Thierry Klifa

Par Eric Dumas
19 octobre 2004
MAJ : 21 mai 2024
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C’est à l’occasion de la sortie en DVD d’Une vie à t’attendre, le 20 octobre prochain, que nous avons rencontré Thierry Klifa. Issu du magazine Studio, où il a eu l’opportunité de faire ses armes, le réalisateur revient sur son histoire, celle de son film, ses goûts et sa conception du cinéma.

Vous avez commencé votre vie « cinématographique » en tant que rédacteur au sein du magazine Studio. La réalisation était-elle cependant déjà un de vos objectifs ?
Oh oui !!! J’ai toujours eu envie de faire des films, en tout cas de raconter des histoires, depuis ma plus tendre enfance. Quand je suis entré chez Studio à 23 ans, je n’avais pas du tout la force de caractère, la maturité nécessaire pour faire des films. Je n’avais rien à voir avec le monde du cinéma, donc Studio a été à la fois un formidable poste d’observation et m’a permis de m’épanouir professionnellement, personnellement, d’approcher le milieu du cinéma (je m’étais spécialisé dans le cinéma français)… J’ai pu interviewer tous ceux que je rêvais de rencontrer, mais aussi aller beaucoup sur les tournages, observer la plupart des grands metteurs en scène vivant au travail pendant plusieurs jours, et puis voir beaucoup de films, mais ça, j’en voyais déjà beaucoup avant ! En tout cas, ça m’a permis de prendre confiance en moi, de savoir que j’avais encore plus envie d’être metteur en scène.

Quels sont les cinéastes qui vous ont influencé ?
Ce qui est clair, c’est qu’au départ j’ai été influencé par un certain type de cinéma français. J’ai toujours pensé que les cinéastes que j’aimais étaient comme des amis, des proches… J’aime des cinéastes à travers leurs œuvres, et celles-ci m’ont nourri comme m’ont nourri des gens que j’ai pu rencontrer dans la vie, des parents, des amis, de la famille… Il y a des gens que j’aime, comme Truffaut, Sautet, Téchiné, Pialat, Resnais, Demy, ou plus récemment des gens comme Nicole Garcia, François Ozon, Agnès Jaoui ou Salvadori, et j’en oublie plein. Après, de manière plus générale, j’ai été très influencé par le cinéma américain des années soixante-dix (Cassavetes, Coppola, Allen, Spielberg…) et des années cinquante, les films de Billy Wilder, de Mankiewicz… mais aussi Renoir, Ophuls, Becker…

Des goûts qui se rapprochent du mélodrame…
Oui, Douglas Sirk… J’aime aussi énormément le cinéma italien, Fellini, Rossellini Scola, de Sica… Plein de choses m’ont nourri. Je n’ai pas appris le cinéma à travers une université, ni en fréquentant la cinémathèque, et je n’ai pas eu de mentor. Je l’ai appris de manière très anarchique, en découvrant les films comme ça. C’est ma grand-mère qui m’emmenait au cinéma quand j’étais petit. On allait voir des films de Walt Disney, bien sûr, mais aussi des choses qui lui plaisaient à elle. Cela explique l’éclectisme de mes goûts, cela va du génial Old boy à La Mauvaise Éducation de Pedro Almodovar. J’adore Almodovar. De manière générale, c’est tellement brillant, d’une telle ambition… Le metteur en scène se nourrit de sa propre vie au point de vivre des choses dans sa vie qu’il ne vivrait pas nécessairement, si ce n’est pour alimenter son œuvre. Je trouve ça extraordinaire. Osez un film aussi peu consensuel après Tout sur ma mère et Parle avec elle, qui ne va jamais dans le sens du poil… C’est admirable.

Comment s’est présentée l’opportunité de faire votre film ?
J’avais commencé à écrire quelque chose de mon côté, puis je l’ai fait lire à Christopher Thompson (parce qu’on était amis). Il m’a fait des réflexions sur ce qui n’était pas encore un scénario, qui était vraiment des idées lancées comme ça, les unes à la suite des autres, mais lui était touché par ce qui était le centre de l’histoire. On s’est mis à travailler ensemble puis, à un moment donné, on est arrivé au bout d’un chemin d’écriture, et on sentait bien qu’il manquait encore quelque chose. Christopher est allé écrire La Bûche et Décalage horaire, et moi, de mon côté, j’ai fait un court métrage qui s’appelle Émilie est partie (que j’ai écrit seul). C’est à partir du moment où j’ai trouvé un producteur (Les films du kiosque) qui croyait en mon univers que j’ai senti que les choses commençaient à s’enclencher. J’ai gardé le même producteur pour Une vie à t’attendre.

