Saint-Jean-De-Luz 2017 : Jusqu'à la garde - critique coup de poing

Créé : 5 octobre 2017 - Christophe Foltzer
Photo Jusqu'à la garde
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Enfin, pour être tout à fait honnête, on en avait déjà entendu parler du premier film de Xavier Legrand puisqu'il a remporté le prix de la mise en scène du dernier festival de Venise, ce qui lui donnait déjà une sacrée réputation et provoquait chez nous une grande attente. Justifiée ou non ?

 

GENIAL, MES PARENTS DIVORCENT

En l'espace de deux plans, on comprend tout de suite qu'on n'aura pas affaire à un film comme les autres et qu'il va nous entrainer dans une drôle d'histoire. Pourtant, le principe de base pourrait être tiré de la colonne faits divers de n'importe quel journal local : un couple se déchire, mettant ses deux enfants au milieu alors que le père remet en question le droit de visite. La juge tranche et, malgré le refus de Julien, 11 ans, de revoir son père, elle l'oblige à passer un week-end sur deux avec lui. Entre méfiance, peur et manipulations, l'enfant va essayer de protéger sa famille tout en ne froissant pas une personne dont le caractère se montre plus qu'inquiétant.

Un principe assez simple donc, pas simpliste cependant, qui s'achemine vers une conclusion logique en apparence et qui pourtant parvient tout de même à nous surprendre, voire à totalement nous emporter au bout de 20 minutes. Si l'installation de l'histoire et des personnages est quelque peu laborieuse et manque parfois de dynamisme, dès que Julien retrouve son père la première fois, le film trouve son souffle, prend sa vitesse de croisière et la suite ne sera qu'une montée en puissance vers un final explosif dont nous tairons bien évidemment les détails.

 

Photo Jusqu'à la garde

 

FAIS-MOI PEUR

Le premier élément qui nous fait penser que nous avons affaire à un grand fim, ce sont ses comédiens. Léa Drucker est parfaite, à fleur de peau mais tout autant forte que déterminée à protéger son foyer déjà bien meurtri; Le trop rare Denis Ménochet est absolument sensationnel dans ce rôle de père bourru et ambigu dont on ne sait jamais trop quoi penser avant une dernière partie où il explose de charisme, mais nous y reviendrons. LA révélation du film, c'est bien entendu le jeune Thomas Gioria, qui interprète Julien. Un rôle pas évident, tout en nuances et en souffrances que le jeune acteur remplit de manière époustouflante avec une maturité de jeu qu'on n'a clairement pas l'habitude de voir dans le cinéma français. Non vraiment, rien que par ses choix d'acteurs, Xavier Legrand nous met déjà une bonne claque.

 

Photo Jusqu'à la garde

 

Si le film fonctionne autant, c'est aussi parce qu'il a recours à un procédé de mise en scène auquel nous ne nous attendions pas mais qui est tellement logique quand on y repense. Jusqu'à la garde ne ressemble pas à beaucoup d'autres films français, parce qu'il est réalisé comme un thriller. En appelant constamment aux codes du genre inconsciemment ancrés dans l'esprit du spectateur, ce choix malin donne une énorme ampleur à l'histoire puisque, tout d'un coup, une ambiance très oppressante se crée, l'angoisse n'est jamais loin, nous restons collés au plus près des émotions des personnages poussés à bout qui vivent la situation de manière exacerbée et, oui, in situ, on se sent dépassé, en tant que spectateurs, nous sommes totalement embarqués, ce n'est plus un drame familial franchouillard qui nous est montré, c'est la dérive d'une famille entière que l'on ressent. Et cela fonctionne du tonnerre. Encore plus dans sa dernière partie, très, très impressionnante, éprouvante, folle, violente, flippante, filmée comme un vrai film d'horreur et permettant à l'un des comédiens de devenir une silhouette à la Michael Myers saisissante, signe qu'il faut juste du talent et une vraie connaissance de la mise en scène, et une pincée d'audace, pour faire du cinéma de genre en France, sans le reveniquer comme une fin en soi mais, au contraire, parce que l'histoire l'exige.

 

Jusqu'à la garde est une expérience intense qui nous épuise, nous bouscule, nous émeut et nous transforme. Il est aussi la preuve qu'une vraie nouvelle scène existe en France, qu'il faut s'y pencher urgemment pour lui donner les moyens de s'exprimer et d'évoluer. Merci Monsieur Legrand pour ce petit bijou noir qui nous hantera pendant encore un moment. Voyez Jusqu'à la garde dès sa sortie le 7 février 2018.

 

 

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commentaires

dejic 05/10/2017 à 14:54

J ai vu ce film hier soir à Saint Jean de Luz dans le cadre du Festival 2017. Des les premieres minutes, nous sommes happes par le jeu des acteurs, les plans particuliers et l absence de musique. L'histoire monte en puissance,oppresse, nous revolte jusqu'au final. Un grand film et peut etre le laureat 2017.

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