De Mother! à Requiem for a Dream : Darren Aronofsky est-il vraiment si génial ?

Mise à jour : 24/10/2017 07:27 - Créé : 15 septembre 2017 - La Rédaction
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La sortie de Mother! est l'occasion de revenir sur la carrière de Darren Aronofsky.

Pi, Requiem for a Dream, The Fountain, The Wrestler, Black Swan, Noé : en six films, Darren Aronofsky s'est forgée une belle réputation, devenant en l'espace d'une décennie l'un des cinéastes les plus prestigieux et réputés. Jonglant entre les genres, maniant les petits et moyens budgets et tirant le meilleur d'acteurs de premier plan, l'Américain est désormais considéré comme un nom incontournable.

Mais est-il pour autant intouchable ? La sortie de mother! avec Jennifer Lawrence et Javier Bardem prouve que non. Grandiose pour certains, grotesque pour d'autres, le film divise profondément la critique et semble prêt à partager le public. L'occasion est donc trop parfaite pour ne pas revenir sur la carrière de ce cinéaste de premier plan, pour s'interroger sur sa valeur, sur l'impact de ses films, en replongeant sur ses succès et ses échecs.

La rédaction écoute donc son cœur et partage ses avis.


  

PI 

OUI. Difficile aujourd’hui d’imaginer qu’un film comme Pi puisse encore voir le jour. Premier long-métrage, en noir et blanc, largement expérimental, consacré au déraillement mental d’un mathématicien obsédé à l’idée de résoudre une équation qui sécurisera de futures actions sur le marché de la finance, ce récit n’a absolument rien de conventionnel et encore mois de commercial.

Du moins sur le papier. Car le résultat, une spirale incroyablement immersive, première plongée de Darren Aronofsky dans la psyché d’un personnage à la fois brillant et fêlé, s’est immédiatement imposé comme une surprise. Non seulement il s’agit d’une première œuvre inclassable et forte, mais en un sens d’un véritable morceau d’histoire cinématographique, puisqu’il s’agit probablement de la dernière pépite véritablement indépendante à avoir été mise à jour par le Festival de Sundance.

 

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NOPE. Il y a de ces premiers essais beaux et excitants, au scénario passionnant voire innovant et à la mise en scène au pire déjà mature au mieux déjà impressionnante. Puis il y a de ces premiers essais vilains et difformes, au scénario terriblement fastidieux voire soporifique et à la mise en scène dépourvue d'effervescence.

2:41, note personnelle : La mise en scène et le montage cut révèlent déjà les tics cinématographiques que l'on aurait préféré ne jamais connaître (l'horrible Requiem for a Dream).
7:45, note personnelle : Ce montage est vraiment insupportable.
9:32, note personnelle : Cette esthétique en noir et blanc est vilaine.
17:05, note personnelle : Aberrations mathématiques. Embêtant pour un génie des maths.
27:25, note personnelle : La photographie en noir et blanc est vraiment atrocement laide. Il n'y a plus aucun doute.
51:17, note personnelle ; Il tourne en rond et le scénario est toujours aussi ennuyant.
1:14:28, note personnelle : Quel ennui...
1:21:00, note personnelle : Définitivement classé Pi dans la catégorie : premier film raté.

 

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REQUIEM FOR A DREAM

OUI ! S’il utilise la drogue comme toile de fond, Aronofsky ne condamne jamais directement les substances addictives. Il critique une société qui n’a de cesse de nous bercer d’illusions et fantasmes inaccessibles. Un pessimisme perpétuel pour les quatre héros qui sortent de leur prison existentielle en employant les outils qu’ils ont sous la main : héroïne, amphétamines, peu importe leur forme, la spirale infernale que nous dessine le cinéaste les amènera aux enfers alors qu’ils s’imbibent de paradis artificiels.

Un éternel recommencement illustré par le montage d’Aronofsky qui s’accélère, sous forme de boucle infernale (la télévision vendue par Jared Leto, puis rachetée par sa mère puis revendue par son fils, ou encore la même séquence mécanique de leur prise de drogue quotidienne).

Le film est un choc, verse allègrement dans l’excès car il n’a de cesse de les dénoncer. Le sort que réserve le réalisateur à ses malheureuses victimes est extrême, la drogue fait office de gravité : leurs addictions les attirent impitoyablement vers le fond pour chuter de leur piédestal, avec un atterrissage fatal. A l’image de la fin du film, où chaque protagoniste constate avec effroi leur point de chute respectif, où ils finissent en position de fœtus, comme seuls dans leur monde.