Après avoir rencontré certains de vos comédiens par votre passé journalistique, n’était-il pas trop difficile de vous faire accepter en tant que metteur en scène ?
Ce qui est compliqué, c’est que vous avez une image, que les gens vous connaissent à travers ce que vous faîtes, et ils ont du mal à imaginer que vous puissiez être autre chose.

Une étiquette…
Voilà, exactement. Quand je leur ai proposé le scénario, c’est vrai qu’il y a eu un moment d’hésitation, de flottement. (Au moment du tournage.) Les acteurs, lorsqu’ils font un premier film, sont dans l’observation, ils se demandent si ça va être une grosse galère, si le réalisateur sait ce qu’il veut… Il y a un travail de préparation avant, où, déjà, on a le loisir de s’apprivoiser, de se rencontrer sur un terrain presque neutre. J’ai beaucoup suivi tout ce qui concernait les costumes, on a fait des lectures par petits groupes… À travers les décors, les costumes, on dit beaucoup de choses sur les personnages ; des choses qu’on n’a pas besoin de dire ensuite par oral. C’est une facette du travail que j’aime beaucoup aussi. C’est très important.

Comment se passe le changement de position entre « être critique » et « être critiqué » ?
Ça ne m’a pas posé de problèmes. Je n’ai jamais été un critique redoutable et redouté. L’essentiel de mon travail était de faire des portraits, d’aller sur des tournages… En même temps, pour le film, j’ai été plutôt très bien traité par la critique. J’avais décidé, avant même de commencer la tournée province, de ne rien lire ; ni ce qui était bon, ni ce qui ne l’était pas, et je m’y suis tenu. J’étais au courant de manière générale, par l’attaché de presse du film, après chaque projection du film, des réactions de chacun. Le fait de se protéger est quelque chose de sain qui permet d’éviter de gaspiller son énergie. Mais c’est peut-être aussi parce que j’ai été bien traité.

Vous semblez être chanceux dans vos choix et rencontres avec certaines personnes…
Je ne vous le fais pas dire.

Le fait d’avoir une distribution aussi prestigieuse pour un premier film n’était-il pas effrayant ?
Non. La seule inquiétude était de savoir si la « mayonnaise » allait prendre entre eux. Est-ce que je n’allais pas me retrouver entre deux personnes qui ne se supportent pas, à faire sans arrêt le « go beetween », des choses comme ça… C’est Danielle Darrieux qui m’a donné ma première leçon de cinéma (sur le tournage d’Émilie est partie). Mon premier jour de tournage, mon premier plan, la caméra était sur elle, elle a joué sa scène et elle était absolument formidable. Je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir lui dire entre le moment où je me suis levé et celui ou je suis arrivé vers elle. Je n’ai rien trouvé d’autre à lui dire que : « Magnifique, Danielle, vous avez été vraiment formidable ! » Elle m’a répondu alors : « Ah non ! Vous n’allez pas commencer comme ça ! » (Rires.) Elle avait envie d’être dirigée, que je la guide dans mon univers. Elle m’a donné ma première leçon vis-à-vis des comédiens.

Vous parlez de Danielle Darrieux comme de votre marraine de cinéma. Comment s’est passée votre première rencontre avec elle ?
C’était par l’intermédiaire de Studio. Je l’ai interviewée il y a quelques années, en 1997. C’est une personne qui donne très peu d’entretiens. Elle n’aime pas parler d’elle. Après soixante-dix ans, répondre sans arrêt aux mêmes questions… Je la comprends. Elle a fini par accepter, et le rendez-vous a été maintes et maintes fois reporté mais je me suis accroché, acharné et finalement, j’ai réussi. L’entretien a duré plus de quatre heures, c’était un très long papier sur toute sa carrière et on ne s’est jamais revus. Ensuite, en écrivant mon court métrage, j’ai rêvé d’elle et je lui ai envoyé, par l’intermédiaire de son agent, le scénario. Elles m’ont répondu dans la matinée. C’était stupéfiant !

Il semblerait que certaines thématiques, certains motifs (le fait de se retrouver face à soi-même, les miroirs, les adieux…) se retrouvent dans ce court métrage et dans Une vie à t’attendre. Émilie est partie était-il une « esquisse », un prélude à ce long métrage ?
Oui, tout a fait. Ce sont vraiment des thèmes qui me touchent profondément. Bien sûr. Une vie a t’attendre n’existerait pas sans Émilie est partie. Ce sont des choses qui sont propres à mon histoire personnelle. Ce qui est étrange, c’est quand on vous en fait part. Les choses ne se font pas consciemment.

