Harry Potter 4

Julien Welter | 14 novembre 2005
Julien Welter | 14 novembre 2005

Hôtel Bristol, il y a une semaine jour pour jour (Mardi 8 novembre pour ceux qui lisent ce texte en archive). Dans un salon très chic de l'hôtel s'est tenue la conférence de presse du film faisant l'ouverture du défilé des blockbusters hivernaux : Harry Potter et la coupe de feu. L'exercice est désormais connu. Un parterre de journalistes, trié sur le volet et chacun avec une à deux questions en bouche devant quelques représentants de l'équipe du film, pour l'occasion : Daniel Heyman (producteur du film), Daniel Radcliffe (Potter du film) et Clémence Poésy (potiche du film ?...Non, c'était pour rigoler, elle est bien plus). L'ambiance est incroyablement détendue, au contraire du jeune acteur qui semble branché sur 220 volts en permanence et qui répond à une vitesse inquiétante aux questions. On a remis de l'ordre dans ce Q&A survolté et évincé les questions inutiles (si vous voulez vraiment savoir ce qu'écoute Daniel Radcliffe demandez-le en post), mais voici ce qu'il s'y est dit d'important.

Est-ce que le ton résolument plus sombre de cet opus à quelque chose à voir avec le thème de l'adolescence ?
Daniel Heyman : J'aimerais bien que cela soit de mon fait mais à vrai dire, l'atmosphère vient de ce quatrième livre qui est plus adulte et plus noir. Il y a eu beaucoup d'inquiétudes car le film va être interdit aux enfants de moins de 12 ans non accompagnés. Mais je crois que si l'on n'avait pas eu cette interdiction, on n'aurait tout simplement pas été fidèle à l'œuvre de J.K. Rowling. Et c'était très important pour nous. Toutefois c'est également plus drôle à cause de toute la tension sexuelle et des hormones qui travaillent Harry, Ron et Hermione. Lors des projections tests, nous avons invité des parents et des enfants. Les premiers trouvaient cela effrayant mais les seconds étaient enchantés. Je pense que la noirceur est probablement plus une inquiétude d'adultes.

Daniel Radcliffe : Je pense que les enfants peuvent supporter bien plus que ce que les adultes croient. Quand on est jeune, on a cette folle imagination qui nous permet d'aller dans des recoins d'une noirceur inimaginable pour les réalisateurs. Je ne pense pas que l'on ira au-delà de ce que peuvent imaginer les enfants même si ça dépend de la sensibilité du garçon en question. Par exemple, moi, j'étais un enfant relativement sensible (Rires).

Comment renouvelle t-on le public de ce type de film ?
Daniel Heyman : Je pense que les enfants vont adorer cet opus. Je n'ai aucun doute là-dessus. Mon espoir est qu'il amène plus d'adolescents et d'adultes. Je pense que ce film est plus satisfaisant – sans montrer d'irrespect pour Alfonso ou Chris – de plusieurs façons pour les adultes. Déjà parce que l'histoire est plus complexe et plus mature. Je ne dis pas que je préfère ce film à un autre. Je dis simplement que ce film ramènera plus de public. On pense que l'on calcule mais au final on essaye simplement d'être fidèle au groupe tout en espérant ne pas emmerder trop de gens. On veut juste faire le meilleur film possible. Les livres ne semblent pas décliner en popularité. Le sixième est le plus acclamé de tous. Je crois que si l'on continue à faire de bons films et que Warner nous en donne les moyens, le livre attirera les réalisateurs et on maintiendra l'état de qualité. Ils viendront. Et puis on est tous fans. Donc si on se fait plaisir en tant que fan, je pense que l'on contentera les autres également.

Cet opus laisse un sentiment de frustration. Etait-ce pour rester dans le ton de l'adolescence ?
Daniel Heyman : Nous avons fait très tôt le choix de raconter cet opus en un seul film. Plusieurs raisons à cela, la première peut-être, étant qu'il n'y avait pas de coupures naturelles pour en tourner deux mais assez de matériel pour en réaliser un, assez long. Nous avons également continué le principe de narration initié avec Alfonso Cuaron qui est de raconter l'histoire du point de vue de Harry. Tout ce qui n'est pas directement lié à lui n'est pas rentré dans le film. Les passages où Hermione se dispute à propos des elfes de maisons me manque mais ils ne pouvaient pas s'intégrer à un film de 2h30. Même si le match de Quidditch entre les bulgares et les irlandais étaient importants dans le livre, et comme nous avions vu beaucoup de matchs dans les films précédents, nous n'avons gardé que l'essentiel pour nous qui était la marque noire des Mangemorts.

