Peter Berg : Interview carrière

Simon Riaux | 4 avril 2012
Simon Riaux | 4 avril 2012
Après avoir ruiné un mariage (Very bad things), mis Dwayne Johnson dans la lumière (Bienvenue dans la jungle), joué au football américain (Friday night lights), envoyé des marines en Arabie Saoudite (Le Royaume) et fait picoler un super-héros atypique (Hancock), Peter Berg nous revient triomphalement avec Battleship. L'occasion était trop belle de réaliser une interview embrassant l'ensemble de la carrière du réalisateur, dont le patriotisme, quoi qu'il en dise, n'a d'égal que la générosité, et un sens de l'humour à froid à toute épreuve. Peter ne fait rien comme tout le monde, et c'est donc lui qui ouvrit le bal des questions, de la plus abrupte des manières.


Vous avez vu le film en entier ? Ou seulement la présentation ? Vous avez trouvé ça comment ?

Oui, je l'ai vu en entier, la semaine dernière, j'y étais avec deux collègues, et c'est moi qui ait le plus apprécié, je pense que c'est ce que vous avez fait de mieux depuis Very bad things.

Merci ! (en français) Ça me fait très plaisir !

 

 

 

 

Vous êtes désormais un réalisateur important à Hollywood, mais vous avez débuté comme comédien. Vous n'avez jamais songé à devenir le Woody Allen du blockbuster ?

(rires) Je ne sais pas si c'est vraiment compatible. Mais elle va bien se passer cette interview, j'ai pas mal d'humour de mon côté. En fait, j'essaie toujours, dans la vie et dans mes films de trouver ce que chaque situation a d'amusant ou de décalé. Même les moments les plus dramatiques, terribles, violents ou paroxystiques recèlent quelque chose de drôle. J'essaie de faire rire les gens le plus possible, j'aime vraiment ça.


Very Bad things était une comédie très noire, comme on en voit peu dans le cinéma américain. C'était votre premier film, quel regard portez-vous dessus aujourd'hui ?

C'est marrant j'étais en train d'en parler avant cet entretien. Quand j'ai fait le film, j'étais très mal, sur le plan personnel. J'étais en plein divorce, un de mes meilleurs amis venait de mourir, je ne comprenais plus rien au monde qui m'entourait. Je le détestais et m'y sentais très mal. Le film est une réponse à cette douleur, et honnêtement, tout a beaucoup changé depuis. Je me suis défait de cette souffrance, je suis plutôt quelqu'un d'enjoué aujourd'hui, ce qui fait que je ne m'attarde plus trop sur cette période. Quand on est heureux, que tout va bien, on ne doit pas passer son temps à ressasser ce qui se passait il y a quinze ans de ça. Je me sens beaucoup mieux aujourd'hui, je ne suis plus la même personne, et bien que j'aime le film, j'ai beaucoup de mal à l'appréhender.

 

 


 


Avec Bienvenue dans la Jungle, vous avez été parmi les premiers à donner sa chance à Dwayne Johnson. Comment s'est déroulée votre collaboration ?

C'est un mec génial. Il était inexpérimenté à l'époque, alors il est venu me voir et m'a dit : « Aide-moi ! Je suis prêt à bosser, je veux être bon. Pousse-moi, montre-moi, et je ferai de mon mieux. » Il a été comme un frère pour moi. Il a bossé comme un malade et prouvé au monde entier qu'il pouvait avoir du succès. Je suis vraiment très heureux de sa réussite.

 

 

 

 

Pouvez-nous parler de Friday Night Lights, le film et la série, qui semblent beaucoup vous tenir à cœur, et qui dressent le portrait d'une Amérique qu'on voit rarement ?

FNL était à l'origine un roman, écrit par mon cousin H. G. Bissinger, un très bon écrivain. C'est une histoire profondément américaine, qui traite des structures familiales, de l'éducation, de la place du sport, de la religion, ce que signifie être américain, et il est parvenu à parler de ça à travers le prisme du football. C'est un bon angle, par exemple, je me suis intéressé à la culture française, en commençant par le football. Ça m'a beaucoup aidé et c'est très intéressant, pour comprendre le rapport entre les hommes et les femmes, les pères et leur fils, leurs filles, j'ai vu beaucoup de connexions avec mon pays, et j'ai trouvé ça très excitant.

 

 

 

 

Dans tous vos films, on retrouve un questionnement sur l'identité américaine justement...

En effet. Mais je suis un citoyen du monde, rien ne me plaît plus que d'être dans un avion et de passer les frontières. J'aime mon pays, j'aime l'Amérique, mais j'essaie de plus en plus d'envisager notre planète comme un tout, spécifiquement quand je fais mon métier.


Vous travaillez toujours avec certains acteurs de FNL, notamment Taylor Kitsch...