Une vie à t’attendre semble être une œuvre assez conflictuelle. On navigue sans cesse entre le bonheur et sa fragilité, l’amour et l’indifférence – la balade en Vespa est légère et pourtant habillée d’une musique triste, les relations qui semblent vaciller sans cesse en amour, en amitié, en fraternit酖, la grandeur des sentiments et l’intimité. Votre cinéma semble se construire sur des lignes et des courbes fragiles, à l’image de la santé mentale de Julien. Comment expliquez-vous ce mélange de mélancolie et d’espoir ? Serait-ce le signe d’un pessimisme excessif ?
Oui, c’est très juste ce que vous dites ! Je suis un angoissé, un mélancolique qui peut avoir des moments de pessimisme profond, mais il y a toujours en moi l’espoir que les choses aillent mieux, une confiance en l’avenir. Ce que j’aime dans le personnage de Jeanne, c’est cette manière qu’elle a d’y croire encore, jusqu’au bout, même si au fond d’elle-même elle sait qu’elle va droit dans le mur. Essayer de vivre au maximum dans l’instant présent, et malgré ça être obsédé par la séparation, la mort…

C’est encore une fois paradoxal…
Oui, c’est sans doute ce qui m’intéresse. Je peux être à la fois d’un très grand optimisme et ne pas être dupe de celui-ci. L’autre jour, je vivais un de ces très rares moments de la vie où tout est en harmonie. Tout allait bien, et en même temps je n’ai pas pu m’empêcher de me projeter hors de moi et me dire que tout ceci n’était pas éternel, et que d’ici une heure, cinq minutes, tout serait terminé.

C’est finalement ce qui est dit dans le film. Les problèmes sont liés à une certaine aisance. Ce n’est que lorsque tout va bien qu’on peut penser à ce qui va mal…
Oui, exactement. Par exemple, chez Billy Wilder, il y a toujours cette ligne mélancolique. Je vois un film comme Avanti !, qui est très drôle, mais qui en même temps raconte l’histoire pathétique d’un couple qui à la suite de la mort de leurs parents découvrent qui ils étaient vraiment. Tous ces gens qui passent à côté de leur vie… C’est quelque chose qui me fascine. J’ai toujours l’impression qu’on passe à côté de sa vie, parce qu’il y a plein de chemins. Le truc, c’est d’essayer de ne pas passer à côté des gens. Dans l’écriture, c’est pareil. On essaye toujours de se laisser surprendre par l’histoire, un peu comme dans la vie. Ce n’est jamais intentionnel. On ne se dit pas : « Tiens, voilà un rebondissement ! ». Sur Une vie à t’attendre, c’était vraiment ça. On se laissait porter par les événements. À la fois, on était les maîtres du jeu et parallèlement, il y a des tas de choses qui nous ont échappées. Deux choses, notamment : une certaine noirceur, j’avais l’impression qu’on me tendait un miroir, et aussi, paradoxalement, l’aspect humoristique. Les gens riaient. Il y a des scènes à travers les personnages de Danielle Darrieux, de François Berléand, qui provoquaient des rires. Ça m’a vraiment surpris!

Finalement, le film s’échappe ?
Oui, c’est génial quand ça se passe comme ça, quand toutes les intentions ne sont pas visibles parce qu’elles s’échappent. Ça appartient au domaine de l’inconscient. Les choses qu’on laisse fuir de soi sont ce qu’il y a de plus beau ! On cherche toujours à être dans le contrôle de tout, et malgré ça il y a des choses qui vous dépassent.

Qu’il s’agisse d’un premier souvenir comateux, des traces que laisse la vie sur un visage, d’un véritable travail sur la mémoire, vous semblez obsédé par le passé. Émilie est partie traitait déjà de ce sujet, avec la recréation mentale de Danielle Darrieux dans les toilettes. Le passé ne peut-il être que lié à des remords, des regrets ?
Le passé fait souffrir. Il y a quelque chose dans la nostalgie, dans la mélancolie, d’émouvant. Même si ce sont des souvenirs heureux, qu’on a plaisir à se remémorer en même temps… C’est pour ça que, dans mon travail, j’essaye au maximum d’être dans l’instant présent.

Pourquoi avoir supprimé toutes les séquences avec Jérôme, le fils de Jeanne ? Pour ne pas traiter du passé, ne pas lui donner d’attaches ?
Entre autres, oui. On s’est rendu compte que plus le personnage était livré à lui-même, plus il en était bouleversant. Ça a été un « crève-cœur » de couper ces scènes, parce que je les aimais beaucoup, je trouvais le jeune acteur (Jean-Paul Moncorgé) vraiment très bien. C’est vraiment ce qui est tombé au dernier montage. Aussi, bizarrement, ça renforçait le personnage de Danièle Darrieux. Tout d’un coup, elle était la seule véritable interlocutrice de Nathalie Baye.