Que l’on soit d’accord ou non avec le propos du réalisateur, ce dernier sait parfaitement illustrer son propos. A travers son rythme en crescendo nerveux qui prend de la vitesse, où les tristes sires sont rattrapés par leur erreurs jusqu'à une fin inévitable La mise en scène est à l’image de ce cirque tragique : jamais dans la nuance, extrême dans le fond et donc dans la forme. Là est la force du film qui flirte avec l’outrancier. Les personnages ne pourraient inspirer que mépris mais finalement, on se laisse porter par cette étude des mœurs et du comportement que nous livre, sans faire dans la dentelle, le cinéaste. Requiem for a Dream est un grand film.

 

Photo Ellen Burstyn, Darren AronofskyDarren Aronofsky sur le tournage avec Ellen Burstyn

 

OH QUE NON ! Requiem for a Dream n’est pas dénué d’idées ingénieuses et de séquences impressionnantes pour un deuxième film. Malheureusement, elles se comptent sur le bout des doigts et sont avant tout mal exploitées. Si Requiem for a Dream était un court-métrage, il serait sûrement l’un des plus remarquables de ces dernières années.

Cependant, en utilisant l’ensemble de ses atouts à l’excès sur plus de 90 minutes de métrage, il en perd toute leur vertu. Le thème musical d’une folle puissance devient lourdingue. Le montage épileptique devient tape à l’œil et terriblement redondant, pas aidé par un scénario des plus convenus. D’ailleurs, en cherchant à tout prix à choquer son audience, Darren Aronofsky rend son œuvre terriblement ridicule et son propos grossier.

Certains prétexteront que la surexploitation des idées de mise en scène dans l’ensemble du film correspond parfaitement à la sensation d’overdose et rentre ainsi en totale adéquation avec le thème principal de Requiem for a Dream : l’addiction. On penchera plutôt vers une autre raison : un manque cruel de maîtrise artistique saupoudré d’une pointe de prétention (déjà !).

 

Photo Jennifer Connelly, Jared Leto

 

THE FOUNTAIN

OH OUI.  The Fountain est de ces grands films monstrueux aux ambitions folles, qui repoussent les limites de l'expérience cinéma pour essayer de façonner quelque chose de supérieur. Le pari était risqué, et Aronofsky s'y est lancé avec une croyance et une férocité fantastiques. Que le budget ait été divisé par deux après le départ de Brad Pitt et Cate Blanchett, que le film ait été un échec cuisant en salles (à peine 16 millions pour un budget de 35) et qu'il ait profondément divisé le public et la critique, ne fait que renforcer l'acte de foi derrière ce projet extraordinaire.

Le jeu de miroir entre réalité et fiction est d'autant plus troublant que le film parle d'une quête aveugle, d'un désir de survie, d'une obsession maladive, d'une envie farouche de braver les éléments, et d'un amour pur et absolu pour une femme incarnée par Rachel Weisz, alors épouse du cinéaste. C'est tout le paradoxe de The Fountain : un film à la fois immense et simple dans ses intentions, qui cotoie des sommets en terme de puissance cinématographique tout en étant nappé dans une délicatesse saisissante.

Noyé dans ses dimensions pharaoniques et une trop grande assurance, le film est fragile. Il y a de nombreuses raisons de ne pas l'accepter, de le rejeter, de la rationnaliser. Mais il y a aussi l'évidence d'une œuvre hors-normes, pour le meilleur et pour le pire : une odyssée folle et gargantuesque, comme un gigantesque trip au-delà du réel qui, même s'il a été brisé en cours de production, demeure d'une force et d'une luminosité sensationnelles.

 

Photo Darren AronofskyDarren Aronofsky sur le tournage de The Fountain, avec Rachel Weisz

 

MOUAIS... Avec la sortie de Requiem for a Dream, Darren Aronofsky confirme qu'il est un jeune réalisateur à suivre de très près et doté d'énormes ambitions. Une vision du cinéma qui sera au coeur de son prochain film, qu'il mettra pourtant 6 ans à monter, The Fountain. Versant allègrement dans le symbolisme, la philosophie, l'ésotérisme et le spirituel, Aronofsky ambitionne de nous raconter avec ce projet sa vision du monde, de l'homme, de l'amour, à travers l'expérience transcendantale d'un couple. 

