation. Comme il est à peu près dit « pour un homme ayant bon coeur, il est difficile d’être Roi ». Ça sera une autre fois…
Et ainsi, la Force contraire, évitant ce fameux cliché de l’Homme Noir, plus pro-active mais alimentée par une blessure et une rage profonde – Malcolm X/Magnéto donc – revenant à Erik Killmonger… et c’est alors lui qui récupère au passage tout le charisme qu’avait T’Challa dans CapCW, tout le coté « mais c’est qui ce mec?!!… » Aussi féroce que dans les comics mais en moins unidimensionnel, il met en lumière toute la souffrance d’un peuple parmi ceux qui n’ont pas été privilégiés, mais abandonnés et brutalisés par l’inconfort et la haine. La justesse de l’interprétation de Michael B. Jordan, tout en gardant un pur caractère de super vilain un peu over the top, en fait quasiment le vrai héros dramatique du film, celui qui permet au brave de T’Challa d’exister pleinement dans sa position idéologique… « Celui qu’il aurait pu devenir… ou qu’il risque de devenir un jour »…
Et leur combat final sur les rails d’un train futuriste de raisonner étonnement, si l’on se dit que les ancêtres des acteurs ont peut-être posés des rails aux USA… Comme un passage de relai d’une époque à une autre.

À ça s’ajoute la thématique des fautes des pères, qui rejaillissent sur les enfants et au delà, ceux-ci étant condamnés à n’être que symboles de blessures ou d’espoir, cela dépendant de leur libre arbitre. Le Hulk de Ang Lee, les Iron Man et un peu les Thor, Ant-Man et GotGv2 l’ont aussi traité.
De même que l’idée d’une grande Force Armée dont les bases sont en partie mensongères, gangrénée de l’intérieur, qu’ont retrouve dans quasi tous les Marvel Studios (de l’armée US à Kamar Taj en passant par Asgard… et même les Vengeurs).

Le film avance, et là on tombe très vite dans un cast secondaire le plus Féministe jamais vu dans ce genre de prod. Pas des « Bond Girls », mais différentes facettes héroïques et courageuses de la Femme:
– Nakia (Lupita Nyong’o) en héroïne libre et socio-active, la version positive d’un Killmonger, dominant elle aussi T’Challa. Et donc plus qu’une fiancée potentielle pour lui (d’autant qu’il s’agit d’une ex, leur histoire commune étant passée), mais une « porte » vers le progressisme;
– Okoye (Danai Gurira) troque le sabre et les dreadlocks de Michonne pour la lance et la boule à zéro, et s’impose comme une Force patriotique invincible, mais qui ça et là n’a pas oublié d’avoir un coeur;
– Ramonda (Angela Bassett) étant une facette de dignité et de sagesse, classique… mais qui avec ces dreadlocks blancs, exauce ainsi le vieux fantasme du Fanboy de la voir jouer… Tornade des X-Men ????
– Shuri (Letitia Wrigh) représentant la jeunesse moderne et geek, personnage le plus Marvelien par sa bonne humeur hyper active, donc celle qui parle le plus aux enfants et (pré-)ados de maintenant. À quand un combo avec Peter Parker ?

On continue encore, et le film de mettre beaucoup de temps à présenter l’univers du Wakanda en diverses vignettes, souvent répétitive, dans un style de mise en scène qui reste bien souvent mécanique, à base d’alternance de plan-séquences (le générique présentant la légende du Wakanda n’a rien à redire face à celui du Choc des Titans de 2010) ou de sur-découpages souvent brouillons dans l’action, de photographie neutre pour mieux être homogène… c’est un fait: toutes les péripéties y sont prévisibles, sans que ce soit mauvais pour autant. Comme il faudrait le dire plus souvent, il s’agit bien plus de limites dans un exercice imposé, pour ne pas dévier du sujet et trahir ce qui n’a pas besoin d’être amélioré dès son exposition initiale… mais plus tard oui, ce qui est aussi explicitement dit par Shuri d’ailleurs (« Ce n’est pas parce que quelque chose marche qu’il ne peut pas être amélioré »).
D’autant que tous ces blockbusters n’existent vraiment qu’en creux, entre les lignes. Et Ryan Coogler est celui qui a le plus de choses à dire sur ce sujet, tout comme il avait « parasité le Rockyverse » pour parler de la rage interne noire, d’où quelle vienne et où quelle aille. Ainsi que de l’identité des fils par rapport aux pères, d’où le « qui es tu ? » qui conclu le film (mais sans réponse pour nous spectateurs).