La seule dans son camp…
Exactement. Elle devenait davantage la fille de sa mère que la mère de son fils. Un unique lien. Les autres, on les imaginait, on les devinait.

Le film parle beaucoup de solitude, d’absence, de manque. Les familles semblent se recomposer par les personnages qui restent (amis, frères). Quelle est la place de la figure paternelle dans votre cinéma (tour a tour absente, substituée)?
(Rires.) C’est drôle, elle est dans le prochain film. Ce manque de père, de repères. Je crois beaucoup à la famille, mais à la famille qu’on se choisit soi-même. Il y a des gens dans ma famille qui me sont très proches et d’autres avec lesquels je n’ai aucune affinité. À partir de là, il y a des gens que j’ai rencontrés et que je connais depuis des années qui sont aussi importants que certaines personnes de ma famille. Il y a en tout cas l’absence d’une figure paternelle dans le film. On se cherche de toute façon toujours des pères de substitution, même quand on a eu des parents très présents. Ce n’est pas forcément contradictoire.

Est-ce que, finalement, la plus grande douleur est celle qui ne s’exprime pas, à l’image de Julien ?
Oui. De toute façon, le pire dans la vie, c’est de ne pas savoir sortir les choses et de s’autodétruire soi-même. Le personnage d’Alex, aussi. Avec cette espèce d’allure, avec les années, il s’est laissé grossir, laissé aller. C’est aussi parce qu’il emmagasine beaucoup de… regrets, de remords. Il est dans la « non-séduction ». C’est quelqu’un qui a oublié ce pouvoir qu’il pouvait avoir. Il a oublié celui qu’il voulait devenir. Cette femme, en revenant dans sa vie, lui tend un miroir de ce qu’il n’est pas devenu. Julien est comme une cocote minute, et au bout d’un moment ça explose.

Votre film semble construit comme une ronde. Certaines situations se répètent (Jeanne est comme son père, elle trompe son conjoint ; Alex est comme Jeanne, il abandonne…). À l’image de la fin ouverte du film, la vie est-elle une source de doute permanent ? Quelle est votre vision de la fin ?
C’était très drôle de voir (pendant la tournée province) à quel point les gens se racontaient leur propre fin. Dès la première projection, je me suis interdit de raconter ce que moi je voyais, d’autant plus que ça changeait sans arrêt. Mais je sais exactement comment ça se terminait. Au début, il y avait une voix off, qu’on a enregistrée et qu’on n’a pas mise au dernier moment, justement pour que cette fin soit ouverte. Alex racontait qu’il avait eu un deuxième enfant avec Claire, qu’ils avaient fini par se séparer, qu’un jour il avait eu des nouvelles de Jeanne, qu’ils s’étaient juste parlés au téléphone. Il lui avait dit qu’il n’avait jamais aimé autant une femme et ça se terminait sur : « Et à l’autre bout du fil, j’ai compris qu’elle pleurait. » C’était beaucoup trop conclusif. Le pire dans la vie, c’est de ne pas aller au bout d’une histoire. Alex a réglé son problème avec son frère, il a laissé le restaurant à Camille, Claire lui a dit au revoir. Il peut partir.

Vous semblez aborder à de nombreuses reprises la dépendance affective (Julien et son frère, Jeanne et son entourage…). Pensez-vous que pour devenir adulte il faut savoir se « détacher » (en apparence) des autres, comme le font les personnages de Claire ou Camille ? Est-ce que cela passe obligatoirement par une crise identitaire ?
Ça passe souvent par là. Je pense qu’on a beau dire qu’on va refaire sa vie – d’abord, on ne refait pas sa vie, on la continue –, on n’oublie pas les gens qu’on a aimés. Ce n’est pas parce qu’Alex a tout réglé qu’il va vivre autre chose en toute impunité. C’est faux.

Pour accroître cette reconnaissance, vous multipliez les plans se transformant en vue subjective, votre caméra se fait participative (le mariage). Était-ce aussi une façon de ne pas avoir à juger le comportement des personnages ?
Il y a une chose qui était très importante pour nous : chaque personnage avait ses raisons. Il n’y avait ni victime, ni bourreau. Tout le monde était apte à se battre et donc avait les armes nécessaires. Que ce soit Claire, que ce soit Jeanne, ou encore Alex, à aucun moment je ne voulais qu’on juge les personnages.