Un projet peut-être un peu trop énorme pour un réalisateur aussi jeune qui, cependant, l'a accouché dans la douleur. A l'origine, le film devait mettre en scène Brad Pitt et Cate Blanchett. Le comédien étant parti sur Troie, le réalisateur perd une grande partie de son budget et met plusieurs années à redresser la barre. En résulte un film limité par ses moyens, prenant quelques raccourcis et ne suivant pas la vision originale de son réalisateur qui a, en parallèle, sorti le roman graphique correspondant à ce qu'il voulait faire. 
 
En résulte un film bancal sur le fond, parfait sur la forme cependant, un peu trop obscur et hermétique pour le public qui ne lui réservera qu'un accueil froid en salles. Depuis, The Fountain a atteint le statut d'oeuvre culte pour une bonne partie de ses fans mais reste toujours très en-deça de ce que l'on nous avait promis.  

 

Photo Rachel Weisz

  

THE WRESTLER

OUI ! Quand la réalité rejoint la fiction, difficile d’être impartial quant aux qualités réelles cinématographiques du film. Mickey Rourke, après avoir été le playboy plein d’avenir d’Hollywood, a été victime de ses démons et finalement rangé au placard par l'industrie. Mais nos cousins d’outre-Manche adorent les retours. Créer des idoles, et les brûler pour mieux les applaudir est un exercice récurrent dans le cinéma mais aussi, et surtout, dans le réel.

Comme avec Requiem for a Dream, Darren Aronofsky se pose comme le destructeur d’un american dream illusoire. Excepté qu’ici il ne filme pas la chute mais la rédemption. Cru, cash, sans concession, le cinéaste filme le spectacle et ses coulisses : un Mickey Rourke dans la lumière, sous les projecteurs, là où il se sent vivant le jour pour basculer dans son quotidien pathétique la nuit, avec les dommages corporels que sa passion entraine, alors que son vrai bonheur sont à portée de main. Une porte de sortie personnifiée par une strip-teaseuse, magistralement interprétée par Marisa Tomei, et sa fille, touchante Evan Rachel Wood. La première a de l’affection pour lui : un futur ensemble est possible, et on projette déjà le happy end sur l’écran, certains qu’il se réconciliera avec la deuxième pour enfin vivre une existence d'homme honnête.

La caméra d’Aronofsky suit le catcheur dans tous ses déplacements, veut coller au plus proche de sa réalité.  Une compassion, une empathie qui ne frôlent jamais avec le pathos, tant sa mise en scène est d’une efficace discrétion pour ce colosse aux pieds d’argile. Elle est à l’image de son anti-héros : simple, imparfaite, mais authentique.

Aronofsky force le respect, sa réalisation sait toujours s’adapter à l’objet qu’il filme. Black Swan impressionnera par ses effets visuels clinquants, un ton tragique illustré par une mise en scène digne d’une tragédie grecque avec une musique grandiloquente pour appuyer le destin tragique de son cygne maudit. The Wrestler reste dans le minimaliste, sa caméra se met à la hauteur de son sujet, respire la vérité de ce bas monde, Aronofsky, comme souvent, tape dans le vrai. 

 

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MOUAIS… BOF ! On peut reprocher beaucoup de choses à Darren Aronofsky (à très juste titre), en revanche on ne peut pas nier son talent de directeur d’acteur. D’Ellen Burstyn dans Requiem for a Dream à Jennifer Lawrence dans le tout frais mother!, le cinéaste sait tirer le meilleur de ses comédiens. Et dans The Wrestler, Mickey Rourke ne fait pas exception (tout autant que la sublime Marisa Tomei).

Tristement, c’est tout ce qu’on retiendra de The Wrestler. Pour une fois, Darren Aronofksy nous offre une réalisation faiblarde. Seule la scène finale est à la hauteur de son talent de metteur en scène. Trop tard pour rattraper un ensemble assez fade, sans ampleur visuelle et cruellement banal. Une observation pas surprenante et à l’image de son scénario de rédemption des plus conventionnels, déjà vu 1000 fois au cinéma, en mieux et en plus émouvant.

