Saint-Jean-De-Luz 2017 : L'enfant de Goa

Chris Huby | 5 octobre 2017
Chris Huby | 5 octobre 2017

Le renouveau du cinéma indien ne cesse de se faire attendre depuis des années. A côté des blockbusters indiens que sont les films de Bollywood, il existe un cinéma indépendant qui tente d’exister et qui s’inspire des traces laissées par le maître Satyajit Ray.

 

MARCHAND DE SOMMEIL

 

Santosh habite dans un petit village près de Goa en Inde. Vivant avec sa famille, il subit la pression de Juze, un marchand de sommeil tyrannique. L’enfant de Goa (dont le titre original est « Juze ») propose une plongée étouffante dans une Inde moderne méconnue de l’occident, celle des micro-sociétés violentes perdues dans la nature et qui sont le symbole d’un pays qui avance vers quelque chose d’encore peu défini. Les défauts inhérents aux divisions politiques et au pouvoir social imposé aux très pauvres sont ici décortiqués dans une trame narrative limpide.

 

Photo L'enfant de Goa

 

Santosh est un adolescent qui grandit au milieu d’un village en marge de Goa, une place touristique mondialement connue et qui ici est vue presque comme une échappatoire proposant un avenir aux plus jeunes. La carte postale montre déjà quelques éraflures. Santosh a beau être l’un des plus brillants de sa classe, aimé secrètement par l’une de ses camarades, il continue à vivre dans l’enfer de son statut « d’immigré » local – venue d’une autre région pour trouver du travail, sa famille s’est en effet retrouvée exploitée par les locaux, jusqu’à la garde. Juze, le voisin, immonde tyran ventripotent, s’impose par le geste et le coup de poing, faisant sa loi parmi les siens et s’en prenant aux plus faibles. Seul Santosh tente de lui tenir tête, se rendant alors responsable philosophiquement dans une mathématique sociale qu’il ne faut surtout pas remettre en question.

 

Photo L'enfant de Goa

 

VERITE BRUTE

Le long métrage de Miransha Nalik possède nombre de qualités qui feront les joies des curieux et amateurs du pays. Au-delà du message délivré par le réalisateur, le film offre à son public une vision crue et mal connue du territoire. La tension sexuelle et l’exploitation du faible sont montrées frontalement, sans ambages, organisées depuis longtemps est presque normalisées. Le réalisateur choisit ainsi la vision naturaliste pour que cohabitent une forme de vérité et une image ciné génique de grande qualité. La photo est à ce titre remarquable, juste et très travaillée. A noter que les acteurs sont tous amateurs, le résultat n’en est plus qu’impressionnant, cette volonté suivant une idée de véracité intrinsèque et qualitative. C’est donc un premier film qu’il faut retenir.

 

Photo L'enfant de Goa

 

En marge de l’histoire principale se dessine sans doute ce que le metteur en scène a voulu faire refléter et qui est symbolique d’une problématique plus large. La nature est omniprésente dans le film, très marquée, très sombre et entourant le village comme une prison, ramenant toujours le propos vers quelque chose que l’on ne peut oublier : l’humain revient de loin, mais il n’est pas encore détaché de la violence initiale darwinienne. Seuls l’intelligence et l’éducation semblent combattre la nature de la bête qui reste cachée en nous, qu’elle porte le masque de l’autorité ou celui du désir mal maitrisé. Miransha Naik ne cherche pas à imposer une solution, il en analyse plutôt le fond, à la manière d’un documentariste proche de l’anthropologie.

 

En conclusion, un premier long-métrage qui prend au cœur et qui ne laisse pas indifférent. On ne cessera jamais de remercier le distributeur français Sophie Dulac pour ses choix radicaux, nécessaires aujourd’hui, et qui continue à proposer à un public français de rester ouvert sur le monde qui l’entoure.

      

Photo L'enfant de Goa

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