Larry Nimmer (The Untold Story of Neverland)

Flavien Bellevue | 12 décembre 2010
Flavien Bellevue | 12 décembre 2010

Si le premier album d'inédits posthume et controversé du Roi de la Pop débarque en France cette semaine, cela nous donne l'occasion de revenir sur sa dernière affaire judiciaire où il était accusé de pédophilie à travers un documentaire édifiant. Sélectionné pour la 25ème édition du festival de Santa Barbara, le documentaire Michael Jackson : The Untold Story of Neverland de Larry Nimmer permet de se faire un avis plus éclairé sur le sujet ainsi que sur la première affaire de 1993. Retour à Neverland...

 

Qui êtes-vous ?

Je suis un réalisateur - producteur vidéo. Une de mes spécialités touche au domaine judiciaire car je montre parfois des diagrammes, des tableaux et tout ce genre de choses aux avocats. En dehors de ça, j'ai fait des clips, des documentaires et des reportages TV. Avant de faire de la vidéo, j'avais fait de l'animation pour une affaire de drogue importante et c'est comme ça que je me suis fait connaître dans le « milieu » judiciaire.

 

 

 

Qui vous a contacté pour la seconde affaire Jackson et quel a été le processus?

Ses avocats Thomas Mesereau et Bob Sanger m'ont approché pour que je filme le ranch de Neverland pour le procès. D'ailleurs, j'ai une anecdote assez drôle à ce sujet : lorsque je suis arrivé au ranch, j'ai dû signer des papiers comme quoi je ne pourrai pas filmer ou photographier la propriété alors que j'étais venu pour ça... Bob Sanger ainsi que d'autres personnes m'ont fait visiter la propriété car le but était de montrer ce que les personnes extérieures voyaient quand elles arrivaient là. Ils voulaient que je filme la chambre de Michael, sa bibliothèque et d'autres pièces qu'ils jugeaient importantes.

 

D'où vient l'idée de tirer un film des vidéos que vous avez faites du Ranch ?

J'avais gardé avec moi ces vidéos ainsi que celles des perquisitions de la police, pour la défense de Jackson. Mais je ne pensais pas que je pouvais les utiliser jusqu'au jour où on m'a demandé si j'allais en faire un documentaire. J'ai alors contacté mon frère qui est un avocat spécialisé dans le copyright. Il m'a indiqué que c'était légalement possible selon une certaine démarche. Une fois que j'ai réalisé que c'était le cas, il fut facile pour moi de monter ces images et de mettre ma voix en tant que narrateur car ça ne coûtait rien. Mais ce qui m'a motivé le plus à faire ce film, c'était de réhabiliter l'image de Michael Jackson car même après la fin du procès des gens pensent toujours qu'il est coupable alors que j'avais les informations qui prouvent le contraire.

 

 

Quelle était la durée des bandes vidéo que vous aviez ?

J'ai environ 25 heures de vidéo. Au début, j'allais appeler mon film Michael Jackson : A Case for Innocence parce que je voulais que le public sache pourquoi il était innocent et comment il a développé parfaitement sa puérilité candide. Je pense que c'est important que les gens soient un peu plus puérils. Mais mon frère m'a suggéré d'utiliser un titre plus neutre.

 

Comment avez-vous réussi à réduire ces vidéos ?

En fait, je me suis servi de passages qui aidaient à servir mes propos comment les victimes ont crée leur histoire, l'enjeu financier de l'affaire etc. Je voulais montrer que Michael Jackson était sincèrement puéril et que son ranch servait à aider des enfants dans le besoin. J'ai terminé le film six mois avant sa mort et j'avais l'intention d'en parler pendant sa tournée londonienne. D'ailleurs, j'avais envoyé le film au festival de Santa Barbara mais ils ont dit qu'ils n'étaient pas intéressés. Malheureusement Michael Jackson est décédé et ils ont accepté le film lorsque je l'ai reproposé. On peut dire que sa mort « facilite » malheureusement les choses puisqu'où que je vais avec ce film, les gens veulent le voir.

 

Vous dites dans le film que le procureur Thomas Sneddon a essayé auparavant d'épingler MJ mais sans succès. Pensez-vous comme beaucoup qu'il avait une vendetta contre lui ?

On dit de lui qu'il est très conservateur. De ce fait, il est très attaché aux valeurs familiales et le fait de voir un adulte entouré d'enfants n'est pas acceptable. Je n'ai pas de problème avec ça si l'adulte n'est pas un danger pour les enfants. Il a donc tout essayé pour obtenir une condamnation de Jackson mais il n'a pas réussi avant 2003. 

 

 

 

Comment voyez-vous la première affaire aujourd'hui ?