Lors de ces remaniements de récit, quel est le degré d'implication de J.K. Rowling, notamment avec Steve Klowes, le scénariste ?
Daniel Heyman : J. K. Rowling n'a pas d'implication directe sur la rédaction du script. Par contre, c'est un collaborateur très dévoué. En premier lieu parce qu'elle nous laisse une grande liberté, en partie grâce à la confiance qu'elle porte à Steve. Ce dernier lit le livre, écrit le traitement. S'il l'envoie à J. K. Rowling, c'est pour voir s'il n'y a rien qui nuirait aux livres à venir. On veut être sûr qu'on ne bouscule rien ou que l'on ne manque pas quelque chose. Et elle nous donne un maximum d'informations qui ne sont pas dans ses ouvrages car elle a une connaissance parfaite de son univers, ce qui est, je pense, une des raisons de son succès. Mais les décisions sont les nôtres, prises avec sa bénédiction. Nous ne ferions rien qui n'ait pas son accord. Jusqu'à présent, il n'y a eu qu'une chose dont elle n'était pas contente. Sur le premier film, elle est venue sur le plateau et n'aimait pas nos baguettes magiques. Elle les trouvait trop élaborées. On les a changé, elles sont devenues plus simples.

Comment s'est déroulée l'élaboration du personnage de Lord Voldemort ?
Daniel Heyman : La visualisation de Lord Voldemort a été l'élément le plus important de ce quatrième opus. Il est le spectre du mal et il apparaît en grandissant dans toute la série. Pour l'incarner Ralph Fiennes a été le tout premier acteur que l'on ait envisagé. On l'avait tous en tête. En ce qui concerne la matérialisation du personnage. Cela a été un processus de collaboration essentiellement basé sur sa description dans le livre : un personnage au visage de serpent avec des yeux rouges. Lorsque l'on retire le nez - qui est dans le livre -, on se focalise plus sur les yeux qui - c'est un cliché de le dire - sont le reflet de l'âme. Si on a seulement décidé de mettre le rouge en dessous des yeux, c'est parce que des pupilles de cette couleur auraient enlevé de l'humanité, ou dans le cas de Voldemort, de l'inhumanité. Il y a eu beaucoup de débat, sur le retrait ou non du nez. Pour moi ce qui était important là-dedans, c'est ce que lorsqu'on le retire, on n'a plus Ralph Fiennes mais déjà son personnage. Pour les costumes, le sentiment voulu par Mike Newell, était la renaissance. Il voulait ce sentiment de confort dans sa peau et d'excitation d'assumer une nouvelle forme. Pour tout cela, J. K. Rowling n'a pas été consultée mais quand elle a vu le film, elle a trouvé cela parfait.

Y a t-il beaucoup de scènes coupées ?
Daniel Heyman : Il y en aura quelques unes qui auraient dû être dans le film et seront dans le DVD. D'autres n'auraient pas dû être dans le film et ne seront pas dans le DVD (Rires).

Pouvez-vous commenter le choix de Mike Newell ?
Daniel Heyman : Chaque ambiance est liée à l'esprit de son réalisateur. Pour le travail et l'atmosphère, Mike Newell me paraissait pour cette histoire particulière un choix parfait. Il est habitué aux enfants et est un grand réalisateur de polar. Il a également, une vraie maîtrise, puisqu'il a réalisé Quatre mariages et un enterrement, de la comédie romantique, qui irrigue potentiellement ce film. Je pense qu'il a en plus cette volonté de repousser les limites et d'être audacieux avec ses acteurs. Il est également anglais, ce qui a été fortement pris en considération. Mike a été dans une école comparable à Poudlard, sans la magie toutefois. Il était donc la personne rêvée pour comprendre l'ambiance de ce lieu particulier.

Daniel Radcliffe : Sur le plateau, il nous rappelait souvent (NDLR : En imitant) : « Alfonso et Chris sont magnifiques ! Mais ils ne peuvent pas savoir ce que c'était ces écoles, ce par quoi l'on est passé ! »

Daniel, quelle a été la différence d'être dirigé par Mike ?
Daniel Radcliffe : Ça a été génial. Des fois, il nous dirigeait avec rien de plus qu'un bruit. « Faites-le plus GRRR ! ». Je me rappelle le premier jour de répétition que j'ai fait avec Matthew Lewis, qui interprète Neville Londubat. Une scène très courte que l'on a pourtant répétée pendant une heure et quart. Il nous poussait constamment à aller vers le détail. Comme pour lui le script à travers toutes ses réécritures, ne contenait que des scènes qui étaient nécessaires à l'intrigue, il essayait alors de trouver le cœur de chaque scène.

Harry Potter est un récit d'apprentissage. Avez-vous appris des choses de votre personnage ou est-ce vous qui lui avez apporté des choses ?
Daniel Radcliffe : Je ne pense pas en avoir appris plus qu'un autre lecteur. Assurément, j'ai, au cours de ces quatre dernières années, appris à jouer. Pas spécialement via des conseils, mais simplement en observant les grands comédiens que sont Ralph Fiennes, Michael Gambon, Richard Harris ou Gary Oldman, que j'ai particulièrement aimé observer. C'est vraiment le meilleur entraînement. J'ai beaucoup appris sur les différentes approches d'un personnage. Ils ont tous des méthodes très différentes mais ont en commun d'avoir le même but qui est le dialogue, le personnage à interpréter et perdre toute inhibition pour y arriver.

