Jean-Pierre Mocky, l'un des derniers géants du cinéma français, est décédé

Christophe Foltzer | 9 août 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 9 août 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

On a beau s'y préparer, ça nous fait à chaque fois un peu bizarre, en plus de nous rendre triste. Mais ainsi va la vie, elle ne dure pas éternellement et, au final, les êtres humains meurent un jour. C'est au tour de Jean-Pierre Mocky de tirer sa révérence.

Le grand Jean-Pierre Mocky nous a donc quitté jeudi 8 août, ainsi que l'a annoncé sa famille, à l'âge de 86 ans. Si son nom ne dira rien aux plus jeunes des spectateurs, pour les autres, c'est encore une idée d'un cinéma français indépendant, marginal et frondeur qui disparait un peu plus avec lui.

Né Jean-Pierre Mokiejewski, Jean-Pierre Mocky avait à son actif une filmographie très riche et diversifiée d'une soixantaine de films. Libertaire, frondeur, anarchiste dans l'âme, le réalisateur ne cultivait pas vraiment le goût du consensus. Ce que, de toute façon, son caractère lui interdisait. On se rappelle encore de lui ses envolées orageuses sur les plateaux de télévision ou sa méthode de direction que l'on pourrait qualifier de tyrannique un peu facilement si on n'y décelait pas aussi une certaine passion pour un cinéma artisanal et qui a des choses à dire.

 

photo Une nuit à l'assemblée nationaleSur le tournage d'Une nuit à l'Assemblée Nationale

 

Après des débuts d'acteur en 1946 dans Vive la liberté de Jeff Musso, qui continuera jusqu'en 1958, il en vient tout naturellement à passer derrière la caméra pour réaliser son premier long-métrage, en 1959,  Les Dragueurs. Contemporain et ami des réalisateurs de la Nouvelle Vague, il ne s'y intègrera pas vraiment, puisque, déjà à l'époque, il tient à une certaine liberté de penser et il ne se retrouve pas vraiment dans la philosophie issue des Cahiers du Cinéma qui s'y développe.

A partir de ce moment, il enchaine les tournages à cadence régulière, n'hésitant jamais à assumer plusieurs fonctions dans ses films, tant scénariste que réalisateur, qu'acteur. Il aura d'ailleurs touché à tous les genres durant sa longue carrière, passant de la comédie satyrique (Snobs!) au fantastique (La Grande Frousse) avec une aisance remarquable.

 

photo A mort l'arbitre À mort l'arbitre, ce gros chef-d'oeuvre

 

Très concerné par les réalités sociales de son pays, Mocky n'a jamais caché son opinion ni ses idées, ce qui l'a marginalisé encore plus, notamment dans un milieu où la langue de bois et le lissage des discours sont le maître-mot. S'il a connu une très belle reconnaissance dans les années 60, son parcours n'a cependant jamais été tranquille.

Ne souhaitant pas servir la soupe à qui que ce soit, il faisait ses films dans son coin, avec les budgets qu'il montait parfois difficilement, sans se soucier de ce que l'on en pensait. Et tant pis si ça ne fonctionnait pas, ce n'est pas ça qui allait l'arrêter. Ce côté artisan, il l'entretiendra jusqu'à la fin alors même que son dernier film, Votez pour moi en 2017, est sorti dans une indifférence quasi générale.

 

photo LitanLe magnétique et superbe Litan

 

Pourtant, si l'époque a changé, le reléguant parfois dans une case trompeuse de "vieux con", le Mocky de la fin restait comme le Mocky des débuts : une personnalité forte, un caractère frondeur qui ne mâche pas ses mots et l'un des derniers artisans du cinéma français, totalement dévoué à sa cause.

C'est donc bel et bien une page importante du cinéma français qui se tourne aujourd'hui avec sa disparition, une page faite de rage, de colère, de salive, mais aussi de passion, de générosité et d'humanisme fort. Pourfendeur de la bêtise humaine, éminemment politique, Jean-Pierre Mocky va clairement laisser un vide qui, on le craint, ne risque pas de se combler dans l'époque actuelle.

Résumer une carrière et un état d'esprit comme celui de Jean-Pierre Mocky en quelques lignes est une gageure, et on espère qu'il nous pardonnera tous ces raccourcis et approximations.

 

photo Jean-Pierre MockyJean-Pierre Mocky

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commentaires
Number6
09/08/2019 à 18:33

Et sinon a quand un intégrale qu'on ne trouve pas chez des c.nnards de pro qui le vende à 400 ou 800 balles ?

Marc
09/08/2019 à 16:52

Jean-Pierre Mocky un grand du cinéma ! Salut l'artiste

Dirty Harry
09/08/2019 à 13:17

bavard et rentre-dedans, le personnage aura vampirisé l'oeuvre mais son petit bijou qu'est "La Cité de l'indicible peur" et l'affiche truculente des "Saison du plaisir" me resteront longtemps en tête. Captp a raison il nous mettrait un gros doigt d'honneur à toute forme hommage ! Salut l'artiste.

Pat
09/08/2019 à 13:06

Un réalisateur très inégal mais une filmographie à découvrir ; Litan son seul film fantastique est beau et étrange.

captp
09/08/2019 à 11:58

Je vais pas être faux-cul, il y à bien longtemps que je n'ai plus eu la curiosité de voir un mocky et je l'imagine assez bien réagir ici si il le pouvait en me disant que je pouvais me carrer mon hommage bien profond...
Reste pour moi deux grands films qui m'ont marqué (à mort l'arbitre et le miraculé) et le souvenir d'un personnage attachant et sans langue de bois.
Il va manquer...
Bel article :)

Number6
09/08/2019 à 10:56

Triste. J'avais plutôt apprécié son dernier effort avec les 3 courts avec gégé.
Mon mocky préféré restera l'étalon avec Bourvil.

Le Waw
09/08/2019 à 09:49

J'ai bossé avec lui sur plusieurs films. Et il pouvait vous rendre fou une minute et l'instant d'après on avait envie de le prendre dans nos bras. Un sacré bonhomme.

Andarioch
09/08/2019 à 09:32

C'est bête mais pour moi Mocky, c'est des souvenir d'enfance. Des chocs cinématographiques qui ont fortement contribué à forger ma cinéphilie.
Deux exemple particulièrement.
Le terrifiant A mort l'arbitre a éveillé ma conscience à une part pas trop glorieuse de notre humanité. Et m'a scotché à mon canapé aussi.
Il faut s'être tapé gamin tous les "au théâtre ce soir" pour comprendre le choc qu'a été l'interprétation de Jacqueline Maillan dans "les saisons du plaisir".
Le bonhomme tordait comme personne les pré-requis, les habitudes, changeait l'eau en gros rouge et les paires de pantoufles en pataugas.
Ouaip, encore une sale année.

Matt
09/08/2019 à 09:17

Etre perchman (entre autre) était vraiment une gageure lors de ses tournages.
Sacré animal! Bye bye Jean-Pierre.

Flash
09/08/2019 à 08:59

Il va nous manquer le père Mocky, je ne vois vraiment pas qui va pouvoir lui succéder dans la froideur du cinéma français.
Tiens, je vais aller revoir, y a t'il un Francais dans la salle.
Après Rutger hauer, maintenant Mocky, sale été.

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