Je considère Taylor Kitsch comme mon petit frère. On a une relation indescriptible, en fait c'est un peu comme un mariage, ou un truc dans le genre, qui va au-delà du simple rapport réalisateur/acteur (qui est déjà une relation très forte). J'adore explorer son potentiel, son caractère, son âme, son talent. Il faut bien plus qu'un film pour arriver à cela. Il faut pouvoir collaborer plusieurs fois ensemble, essayer de nouvelles pistes, explorer, se surprendre, se retrouver. Il correspond aux personnages de Friday Night Lights, qui sont prêts à tout pour échapper à leur condition et s'élever, réussir à faire du cinéma, c'était un peu salvateur pour lui je crois.

 

 

 

Du coup avec Battleship, vous pourriez bien lui sauver la mise une deuxième fois...

(rires gênés)


Quand j'ai vu Le Royaume, je me suis dit : mais pourquoi est-ce que l'armée américaine enverrait enquêter en Arabie Saoudite un noir super énervé, un juif blagueur, et une fille canon qui adore les sucettes ? Il est fou Peter Berg !

Vous êtes déjà allé en Arabie Saoudite ?

 

Heu... non.

Moi j'y suis allé. Avant le tournage, pour m'imprégner du lieu. Pendant trois semaines. C'est l'endroit le plus étrange que j'ai jamais vu, j'avais l'impression d'être sur une autre planète. Et je me suis dit... La religion y est tellement extrême, la façon dont on traite les femmes est tellement opposée à la conception qui est la nôtre en Occident, je me suis dit que ce serait pas mal d'y envoyer une femme, un juif et un noir, histoire de leur offrir un petit choc des cultures.

 

 

 

 

Comment le public a-t-il réagi aux États-Unis ?

J'ai l'habitude avec mes films de déclencher des réactions très tranchées. Beaucoup de gens ont du mal à comprendre ce que je fais, parce que je mélange l'humour, la politique, la fantaisie, j'aime jouer avec toutes ces choses. J'ai l'habitude qu'une personne sur deux déteste ce que je fais, et soit irréconciliable avec celle qui aime. Mes films sont comme ça. Moi aussi d'ailleurs. Certains m'adorent, d'autres me haïssent. J'ai l'habitude. Ça ne vous le fait pas vous ?

 

Si, j'ai parfois un peu le même problème.

Vous trouvez que c'est un problème ?

 

Pas forcément, ça peut être aussi une force.

Exactement. On n'a pas besoin de beaucoup d'amis. Et ceux qu'on a sont fidèles. Un ou deux véritables amis, et vous êtes vernis.


Passons à Battleship. Que font les aliens au milieu d'une bataille navale old school ?

J'ai passé beaucoup de temps à me documenter sur la marine, parce que j'avais plusieurs projets de film qui traitaient du sujet. Les affrontements maritimes sont extrêmement violents. Si vous n'êtes pas brûlé, noyé ou décapité, vous finissez bouffé par un requin, rien qui soit franchement divertissant. De plus je n'avais pas envie de raconter une guerre entre des américains et des chinois, des coréens ou des japonais. Et puis j'ai vu un documentaire, où il était question de nos messages émis en direction des planètes susceptibles d'abriter la vie. J'ai entendu Stephen Hawking dire que c'était horriblement stupide; car si les aliens venaient, ils ne seraient pas amicaux, et ça m'a donné envie de mettre des extra-terrestres dans Battleship.

 

Ce qui est étonnant, dans le film, c'est que les extra-terrestres ne sont pas les premiers à tirer, leurs actions ne sont jamais basiques, ils font preuve de réflexion et de pitié...

Je ne voulais pas avoir des méchants qui soient des créatures tueuses enragées. Ils ont une réflexion, font des choix, ont des sentiments les uns pour les autres, ils essaient de comprendre les humains, ont des valeurs. Ne pas en faire des monstres assoiffés de violence est une approche plus intéressante.


À un certain moment du film, je me suis dit que tout cela virait à un duel entre les jouets d'hier (les bateaux, les canons, les petits soldats) et les jouets d'aujourd'hui (les extra-terrestres sophistiqués, leur style emprunté aux jeux vidéos...).

C'est juste, j'adore ça, et confronter ces deux styles. Vous savez les vieux marins que l'on découvre dans le film sont des vétérans de Corée et de la seconde Guerre Mondiale, certains ont pris part à la libération de la France. Ce sont des hommes formidables. Filmer un homme de 95 ans, qui se souvient de ses combats, c'est bouleversant. Je me suis beaucoup amusé.


Le look des aliens est excellent, mais je voulais savoir dans quelle mesure vous vous étiez inspiré de jeux vidéos...

Je ne joue pas, mais je me suis penché sur le Master Chief de Halo, pour m'assurer qu'on ne refasse pas exactement la même chose. Au final l'armure en est proche, mais si vous regardez nos personnages en entier, leur physionomie, je crois qu'ils sont plutôt originaux. Pour leur corps, tout vient de mon imagination.

 

 


 

Il y a tout de même un problème dans le film. Pourquoi Liam Neeson reste-t-il coincé sur son bateau, j'ai entendu dire que le mec pouvait tuer des loups à mains nues !

Je sais, je sais. Il voulait en montrer un peu plus, mais ce sera dans la suite.

 

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