Le constat est d'autant plus chagrinant quand on sait que Darren Aronofsky a réussi à choper un Lion d'Or pour un long-métrage aussi quelconque, au profit de Démineurs. Alors qu'il a été totalement oublié (ou presque) du palmarès Vénitien en 2010 avec une oeuvre autrement plus profonde et stylisé : Black Swan

 

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BLACK SWAN

OUI OUI. Si l'on connait l'oeuvre de Darren Aronofsky, il y a plusieurs références qui viennent en tête et qui s'alignent de manière logique : Brian De Palma, donc Alfred Hitchcock, mais aussi la japanimation. Ce n'est un secret pour personne que Aronofsky vénère le film Perfect Blue de Satoshi Kon et y a déjà fait référence dans Requiem for a Dream (la scène de la baignoire) avant de vouloir l'adapter en live pendant plusieurs années, en vain. 

On ne s'étonnera donc pas de voir dans Black Swan un remake déguisé à la croisée des chemins, aboutissement logique du questionnement d'Aronofsky sur le sens profond de l'humain et son rapport à lui-même et à sa part d'ombre. Bien qu'il soit résolument ancré dans le réalisme, le film se permet quelques accointances avec le fantastique et l'étrange, un peu à la manière d'un David Lynch light, tout en parvenant à garder son identité. 
 

Descente dans la folie, dans la quête d'identité pervertie par ses propres névroses, le film nous propose en outre des compositions exceptionnelles de Natalie PortmanMila Kunis et même Vincent Cassel. Thématiquement proche de son précédent film The Wrestler, auquel il semble répondre par moments, Black Swan est une merveille de cinéma, tant sur le fond que sur la forme, un joyau noir épuisant et exigeant. Le public n'y se sera d'ailleurs pas trompé puisqu'il s'agit du plus grand succès de son réalisateur, sans parler des nombreuses récompenses prestigieuses que le film a récolté. Oui, à bien des égards, Black Swan semble être le film de la maturité pour Aronofsky ainsi que son entrée dans le système. Mais comme il est très contradictoire, la suite ne lui a pas forcément donné raison.

 

Black SwanDarren Aronofsky sur le tournage de Black Swan avec Vincent Cassel

 

MOUAIS... Fidèle à son habitude et dans la continuité de son œuvre, Aronofsky continue de peindre la désillusion des rêves. Nina est une jeune artiste passionnée par la danse, sa seule et unique raison de vivre, qui l'entraîne dans la folie. Jusqu’ici, rien de bien passionnant, l’art et la folie ayant souvent fait les joies du cinéma. Sauf qu’Aronofsky réalise un film sur les miroirs. Nina va se fondre dans le rôle, créant ainsi un parallèle explicite entre sa vie personnelle et Le Lac des Cygnes.

Aronofsky réussit une fois de plus à nous plonger dans les névroses de son héroïne grâce à la virtuosité de sa mise en scène qui nous fait entrer dans l’intimité de Nina, le spectateur plongeant tête baissée dans sa folie et pour l’épouser jusqu’à l ‘effroi. 

Sauf que là est le piège. Les ficelles sont bien trop grosses, et sans la caméra du réalisateur, le film serait nettement moins fort. Natalie Portman est parfaite, habitée par le rôle, Mila Kunis est délicieuse en perverse ambiguë, l’image est belle, jouant sur les tons pour parfaitement retranscrire le message que veut nous adresser Aronofsky à chaque scène. Le film est magistralement exécuté, illustre efficacement la déchéance de la danseuse, mais sonne parfois comme une absurdité.

Si la formule avait fait ses preuves pour Requiem for a Dream, grâce à un véritable fond et un discours sur des générations perdues, la descente aux enfers ne concerne ici que Nina. Le suspense y est absent, la fin ne peut qu’être tragique pour quiconque connaît le célèbre ballet. La perdition de la jeune fille est tellement appuyée que le sort en est déjà jeté. Reste un très beau film, à l’image extrêmement léchée, porté par des acteurs qui trouvent là leurs meilleurs rôles, mais qui restera bien trop nihiliste pour pouvoir acquérir l’adhésion entière du spectateur. 

 

Photo Natalie Portman

  

NOÉ

OUI, QUAND MÊME. Quand ça veut pas, ça veut pas. Budget pharaonique, date de sortie hasardeuse, promotion timide… Il n’en fallait pas plus pour que le blockbuster de Darren Aronofsky soit perçu comme un échec en puissance. Reçu plus que fraîchement par la presse et consciencieusement ignoré par le public, Noé s’est transformé en naufrage.

