Cinéma au féminin pluri (elles) : un documentaire post Harvey Weinstein à ne pas rater sur Canal +

Christophe Foltzer | 21 février 2019 - MAJ : 21/02/2019 10:45
Christophe Foltzer | 21 février 2019 - MAJ : 21/02/2019 10:45

En octobre 2017, l'affaire Harvey Weinstein éclate et éclabousse tout Hollywood, générant un débat mondial sur la place de la femme au cinéma et, par extension, dans nos sociétés. Un débat de longue haleine mais qui doit être mené.

Lors du dernier Festival de Cannes, un événement sans précédent s'est déroulé : 82 femmes, 82 artistes, réalisatrices, comédiennes, scénaristes et productrices, ont monté les marches toutes ensemble pour faire entendre leur voix, pour qu'enfin une vraie parité soit mise en place dans la profession. Elles représentaient symboliquement les 2% de femmes sélectionnées par le festival depuis sa création en 1946, pour 1688 hommes. 82 films en 71 années d'existence, c'est peu.

 

photo Collectif 50/50Un moment historique sur la Croisette

 

Dans la foulée, Thierry Fremaux, directeur délégué du Festival signe une charte obligeant à plus de parité, un collectif est créé, le Collectif 50/50 pour 2020, suivi quelques semaines plus tard par le coup de gueule du réalisateur Jacques Audiard, à la Mostra de Venise, appelant à plus d'égalité. Après ces actes forts, où en est l'action, au début de l'année 2019 ? C'est ce que nous explique Cinéma au féminin pluri (elles), réalisé par Patrick Fabre et qui sera diffusé sur Canal + le 21 février à 22h10.

Porté par des fers de lance tels qu'Agnès Varda, Tonie Marshall ou encore Catherine Corsini, le documentaire se veut avant tout un état des lieux de la situation : où en sommes-nous ? Qu'est-ce qui a changé ? Que reste-t-il encore à faire ?

En interviewant différentes actrices du milieu, des réalisatrices, des productrices, des distributrices, en passant par la directrice du CNC et des élèves de la Femis, Patrick Fabre nous expose une situation plus qu'éloquente : à l'heure actuelle, les femmes représentent 23% de la profession et malgré la décision du CNC d'octroyer un bonus de 15% aux productions qui engagent autant de femmes que d'hommes, les budgets alloués aux femmes réalisatrices restent inférieurs de 36% à ceux alloués aux hommes.

 

photo Agnès Varda Agnès Varda

 

Le but du film n'est pas la dénonciation mais bel et bien la réflexion. Et c'est avec une grande intelligence que Patrick Fabre aborde son sujet, laissant avant tout la parole aux femmes impliquées, permettant à certaines d'aller dans la revendication guerrière (imposition de quotas) tout autant qu'à d'autres de prendre le problème davantage sous un angle réflexif, psychologique et humain (et si, quelque part, cette inégalité était autant dûe aux femmes qu'aux hommes ?).

Un point de vue apaisé et rafraichissant, salvateur par les temps qui courent où le moindre sujet sensible explose au visage de qui l'aborde.

 

photo Deniz Gamze Ergüven Deniz Gamze Ergüven, réalisatrice de Mustang et Kings

 

On louera donc la volonté du film de mettre avant tout au premier plan cette nécessité d'une vraie concordance des luttes, de transcender nos positions d'homme et de femme pour s'attaquer au véritable problème de fond. Il ne s'agit pas ici de stigmatiser un genre ou une partie de la population, mais bel et bien de se réunir autour d'un sujet grave et important pour en discuter tous ensemble.

En dépit de tous les chiffres éloquents qui émaillent le documentaire, de beaucoup de propositions, dont certaines plutôt fermes, Cinéma au féminin pluri (elles) n'oblige jamais son spectateur à prendre parti au détriment d'un autre, respecte la diversité des opinions et des points de vue sur la question, il n'est là que pour présenter une réalité et ouvrir un débat.

Et on se dit que cette volonté d'ouverture, de discussion et de vraie rencontre, au final, est probablement la meilleure solution pour que l'on avance tous ensemble. Comme si, en dépit des dualismes faciles que nous présentent les représentations publiques de multiples combats, la meilleure chose à faire serait, avant tout, de changer de paradigme pour aller à la rencontre de l'autre. Une philosophie et un combat auquel on ne peut qu'adhérer.

 

Diffusion sur Canal + le 21 février 2019 à 22h10.

 

photo Coralie Fargeat

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