Dominique Pinon

Didier Verdurand | 25 octobre 2004
Didier Verdurand | 25 octobre 2004

L'événement du mois, pour ne pas dire de la saison ou de l'année, c'est la sortie d'Un long dimanche de fiançailles, le nouveau Jeunet, considéré sur la planète comme l'un de nos meilleurs réalisateurs. Il est impensable d'évoquer un de ses films sans penser à son acteur fétiche, Dominique Pinon. Avec un plaisir non dissimulé, nous avons rencontré un comédien qui arrive à vingt-cinq ans de carrière, jalonnée de films plus ou moins marquants mais dans lesquels il a toujours été excellent. Sacrée performance.

Dans Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, votre rôle était à l'origine prévu pour Albert Dupontel. Qu'en est-il pour Un long dimanche de fiançailles ?
Jean-Pierre Jeunet avait écrit le rôle pour moi dans Amélie Poulain, mais n'osait pas me le proposer parce qu'il lui paraissait trop court et pensait que j'allais le refuser. À la lecture du scénario, je me suis pourtant dit qu'il y avait quelque chose d'intéressant à faire, et surtout qu'il serait dommage de ne pas participer à l'aventure ! Lorsque Dupontel a refusé, je l'ai finalement récupéré. Dans Un long dimanche de fiançailles, Jean-Pierre voulait au départ que j'incarne le détective joué par Ticky Holgado, mais celui-ci avait déjà des problèmes de santé à l'époque. Comme cela arrangeait Ticky de terminer le film plus tôt, Jean-Pierre m'a demandé si je ne voulais pas être l'oncle Sylvain à la place. J'ai bien sûr accepté. Je me suis bien amusé avec ce rôle. De plus, Ticky est formidable dans le film.

Vous êtes un élément essentiel de l'univers de Jeunet. Y a-t-il une préparation particulière pour aborder vos rôles ?
Je parlerais de ses univers et non de son univers, car chacun de ses films présente un univers différent même si sa patte est bien là. Jean-Pierre attache une attention importante à la préparation. De toute manière, il dit que le choix des comédiens représente les trois quarts du boulot, après il faut procéder à quelques ajustements par rapport au scénario, mais nous n'abordons pas vraiment la psychologie du personnage. Pour Sylvain, il fallait paraître un peu plus âgé, car à l'époque les gens paraissaient plus vieux au même âge que nous aujourd'hui. J'ai eu l'idée de le rendre un peu dur d'oreille, de lui donner quelques manies. C'est un rôle en ponctuation dans le film, il fallait donc qu'il soit bien caractérisé.

Un long dimanche de fiançailles est l'un des films français les plus chers de l'histoire de notre cinéma. Comment l'avez-vous ressenti ?
Le résultat est le même, vous êtes toujours devant une caméra. La reconstitution demandait beaucoup de temps et d'argent, mais cela dit, je n'ai pas vu une seule minute de perdue sur le tournage. Jean-Pierre est un bosseur, et quand il termine de préparer un plan avec les techniciens, il est déjà sur le plan suivant pour le mettre en place. Depuis Delicatessen, il a toujours été conscient des moyens qu'on lui donnait, il n'est pas gaspilleur et ne tourne rien d'inutile.

Comment voyez-vous son évolution depuis Delicatessen, justement ?
Il est de plus en plus heureux de travailler avec les acteurs, je crois. Il y a un casting incroyable dans Un long dimanche de fiançailles, et il n'en a pas négligé un seul. C'est parfois très dur pour un comédien d'arriver sur un plateau seulement pour quelques jours et de se mettre immédiatement dans le bain. Jean-Pierre est très présent pour les aider.

Et Audrey Tautou, après un triomphe qui a priori n'arrive qu'une fois dans une vie ?
Le personnage est différent, il est plus dramatique et plus mature, elle est devenue une femme. C'est très agréable de jouer avec elle car elle est très attentive aux autres. Cela n'a pas dû être facile de digérer le succès qu'elle a eu, même si on rêve tous de le vivre un jour, mais elle a les pieds sur terre.

On doit vous en parler tous les jours aussi d'Amélie Poulain ?
C'est le lot des comédiens. Il y a cinq minutes encore, un type m'a interpellé dans la rue : « Hé M'sieur, vous avez joué dans Amélie Poulain ? » Bah oui, et pas que dans ça d'ailleurs.