N'avez-vous pas peur que ce rôle handicape votre future carrière de comédien ?
Daniel Radcliffe : Pas vraiment. Je ne pense pas que je regarderai plus tard en arrière avec le regret d'avoir fait cela. Ce serait stupide car, ces cinq années ont été géniales et m'ont donné des opportunités que je n'aurais jamais eues sans. En plus, un nombre croissant de gens arrêtent de m'appeler Harry, sauf quand ils ont 4 ou 5 ans.

Daniel Heyman : …Ou qu'ils sont photographes français (Rires).

Daniel Radcliffe : Je tourne actuellement un film en Australie dans une semaine et demie. C'est très excitant, j'espère que je n'aurai pas trop de problèmes. Mais encore ce n'est pas quelque chose que je regarderais avec regrets.

Qu'avez-vous mis de vous-même dans le personnage ?
Daniel Radcliffe : Parce que Harry est une telle icône, je trouve ça dangereux de mettre ma personnalité dedans. Mon travail est de donner l'interprétation la plus fidèle au personnage qui est dans le livre. Je ne pense pas que j'ai le droit de venir faire ma nouvelle version de Harry Potter.

Êtes-vous aussi empoté qu'Harry Potter avec les filles ?
Daniel Radcliffe : Je suis en général un peu meilleur. Harry et Ron sont les pires rendez-vous qui puissent exister. Ils sont affreux. Tout le monde détesterait aller avec eux au bal. Même si j'étais un peu meilleur qu'eux à leur âge et même si aujourd'hui, j'ai un peu plus de facilité à parler aux filles, ils sont comme tous les garçons, lamentables. Le premier qui me dit le contraire ici est un menteur. Harry est un emblème de tous les garçons qui sont embarrassés avec une fille. C'est un héros, il se bat avec les dragons mais ce qui rend le film intéressant et ce qui le rend attirant pour les gens, c'est qu'il est pathétique de nombreuses façons, avec les filles par exemple.

Vous rencontrez-vous avec Rupert Grint et Emma Watson en dehors des tournages et avez-vous réussi à créer une sorte de seconde fratrie ?
Daniel Radcliffe : On passe 11 mois de l'année ensemble. Donc à la fin, on ne ressent pas le besoin de se fréquenter à nouveau. On se voit tellement, et on passe tellement de temps ensemble qu'à la fin, on s'active pour s'éloigner géographiquement les uns des autres (rires).

Comment vit-on la découverte d'un roman d'Harry Potter quand on doit incarner ce personnage ?
Daniel Radcliffe : C'est très excitant. Et bizarre également. On se dit que l'on va avoir à faire ça ou ça, même si l'on ne sait pas ce qui va rester dans le script. Je ne peux pas m'empêcher de me voir quand je lis le livre même si j'essaye de lire le livre de façon impartiale. J'essaie de ne pas penser à ce que je devrais accomplir car je ne suis pas engagé pour tous les faire. En lisant le 6ème je me disais quand même toutes les trois pages : « Oh ce serait cool à faire ! ».

Vous avez déclaré que vous aimeriez bien que Harry Potter meure à la fin. Est-ce vrai ?
Daniel Radcliffe : Des fois on regrette vraiment les choses que l'on dit (Rires). Je n'ai pas dit que j'aimerais qu'Harry Potter meure. Quelqu'un m'a seulement demandé ce que je pensais qu'il arriverait à la fin de la série et je lui ai répondu. Voldemort et Harry sont intimement connectés. Ma théorie - et elle est totalement personnelle car je n'ai aucune information de la part de l'auteur - est que la seule façon que Voldemort a de mourir est que Harry meure également. J'ai dit ça, et le lendemain, les journaux anglais titraient : « Harry meurt a dit Potter ! ». Une légère exagération. Cela dit, c'était ma théorie et elle semble valider par la fin du 6ème tome.

Daniel Radcliffe, comment était-ce d'avoir une actrice française sur le plateau avec vous ?
Daniel Radcliffe : C'était horrible (Rires) ! C'était génial d'avoir Clémence avec nous. Mais ça n'a pas fait beaucoup de différence car les français n'ont pas de barrière particulière sur le plateau. D'une manière générale, avoir beaucoup d'acteurs nouveaux sur ce tournage a eu l'effet d'un rafraîchissement qui nous maintient sur nos gardes et en alerte. Bien sûr, elle dira peut-être le contraire à propos du travail avec moi, mais bon…

Daniel Heyman : De mon point de vue, c'était génial.

Comment s'est déroulée cette expérience sur le tournage d'Harry Potter ?
Clémence Poésy : C'était la première fois que je me retrouvais sur un plateau de cette ampleur. Je ne pense pas que l'on se retrouve dans un tel lieu beaucoup de fois dans sa vie parce qu'il y en a tout simplement très peu. Pour moi, tout s'est déroulé de façon très légère car je ne fais qu'une apparition. J'ai alors simplement ouvert grand mes yeux et regardé comment se déroulait la réalisation d'un film du calibre d'Harry Potter. Je l'ai déjà vu deux fois. Je l'aime et je suis très fière d'être une petite poussière là-dedans.

Propos recueillis par Julien Welter.

Tout savoir sur Harry Potter et la Coupe de feu

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