Est-ce que, finalement, tous les personnages deviennent adultes, à l’image de Camille qui l’est dès le départ ? Est-ce qu’il faut passer par la déception, la destruction dans les cas extrêmes ?
Oui ! On passe tous par la déception pour grandir. Tout ce qui ne tue pas rend plus fort. Quelque part, il y a du vrai là-dedans. On apprend de ses souffrances. C’est le lot de chacun. On est une génération qui a grandi plus tard. On voit bien que les gens qui ont aujourd’hui 35, 40 ans ne sont pas comme les gens de 35, 40 ans d’il y a quinze ans. Bizarrement, on est mûr plus jeune et on grandit plus tard.

Ça se rapproche du phénomène « adulescent »…
Oui, c’est ça. La frontière est plus ténue qu’avant. Finalement, on ne change pas tant que ça. On ne se sent pas adulte. Ce n’est pas un état. On ne se sent pas enfant quand on est enfant… La transition se fait sans qu’on s’en aperçoive et on reste le même au fond de soi. Comme si le temps était une invention de l’homme. Quelque chose de cet ordre-là.

Comment s’est construite votre mise en scène ?
De la même manière qu’on est parti des personnages pour écrire le scénario, je suis parti des acteurs pour la mise en scène. Je voulais que ce soit fluide, une sensation de vie, de frémissement… De ce fait, j’ai beaucoup travaillé avec le chef opérateur qui était au cadre – je trouve sa photographie superbe. Je voulais aussi que les personnages, malgré les rides et autres, soient beaux, rayonnants, notamment Nathalie Baye qui devait jouer de sa séduction. Le fait d’avoir énormément travaillé en amont sur les décors, les costumes, me permettait d’arriver sur le tournage et me laisser surprendre par les acteurs. C’est beau de les voir occuper un espace. J’avais envie d’être proche des visages, des regards, d’assumer ce parti pris-là. Il y a beaucoup de gros plans de visages, j’avais envie d’être avec eux.

Vous avez fait des répétitions avec vos acteurs ?
Il y a eu des lectures, par groupe, par deux… Il y a juste eu une répétition dans le restaurant, pour qu’on se familiarise tous.

Comment avez-vous travaillé avec votre compositeur ?
C’est David Moreau qui a fait la musique. Il avait déjà composé celle de mon court métrage. On se connaît depuis plus de dix ans, donc il y a une vraie confiance entre nous. Quand je lui ai fait lire le scénario d’Une vie à t’attendre, plutôt que de me dire oui, il m’a envoyé le thème principal du film. J’ai vraiment eu l’impression de le diriger comme si je dirigeais un acteur. Trouver la note juste… J’avais envie de faire sortir de lui des émotions.

Vous avez choisi vous-même la chanson ? Comment Nathalie Baye a-t-elle vécu cette participation vocale ?
Oui, j’aime beaucoup la chanson de Leny Escudéro. J’ai décidé de la faire chanter à Nathalie Baye. Elle avait très peur, mais une fois qu’elle a accepté le principe, elle s’est jetée dedans. Le but n’était pas qu’elle chante à la perfection, il fallait qu’elle apporte une interprétation, sa fragilité, l’émotion que ça peut représenter, le trac. Je lui ai quand même demandé de chanter sur une place publique devant une centaine de figurants ! C’était très touchant.

Si on vous retrouve à de maintes occasions dans le making of, en interviews…, pourquoi ne pas avoir enregistré de commentaire audio ?
D’abord parce que les sorties DVD sont de plus en plus rapides, donc faire un commentaire deux mois après la sortie du film, je n’ai absolument pas le recul nécessaire pour revoir le film, l’analyser. Si ça doit être uniquement anecdotique, franchement, ça ne m’intéresse pas.

Êtes-vous, vous-même, consommateur de DVD ?
Ah oui ! Je suis un malade de DVD. Je passe ma vie à acheter des DVD. J’ai un besoin compulsif de posséder tous ces films, de la même manière que je l’étais pour la VHS.

Quel titre attendez vous le plus sur ce support ?
Madame de, d’Ophuls. De manière générale, j’aimerais avoir tous les Ophuls, tous les Demy (surtout Une chambre en ville), les Sautet manquants, des Mankiewicz…

Quels sont vos projets ?
Je suis en train d’écrire une comédie : Le Héros de la famille… Enfin, les comédies les plus drôles sont toujours celles qui traitent d’un sujet grave. C’est un film choral, il y aura pas mal de personnages.

Entretiens réalisés les 10 et 15 septembre 2004 par Eric Dumas.
Remerciements à Thierry KLIFA pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Rédacteurs :
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