Je sais que ça a commencé comme ça : Michael Jackson était dans une voiture qui est tombée en panne. Il est alors allé chez un loueur. Là, le père de Jordan Chandler ou un membre de sa famille appelle le gamin pour rencontrer Michael. Ils se sont entendus tout de suite et ils se sont revus après. Evan Chandler était le père de Jordan, il était dentiste et scénariste à mi-temps, on lui doit notamment celui de Sacré robin des bois de Mel Brooks. E. Chandler a eu un divorce difficile qui lui prenait beaucoup d'argent et il cherchait à financer un nouveau script. Il a donc demandé à Michael Jackson de lui donner 20 millions de dollars mais il a refusé. Chandler lui a demandé par la suite s'il pouvait financer une nouvelle cuisine chez lui ce qu'il a décliné également. Evan a alors donné une sorte de drogue à son fils pour qu'il lui imprègne l'idée que Michael Jackson avait abusé de lui. D'après les informations que j'ai eues, il a contacté un avocat qui voulait se faire de l'argent à travers un pourcentage qu'il percevrait à l'issue de l'affaire. Une femme nommée Géraldine Hughes a écrit le livre Rédemption sur cette affaire et elle explique bien l'enchainement des événements. On savait que Michael Jackson devait continuer une tournée (Ndlr Le Dangerous Tour) et faire d'autres projets et aller au procès aurait compromis tout cela donc ses avocats lui ont conseillé de payer.

 

 

 

Maintenant que son second procès est passé, un autre va commencer surement celui du Docteur Murray...

Je n'ai pas d'informations provenant de sources internes à cette nouvelle affaire mais j'ai l'intuition qu'il ne soit pas directement pour quelque chose. Michael avait le chic d'employer des gens qui ne lui refusaient rien. Ce docteur a sûrement été dans une position où s'il ne faisait ce qu'il lui demandait, il aurait perdu son job et un autre médecin l'aurait remplacé. Je ne sais pas si Murray était qualifié pour injecter le fameux Propofol ou s'il aurait dû en avoir mais je compatis autant pour Michael et le Docteur Murray. Maintenant la majorité des fans et la famille Jackson ont placé leur haine envers Murray ce que je peux comprendre mais ce n'est pas mon cas. Par contre, j'ai moins de compassion pour l'avocat Brian Oxman. Je l'ai rencontré quelques fois et aujourd'hui il représente Joe Jackson et peut-être Katherine Jackson. Au milieu du procès, Thomas Mesereau l'a renvoyé. Pour tout vous dire, Mesereau et son équipe ne voulaient pas qu'il se mêle de grand-chose alors ils l'ont envoyé avec moi lorsque je devais filmer le ranch de Neverland. Il me montrait des vidéos qu'il avait prises avec son téléphone pendant qu'on était là-bas ce qui était interdit...Bref, il s'est disputé avec Mesereau et il s'est fait renvoyer car je pense qu'il n'était pas très professionnel.   

 

 

Malgré le feu vert de votre frère, avez-vous eu des ennuis pour les droits du film ?

Je me suis risqué à sortir le film car je n'avais pas de véritables autorisations du département de la police, de la famille Arvizo ou des gérants du patrimoine de Michael Jackson pour leurs vidéos. Seuls les testamentaires de M. Jackson et Aphrodite Jones avaient quelques problèmes avec le film. A. Jones était contre l'utilisation des interviews de Mesereau et de certains membres du jury car cela devait servir pour une émission de télévision qui ne s'est jamais faite. Son histoire est intéressante car elle était persuadée que Jackson était coupable et au fur et à mesure du procès elle a complètement changé d'avis. Ensuite, elle a écrit son livre et a sympathisé avec Thomas Mesereau ; c'est une bonne chose qu'il ait revu les faits juridiques car il maîtrise le sujet. Pour les avocats qui s'occupent de l'héritage de Michael Jackson, il s'agit juste de savoir si je ne leur vole pas beaucoup d'argent.

 

 

 

Pourquoi avoir interrogé si peu de membres du jury, ne pensez vous pas que ce serait plus intéressant si on avait plus de points de vue ?

J'avais pensé à interviewer plus de personnes mais à ce moment là je ne savais pas si j'aurais pu sortir le film et gagner de l'argent avec. Pour vivre, je ne filme pas trop longtemps car il faut que je puisse faire mes autres activités. Dans un futur proche, j'espère pouvoir faire un film plus long avec plus d'entrevues. Je devrais alors interroger Thomas Sneddon et la famille Chandler. J'ai d'ailleurs essayé de contacter et d'interviewer quelques membres de cette famille car certains vivent aux alentours de Santa Barbara dont le frère d'Evan Chandler. Vous savez qu'il s'est suicidé l'an dernier peu après la mort de Michael Jackson et qu'avant tout cela, il était poursuivi par son fils, Jordan pour abus physique. Mais ce qui est étonnant, c'est que des proches de cette famille sont venus au festival pour voir mon film et ils ont changé leur avis sur Michael Jackson.

 

 

Avez-vous vu cette interview à propos des méthodes peu louables du procureur Thomas Sneddon ?

Oui je l'ai vue. C'était bien amené ; William Wagener a suivi l'affaire depuis le début. Il fait un peu amateur mais il connaît bien le sujet.

 

 

Larry Nimmer

 

 

Michael Jackson : The Untold Story of Neverland est disponible en DVD (VO uniquement) sur le site Amazon.com et sur le site de Larry Nimmer.

 

Remerciements à Larry Nimmer et aux attachées de presse Beth Binker et Carol Marshall du Festival International du Film de Santa Barbara (SBIFF).

 

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