Ça n’empêche pas d’attendre une heure 10 pour que le film effectue sa bascule « Killpanther », la course poursuite des héros avec Klaue et un Andy Serkis se régalant comme un fou à le jouer devant plus à un Jack Kirby dans son coté ultra débridé.
Et que parmi les seconds rôles, le rythme du film va en privilégier certains plus que d’autres.
Ainsi on peut peiner un peu à comprendre l’évolution brusque de W’Kabi (Daniel Kaluuya) sans assez de scènes autour de lui. À moins de mettre en perspective le fait qu’il soit le commandant d’une patrouille des frontières, et ce que cela génère comme réactions dans l’Amérique de Trump, le concept de « Mur » revenant à intervalles réguliers dans le film.
Tout comme Everett K. Ross ne symbolise pas vraiment le regard occidental sur l’Afrique, Martin Freeman le jouant sur sa partition habituelle de Watson (ex militaire) et Bilbon (observateur assez indirect);
Forest fait son Whitaker dans le rôle de Zuri (observez son frémissement de joue!), et retrouve en plus, presque 20 ans plus tard, son partenaire de Ghost Dog, Isaac de Bankolé (ce look!);
Bonne surprise de retrouver Sterling K. Brown en N’Jobu. Dont l’ultime scène, émouvante et dénuée de remords moralisateurs, est assez belle et forte;
Et chapeau bas à Winston Duke et l’équipe du film pour la représentation de M’Baku, personnage ultra casse-gueule. Déjà parce qu’avec son totem étant le singe… et avec cette scène Hallucinante où lui et sa tribu interrompent Ross en faisant des « Hou Hou Hou ! »… Dur de ne pas tomber dans un gros cliché rabaissant, surtout que comme dans les comics, il n’est pas très… « subtil », on dira. Mais avec assez de dignité dans sa personnalité, ça passe très bien, Ouf !

Bien sûr, avec peu de place accordée au peuple wakandais, car tout ici se passe seulement au niveau des castes un peu plus supérieures…
avec des enjeux ratant leur place intimiste – s’il est le plus auto-contenu des Marvel Studios jamais fait, au final il faudra bien encore « sauver le Monde », enfin en quelque sorte…
avec donc toutes ces limites inhérentes au genre (et encore, ce Marvel là, il aurait pu vraiment avoir 10 ou 20 minutes de plus sans problème, pour une fois)…
Black Panther, et donc Marvel, réussissent à nouveau faire ce que qui est une profession de Foi du Cinéma. À savoir que Tout y à déjà été fait, dans tous les sens, presque plus rien ne peut y être inventé… Alors le mieux (surtout avec des rythmes de prods accélérés pour pérenniser le statut du Studio), c’est de reprendre ce qui est déjà bien connu, et d’en changer juste le type de personnages et d’environnement. Et ainsi, c’est là que la Nouveauté Totale s’installe, mais peu à peu…

Ce qui nous amène à ce que le film lui-même peut générer: plus de blockbuster action/SF communautaires ? Avec beaucoup qui n’y réussiront pas faute d’enthousiasme réel…
Mais surtout, espérons une suite plus forte encore, et vitale ne serait-ce que pour une symbolique générale de plus en plus sacrée à conserver, pour le Bien de notre Monde. Et à faire découvrir… Car…

« Wakanda, Forever !!! »

LeConcombreMoisi
24/12/2019 à 02:31

Il a complètement raison.
Black Panther est la thèse parfaite du petit blanc qui montre ce qu’il croit être la culture africaine

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