Et pourtant, le film est passionnant par bien des aspects. Tout d’abord parce que, en pleine renaissance du cinéma bigot, il ose propose une relecture très agressive de l’Ancien Testament, où Dieu devient une figure ambivalente, Noé un fanatique religieux assoiffé de mort et de massacres, tandis que le créationnisme est gentiment battu en brèche le temps d’une magnifique séquence. Ajoutons à cela que le film ose quantité de délires visuels rarissimes dans l’univers des blockbusters contemporains, que Russell Crowe y est magnétique comme jamais, et on tient l'un des films à grand spectacles les plus stimulants et atypiques de ces dernières décennies.

 

PhotoDarren Aronofsky sur le tournage de Noé

 

EUH, NON. Ce n'est pas anodin si Noé est le plus gros budget de Darren Aronofsky avec 125 millions - bien plus que les 70 prévus à l'origine pour The Fountain lorsque Brad Pitt et Cate Blanchett y étaient attachés. Là, au milieu de grosses tartines numériques à peine équilibrées par des performances d'acteur faiblardes (chose à peu près exceptionnelle dans sa filmographie), le cinéaste perd son cœur. Quelque chose se dilue dans les dimensions hollywoodiennes du film.

Il y explore des thématiques qui lui sont chères, y déploie une mise en scène ample, y rejoue certaines de ses obsessions. Il retrouve la Jennifer Connelly de Requiem for a Dream, filme un Russell Crowe dans l'une de ses performances les moins plates de ces dernières années. Mais Noé semble constamment rester à côté de quelque chose : beaucoup moins profond et grandiose que ne devait l'être la note d'intention, bancal lorsqu'il s'engouffre dans le grand spectacle, maladroit quand il s'attaque de front à la Bible, le film est une étrange curiosité, qui prouve que Darren Aronofsky n'est jamais plus à l'aise que dans une économie réduite, et dans un cadre plus intime.

 

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MOTHER !

OH QUE OUI ! Un électrochoc qui frôle l'absolu, et frappe à tous les niveaux. Dans la forme, c'est fantastique : caméra virevolante, design sonore fabuleux, gestion de l'espace ingénieuse, effets de montage astucieux. Jennifer Lawrence y livre l'une de ses performances les plus puissantes et montre une facette inédite, tandis que Michelle Pfeiffer illumine l'écran en quelques regards et mots. Le crescendo du cauchemar est spectaculaire, et lorsque s'ouvrent les portes du chaos, l'hallucination est totale.

Dans le fond, c'est miraculeux. Mother ! pourra déranger, froisser, exaspérer par sa radicalité frontale. Mais le film offre de nombreux champs de réflexion et grilles de lecture, susceptibles de retourner l'esprit et passionner les plus attentifs. Parmi elles : une œuvre superbe sur la création, où Jennifer Lawrence incarne l'inspiration dans une maison qui symbolise un espace mental où l'artiste (Javier Bardem) se réfugie afin d'écrire. L'accouchement de l'œuvre, accaparée et déchirée par le public, est douloureux, chaotique, incontrôlable. Darren Aronofsky parle ouvertement d'une œuvre sur mère nature, d'une relecture de la Bible, mais difficile de ne pas y voir clairement une réfléxion intense et fiévreuse sur sa propre condition d'artiste.

 

Photo Jennifer Lawrence

 

EUH... COMMENT DIRE ?! Depuis ses débuts, Darren Aronofksy ne cesse de vouloir perturber, déranger voire choquer ses spectateurs de par les thématiques et la radicalité de ses oeuvres. Avec mother!, il atteint un apogée dans l'art de la destabilisation, délivrant certainement son oeuvre la plus troublante. Cependant, il atteint dans le même temps l'apogée du ridicule de son jusqu'au boutisme. Le mot excès serait d'ailleurs bien faible pour décrire à quel point sa dernière fiction n'a pas de limite. Cette cascade de surenchère scénaristique offre de multiples sous-textes et ouvre à d'innombrables interprétations religieuses, philosophiques, environnementales... toutes d'une futilité affligeante, d'un conformisme désarmant et d'une balourdise confondante. 

Et pourtant, de la puissance intrinsèque de sa mise en scène à la performance oscarisable de Jennifer Lawrence, de la beauté esthétique du grain créé par le 16mm à l'image à l'efficacité du montage (et mixage) sonore... il est impossible de nier les nombreux atouts de mother!. Le(s) propos sont peut-être ridicule ou prétentieux mais l'expérience cinématographique est d'une singularité saisissante et inoubliable.

mother! n'est donc ni une bouse grandiloquente ni un chef d'oeuvre insaisissable, c'est surtout une oeuvre unique. Il serait profondément anti-cinéma de ne pas inciter le public à aller voir ce genre d'oeuvre en salles, et ce, malgré ses défauts évidents. C'est dire à quel point Darren Aronofsky frappe fort.