Vous le prenez comment ?
Oui, ça fait plaisir, mais bon...Il y a autre chose...

Dans votre filmographie riche et variée, quel film vous tient particulièrement à cœur ?
En dehors de ceux tournés avec Jean-Pierre Jeunet, je citerais Les Arcandiers, de Manuel Sanchez, passé hélas un peu inaperçu. Le peu de personnes qui l'ont vu ont en général été séduits par sa poésie. Dans les années quatre-vingt, j'avais beaucoup aimé aussi joué dans Via mala, avec Maruschka Detmers, pour la télévision. C'était passé à l'époque en prime time sur TF1, ce qui serait inimaginable maintenant. En gros, je n'ai pas honte de ce que j'ai fait, même s'il y a quelques erreurs, ponctuelles, parce qu'on ne peut pas dire non à ce moment-là.

Vous n'êtes pas du genre à accepter un rôle pour l'argent !
(Hésitant)

Si ?
J'essaye, mais on traverse parfois des périodes où on n'a pas trop le choix.

Vous aimeriez être plus désiré par d'autres réalisateurs ?
Oui. J'ai plus de choix au théâtre qu'au cinéma... Je viens de lire un article qui m'a un peu énervé. Chaque fois qu'on me cite, j'ai l'impression que c'est pour parler de ma « trogne ». Ca fait vingt ans que ça dure et je commence un peu à en avoir ras-le-bol. C'est si facile pour les journalistes de classer les gens quand ils écrivent leurs articles... Je trouve que c'est réducteur.

Vous êtes cinéphile ?
J'aime le cinéma mais je ne suis pas cinéphile, j'essaie d'ailleurs en ce moment de rattraper des films, je viens d'acheter un home cinéma. Je ne suis pas un rat de cinémathèque.

Vous avez vu Hellboy, avec votre partenaire d'Alien 4, Ron Perlman ?
Non, mais Jean-Pierre vient de m'en parler. Le maquillage a l'air très réussi. Ron m'avait raconté qu'il avait été à la première de L'Île du docteur Moreau avec ses parents. Sa mère, qui lui arrive au nombril, lui avait dit « Tu es très bien mon chéri, mais qui joues-tu dans le film ? » Il avait une tête de chèvre et il était méconnaissable. Je pense qu'il l'a prévenue pour Hellboy !

Avec le recul, quel souvenir gardez-vous d'Alien 4 ?
C'était extraordinaire. J'étais à peine au courant que Jean-Pierre était aux États-Unis, et il m'appelle de là-bas pour me demander si je voulais jouer dans un nouveau Alien. Au début, je croyais qu'il se foutait de moi. Alien est un grand souvenir de cinéma quand je suis arrivé à Paris en 1979, et jamais je n'aurais imaginé me retrouver dans une suite.

Vous avez un agent à Hollywood ?
Non. Le problème est qu'il faut rester là-bas pour y décrocher des rôles. Je ne sais pas si j'en avais tellement le désir, ce n'est ni ma langue ni ma culture, et j'avais envie de rentrer en France. J'ai vu beaucoup de comédiens qui traînaient à Hollywood avec leur book depuis des années et qui galéraient. Moi, j'avais eu la chance d'y débuter dans des conditions formidables et je voulais rester sur cette expérience rare. De plus, je ne suis pas du genre à pleurer pour recevoir des propositions.

Vous venez de terminer Un camping à la ferme, de Jean-Pierre Sinapi. Vous serez plutôt Danièle Gilbert ou Vincent Mc Doom ?
Vincent qui ?

Un androgyne antillais de l'émission La Ferme Célébrité, sur TF1. Vous pouvez nous dire quelques mots sur l'histoire ?
C'est un très joli scénario, assez drôle, qui devrait donner une comédie intelligente. On y parle de jeunes à problèmes qui sont envoyés faire un stage de réinsertion dans une ferme. Je suis l'infâme facho du bled. Le tournage a eu lieu dans le Beaujolais et s'est terminé le mois dernier.

Un projet au théâtre ?
Il y aura une tournée province d'Un hiver sous la table, et il est possible que je reprenne le rôle en anglais pour une adaptation à New York. Je vais aller faire une lecture là-bas en novembre avec Zabou.

Retrouvez la critique de Julien Welter de Un long dimanche de fiançailles en cliquant sur l'affiche ci-dessous :

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