 

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commentaires

ad genua 20/09/2017 à 06:02

surrestimé et malencontreux, le pauvre Darren, fait du cinéma d'effet, sauf peut être pour Noé. C'est comme si Luc Besson était devenu Zulawski. D'ailleurs à force de courir ses lièvres de mars (les polonais violents, Zuzu et Roman, un peu de cassavetes ou de lars von trier) Darren en a oublié que les années de plomb qui donnaient des ailes à ces derniers, lui ne les a pas vécu, Son cinéma est donc un portrait en creux d'un cinéma contemporain qui à force d'imitation et de style ne recrache que des trombes de banalités. Un cinéma de cinéphile amoureux de ses propres images et c'est tout.

Okay 18/09/2017 à 12:23

Mother!
Chef d’œuvre absolu! Culte pour l'éternité...
Avis à tous les cinéphiles, ce film est pour vous, enfin un film qui fera date, merci encore Darren... génial génie ;) Ça faisait très longtemps que je n'avais pas été bousculé comme cela.
La mise en scène est incroyable, ambiance, acting, tout est dingue dans ce film...
Et je ne parle même pas de toutes ces allégories, significations, métaphores que nous conte cette histoire telle une fable.

K2000 18/09/2017 à 10:24

The Fountain. Chef d'oeuvre absolu.

captp 18/09/2017 à 09:33

un des tout meilleur des réalisateurs encore en vie pour moi.
seule ombre au tableau Noé me concernant .(pas encore vu mother)

actar 16/09/2017 à 12:17

réalisateur troublant et extrême. Un peu en décalage en effet, cotoyant la folie du DePalma de la grande époque. Génial et fascinant, comme Malick je pense qu'on aime ou on déteste.

john 15/09/2017 à 18:18

black swan sympas ;)

john 15/09/2017 à 18:16

j'ai aimé requiem , whrestler ,
Pas aimé fonntain , noe et mother ... le cote religieux top lourdingue sans aucun finesse ... Dommage c'est un super realisateur et il dirige ces acteurs d'une main de maitre!!

Dirty Harry 15/09/2017 à 17:44

Ben là mon Corleone je ne te rejoins pas du tout. Kubrick n'a pas d'héritiers, tout au plus des neveux (le seul point commun entre eux serait qu'ils sont tous deux juif-new yorkais et ont commencé dans le ciné indépendant et ont une certaine ambition personnelle pour chaque film mais bon ça Fincher l'a aussi) mais lorsqu'on voit le travail d'Aronofsky, il s'agit plus d'un type qui cherche la hype par ses gimmicks (lorsque Kubrick n'en avait plus rien à foutre) et qui a une réflexion sur le monde assez bancale (The Fountain c'est pas 2001 pour ce qui est de l'homme, la mort, son éternité dans le cosmos..., c'est meme de la dissertation d'ado en terminale). Pour ma part, j'aime bien Requiem pour le coté visceral de l'experience, un peu Pi meme si je pense que cela aurait fait un meilleur court métrage et Black Swan, meme s'il emprunte beaucoup aux "Chaussons Rouges" de Powell.

Euh! 15/09/2017 à 16:47

Assez d'acc avec Corleone!
L'impression que ce real n'est pas reconnu a sa juste valeur!
En décalage avec son époque, il aurait officier à une autre époque on lui aurait ouvert les portes à ttes sortes de projet, là on a plutot le sentiment qu'il galère à monter ces projets. #sonbatmanyearone

corleone 15/09/2017 à 15:44

Pas encore vu Mother, mais pour moi il n'y a absolument rien à jeter dans la filmographie de Darren. Je pense que c'est le seul cinéaste de sa generation qui soit le véritable héritier de Stanley Kubrick dans le style car rappelons bien que le mec n'a que 48ans, avec cette filmo. Comme Kubrick il fait du ciné comme s'il faisait de la peinture. Le cinéma d'Aronofsky arrive donc trop tard pour être acclamé à sa juste valeur, à une époque où ce sont les faiseurs de blockbusters qui sont adulés par le public. Aronofsky 30 à 40 ans plus tôt aurait été dans le panthéon des meilleurs de tous les temps. Et pour moi The Fountain est un chef-d'oeuvre absolu.

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